bénévole

De ma fenêtre de confiné sans Covid-19 mais bourré de Doliprane afin de mettre en sommeil un nerf très « sc(h)iatique » qui me tracasse jusqu’aux doigts de pied. Quand la télé ne cesse de prédire que le grand bonheur sera lundi de faire… 100 kilomètres (attention à vol d’oiseau et pas en bagnole) et que tu n’arrives qu’avec une canne à te rendre à quelques mètres de ton fauteuil pour soulager ta vessie, tu vois la liberté conditionnelle annoncée d’un autre œil.

La fenêtre sur le monde joyeux qui s’ébroue sous un soleil quasi-estival paraît alors vraiment une étrange lucarne ! Le spectacle n’est plus au rendez-vous… Il est vrai que quand le Président quand il affirme devant celui qu’il considère comme un ersatz de Ministre de la culture, qu’il  faut « enfourcher le tigre » on peut s’imaginer facilement une grande épopée hollywoodienne. Une métaphore qui dit-on, qui inciterait les animateur.trice;s des salles de cinéma ou de théâtre à faire d’une imagination débordante pour compenser le vide des écrans ou des scènes.

L’été 2020 sera donc le plus silencieux depuis longtemps! Logique puisque le principe du partage culturel risque bel et bien de se transformer en partage du virus. Le plus grand festival sera celui des annulations. Plus aucun secteur n’est épargné et les défaillances de structures culturelles (associatives, institutionnelles ou privées) se succéderont dans les prochains mois. Encore une fois il faudra vite se rendre à l’évidence : la gestion directe par les citoyen.nes de multiples rendez-vous constitue un atout considérable pour la richesse économique et le lien social dans un pays comme la France.

La culture que j’ai toujours vu depuis ma fenêtre créonnaise a toujours reposé sur l’initiative associative et elle a ainsi une solidité et une durabilité supérieure à celle certes probablement plus prestigieuse, portée par des collectivités territoriales, des entreprises ou des producteurs à vocation économique. Ce sont probablement plusieurs millions de bénévoles permanents sou circonstanciels qui donnent souvent du travail grâce à leur investissement à des professionnels en quête d’organisateurs. Ils ne se prennent pas pour des dompteurs de tigre!

En trente ans l’espace culturel créonnais a ainsi vu défiler des milliers d’artistes de tous niveaux désireux de transmettre leur passion ou de vivre la leur. Cette culture là, essentielle, pour l’égalité, la fraternité et la liberté de choix des populations risque bel et bien d’être l’oubliée des mesures destinées à éviter la propagation du Coronavirus. Le pire c’est qu’une année blanche risque bel et bien de démobiliser ces forces vives rares qui n’ont plus d’objectif immédiat. Il va falloir vraiment être imaginatif dans le milieu associatif, pour maintenir la motivation des troupes.

Le problème des compensations financières en faveur des intermittents paraissent susceptibles de sauver une grande partie d’entre eux. Il n’en demeure pas moins qu’il leur faudra retrouver rapidement des lieux d’expression ouverts, des manifestations susceptibles de leur permettre de s’exprimer. Les cinémas de proximité auront vraiment du mal à retrouver une fréquentation suffisante pour poursuivre leur chemin de la diffusion de proximité.

Ils ne se sauveront qu’avec, comme toujours en pareille circonstances le soutien des collectivités territoriales de proximité, elles-mêmes très en difficulté. Certaines ne sont toujours pas opérationnelles et d’autres doivent faire face concrètement à bien d’autres sujets que celui de l’action culturelle locale.

C’est donc tout un réseau d’actrices et d’acteurs culturelles de base, non représenté dans le milieu institutionnel qui n’aura plus de tigre dans son moteur. Les soirées d’été sur les places des villages, dans les églises, dans les cours de châteaux ou d’édifices patrimoniaux où se mêlent gastronomie, musique, partage collectif laisseront les étoiles tranquilles. Il n’y pas beaucoup de « chevaucheurs de tigre » dans les bénévoles qui montent els scènes, font les repas, disposent les tables et les chaises, contrpôlent les entrées, assurent la sécurité… Bien évidemment on parlera des manques à gagner économique mais jamais des pertes irremplaçables en qualité du vivre ensemble. Une année blanche et « l’effondrement » culturel ordinaire prendra sa signification.

 « Là, on rentre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre et donc le domestiquer. Il ne va pas disparaître le tigre, il sera là. Et la peur sera là dans la société. Elle ne va pas disparaître. Mais le seul moyen pour qu’il ne nous dévore pas, c’est de l’enfourcher » a lancé le grand timonier de l’action culturelle. Il va falloir l’expliquer aux bénévoles.

De ma fenêtre et dans l’état où je me trouve je ne me sens pas capable de pareil exploit… sauf si la technique cinématographique intervient pour des effets spéciaux. Devant ma fenêtre je ne vois pas de sunlights rallumés de sitôt… et je n’entends pas encore les sons généreux habituels des musiques pour tous.