De ma fenêtre de confiné sceptique sur l’avancée du monde je regarde et j’écoute avec intérêt les réactions aux propositions officielles destinées à mettre en place le déconfinement. Il en est une qui soulève indignation et contestation puisque elle touche au sacro-saint principe des libertés individuelles. Une application liée au smartphone permettrait si j’ai bien compris de tracer les contacts d’un possesseur de mobile ayant été contaminé par le Coronavirus. Le fameux « Stop Covid » serait abandonné mais nul ne sait s’il ne reviendra pas dans le paysage de l’état d’urgence sanitaire dans les prochaines semaines.

Ce dispositif technologique apparaît comme contraire au secret médical puisque le texte de loi actuel prévoit que la communication de la positivité pourra être signalée par le médecin « sans le consentement du malade. » Les juristes et une partie du personnel politique, voient dans cette disposition un renforcement dangereux de la surveillance permanente des individus dans une société où la notion sécuritaire prend le dessus sur toutes les autres considérations.

Cette application en gestation, bien évidemment dans les laboratoires des espions permanents que sont les grandes entreprises internationales de services technologiques, aggraverait légèrement une situation déjà passablement inquiétante. Qui peut en effet prétendre qu’il n’est pas « tracé » en permanence dans une société où rien n’échappe aux systèmes mis en œuvre par le milieu économique ? Qui a la certitude que ses faits, ses gestes, ses actes les plus ordinaires ne sont pas depuis longtemps recensés, fichés, enregistrés et analysés à l’insu de son plein gré ?

La différence essentielle c’est que l’utilisation de tous ces renseignements généraux (ça ne rajeunit pas cette expression!) ne se fait pas de manière officielle, ouverte, ponctuelle mais constamment. La constitution de « tendances politiques», de « panels révélateurs », de « suivi de consommation », de «  constats d’évolution des habitudes » est dissimulée, toujours à la limite de la légalité car réputée anonymisée. Elle est globale avec des renseignements individuels dont on ne mesure l’importance que quand on est touché par des intrusions extérieures dans sa vie privée. Quelle garantie est-elle donnée sur les intrusions possibles dans cette application Stop-Covid ?

Le système fonctionne par le Bluetooth qui n’offre absolument aucune garantie puisque l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information dans ses différentes notes émet la recommandation suivante : « désactiver les services qui ne sont pas nécessaires d’un point de vue métier et qui sont potentiellement sources de menaces, comme la géolocalisation, le Bluetooth, le NFC 6, etc.  » Et tout le monde sait que dans la vie courante rares sont les mobiles qui sont désactivés.

J’ai personnellement eu en Italie, dans une ville touristique des bords du Lac de Garde, mon téléphone bloqué après avoir traversé un vaste parking et longé des véhicules avec dans l’un d’eux une personne interceptant avec la touche d’identification de son bluetooth des objets connectables à proximité et notamment les mobiles. Il a effectué trois tentatives de piratage avec des codes basiques ayant entraîné la mise à l’arrêt mon appareil. C’est une réalité !

Or le vrai problème c’est que la future application Stop Covid nécessite d’avoir le Bluetooth activé en permanence pour partager les informations de contacts de manière anonyme à n’importe quel moment dès lors que deux smartphones sont suffisamment proches. Quelles que soient les précautions prises en amont sur le système (code sécurisé d’accès) on sait fort bien que les barrières infranchissables n’existent pas dans les systèmes actuels grand public. Il ne s’agit pas d’une méfiance déplacée mais simplement d’un inquiétude par les temps qui courent.

Un état d’urgence « sanitaire » prolongé sans que l’on sache vraiment ce qu’il apporte de plus dans la lutte contre le virus ; de multiples interrogations sur les échéances électorales passées et à venir dont la légitimité a été bousculée ; de fortes inquiétudes relatives aux conséquences sociales de la crise économique sur les repères sociaux antérieurs ; le décalage croissant entre un centralisme parisien déconnecté de la réalité des territoires : le Coronavirus a mis à mal de multiples aspects de la démocratie.

Désormais les appels au « civisme » se multiplient. Ce mot qui se résume par « un dévouement envers la collectivité, l’État, et à la participation régulière à ses activités » . Je préfère la « citoyenneté » qui « permet à un individu d’être reconnu comme membre d’une société, d’une cité dans l’Antiquité, ou d’un Etat aujourd’hui, et de participer à la vie politique. » Il n’y a pas de hasard et le choix des mots a son importance. Dans le premier cas, de ma fenêtre je constate qu’il est question de « dévouement à l’État » dans l’autre de « participation à la vie de l’État »...Mon choix est fait !