Confinavirus (47) : la culture du tigre de papier

De ma fenêtre de confiné sans Covid-19 mais bourré de Doliprane afin de mettre en sommeil un nerf très « sc(h)iatique » qui me tracasse jusqu’aux doigts de pied. Quand la télé ne cesse de prédire que le grand bonheur sera lundi de faire… 100 kilomètres (attention à vol d’oiseau et pas en bagnole) et que tu n’arrives qu’avec une canne à te rendre à quelques mètres de ton fauteuil pour soulager ta vessie, tu vois la liberté conditionnelle annoncée d’un autre œil.

La fenêtre sur le monde joyeux qui s’ébroue sous un soleil quasi-estival paraît alors vraiment une étrange lucarne ! Le spectacle n’est plus au rendez-vous… Il est vrai que quand le Président quand il affirme devant celui qu’il considère comme un ersatz de Ministre de la culture, qu’il  faut « enfourcher le tigre » on peut s’imaginer facilement une grande épopée hollywoodienne. Une métaphore qui dit-on, qui inciterait les animateur.trice;s des salles de cinéma ou de théâtre à faire d’une imagination débordante pour compenser le vide des écrans ou des scènes.

L’été 2020 sera donc le plus silencieux depuis longtemps! Logique puisque le principe du partage culturel risque bel et bien de se transformer en partage du virus. Le plus grand festival sera celui des annulations. Plus aucun secteur n’est épargné et les défaillances de structures culturelles (associatives, institutionnelles ou privées) se succéderont dans les prochains mois. Encore une fois il faudra vite se rendre à l’évidence : la gestion directe par les citoyen.nes de multiples rendez-vous constitue un atout considérable pour la richesse économique et le lien social dans un pays comme la France.

La culture que j’ai toujours vu depuis ma fenêtre créonnaise a toujours reposé sur l’initiative associative et elle a ainsi une solidité et une durabilité supérieure à celle certes probablement plus prestigieuse, portée par des collectivités territoriales, des entreprises ou des producteurs à vocation économique. Ce sont probablement plusieurs millions de bénévoles permanents sou circonstanciels qui donnent souvent du travail grâce à leur investissement à des professionnels en quête d’organisateurs. Ils ne se prennent pas pour des dompteurs de tigre!

En trente ans l’espace culturel créonnais a ainsi vu défiler des milliers d’artistes de tous niveaux désireux de transmettre leur passion ou de vivre la leur. Cette culture là, essentielle, pour l’égalité, la fraternité et la liberté de choix des populations risque bel et bien d’être l’oubliée des mesures destinées à éviter la propagation du Coronavirus. Le pire c’est qu’une année blanche risque bel et bien de démobiliser ces forces vives rares qui n’ont plus d’objectif immédiat. Il va falloir vraiment être imaginatif dans le milieu associatif, pour maintenir la motivation des troupes.

Le problème des compensations financières en faveur des intermittents paraissent susceptibles de sauver une grande partie d’entre eux. Il n’en demeure pas moins qu’il leur faudra retrouver rapidement des lieux d’expression ouverts, des manifestations susceptibles de leur permettre de s’exprimer. Les cinémas de proximité auront vraiment du mal à retrouver une fréquentation suffisante pour poursuivre leur chemin de la diffusion de proximité.

Ils ne se sauveront qu’avec, comme toujours en pareille circonstances le soutien des collectivités territoriales de proximité, elles-mêmes très en difficulté. Certaines ne sont toujours pas opérationnelles et d’autres doivent faire face concrètement à bien d’autres sujets que celui de l’action culturelle locale.

C’est donc tout un réseau d’actrices et d’acteurs culturelles de base, non représenté dans le milieu institutionnel qui n’aura plus de tigre dans son moteur. Les soirées d’été sur les places des villages, dans les églises, dans les cours de châteaux ou d’édifices patrimoniaux où se mêlent gastronomie, musique, partage collectif laisseront les étoiles tranquilles. Il n’y pas beaucoup de « chevaucheurs de tigre » dans les bénévoles qui montent els scènes, font les repas, disposent les tables et les chaises, contrpôlent les entrées, assurent la sécurité… Bien évidemment on parlera des manques à gagner économique mais jamais des pertes irremplaçables en qualité du vivre ensemble. Une année blanche et « l’effondrement » culturel ordinaire prendra sa signification.

 « Là, on rentre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre et donc le domestiquer. Il ne va pas disparaître le tigre, il sera là. Et la peur sera là dans la société. Elle ne va pas disparaître. Mais le seul moyen pour qu’il ne nous dévore pas, c’est de l’enfourcher » a lancé le grand timonier de l’action culturelle. Il va falloir l’expliquer aux bénévoles.

De ma fenêtre et dans l’état où je me trouve je ne me sens pas capable de pareil exploit… sauf si la technique cinématographique intervient pour des effets spéciaux. Devant ma fenêtre je ne vois pas de sunlights rallumés de sitôt… et je n’entends pas encore les sons généreux habituels des musiques pour tous.

Ce contenu a été publié dans CORONAVIRUS, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Confinavirus (47) : la culture du tigre de papier

  1. J.J. dit :

    Je sais, c’est tout bête, et tu connais certainement, mais as-tu essayé la bouillotte bien chaude ?
    Ça m’a toujours fait beaucoup de bien et endormi (provisoirement) mon horrible nerf sciatique, ce qui permet de se remonter un peu le moral par la même occasion.
    Prends bien soin de toi.
    Amicalement

  2. Puyo Martine dit :

    Bonjours Jean Marie,
    c’est une triste saison estivale qui se profile à l’horizon. Plus de fêtes villageoises avec toutes les attractions qui vont avec.
    plus de restos en terrasses, au bord de l’eau ou ailleurs. plus de piste sous les étoiles, à moins que ? plus de vie sociale, familles séparées. 100 km à vol d’oiseaux ? je suis inquiète et triste. Maudit virus venu de Chine. La Chine s’est éveillée pour notre plus grand malheur.
    je te rappelle, penses aux quintessences florales du Dr Bach. Tu pourras être surpris par leur efficacité.
    en ce moment difficile elles sont pour moi une aide précieuse.
    bonne journée, à demain de te lire.

  3. faconjf dit :

    Bonjour,
    j’ai trouvé la prestation du méprisant très déroutante, excité comme une puce en chemise manches retroussées pour faire « peuple ». Des gestes saccadés et désordonnés ranimant la perfide rumeur de sniffeur de coco qui lui colle comme le ruban adhésif au capitaine Haddock. Haddock commandant du Karaboudjan où son alcoolisme le met à la merci de son lieutenant Allan Thompson. D’un point de vue scientifique et médical, les addictions sont des pathologies cérébrales définies par une dépendance à une substance ou une activité, avec des conséquences délétères. réf Drogues.gouv.fr
    Le discours un brin déjanté avec cette expression bien connue des junkies  » Enfourcher le tigre » explication au choix : »ride the tiger », =s’injecter de l’héroïne en anglais…ou bien une référence au bouquin de Giulio Cesare Andrea Evola, plus connu sous le nom de Julius Evola, « chevaucher le tigre ». Regardez la réaction du ministre de la culture qui en rigole a côté. La vidéo ici : https://twitter.com/i/status/1258019982606307328
    Curieuse référence à Julius Evola arrêté par la police italienne en 1951 pour « glorification du fascisme » et « incitation intellectuelle à l’insurrection ». Ce dont Evola ne s’excuse pas, néanmoins il est acquitté après plusieurs mois de jugement.
    Cette belle formule extrême-orientale signifie que, si l’on réussit à chevaucher le tigre, on l’empêche de se jeter sur vous et si, en outre, on parvient à maintenir la prise on aura peut-être raison de lui.

    Un proverbe Chinois nous dit « Ce qui est difficile quand on chevauche un tigre, c’est d’en descendre ! »
    Ce proverbe chinois nous invite à penser que le plus difficile est toujours à venir.
    Que dire de plus!
    salutations républicaines

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *