De ma fenêtre de déconfiné ne pouvant se rendre que de son fauteuil aux toilettes, de son lit à sa salle de bain, de la table de la cuisine à celle du salon j’ai pu constater que le premier jour de retour au monde d’avant n’avait pas fondamentalement modifié les comportements. Peu de promeneur.neuse.s masqué.e.s et une distanciation sociale témoignant des manques dans l’enseignement élémentaire sur le système métrique, appartiennent toujours aux pratiques du quotidien.

Le nombre des automobiles a par contre nettement progressé. La liberté semble de circuler a été prise au pied de la lettre surtout que le prix du carburant permet de s’éclater. Mais rien d’un tsunami ou même d’une marée haute de fréquentation de l’espace public. On ne s’enfuit pas de la campagne.

Sur ma fenêtre artificielle prénommée « télé »  avec vue sur le reste du monde qui se prend aus sérieux, j’ai pu fréquenter en direct la ligne 13 du métro parisien passée en cours de mâtinée de « surchargée » à « convenable » selon la même journaliste. L’évacuation, hier soir, du canal Saint-Martin surchargé par des milliers de déconfinés sans masque et ostensiblement irrespectueux des distances a également constitué pour moi un signe encourageant. Les regrets exprimés par les habitués des jardins publics où la moindre pâquerette est traquée, étaient émouvants. Ces images risquent bel et bien,selon moi, de changer la donne sociale actuelle. Les grandes cités déjà mal en point vont voir leur attractivité s’éroder très rapidement. Le Covid-19 en sera responsable.

En fait, dans le centre de la ville bastide de Créon, comme tand d’autres, de tels phénomènes étant totalement impossibles le déconfinement me paraît beaucoup plus rassurant que celui de Paris. Il est en effet à peu près certain que la « France d’en bas » chère à Raffarin, aura moins de mal à passer de la privation à la libération.

L’heure de la revanche des territoires ruraux désertés, abandonnés, sur les grandes métropoles surpuissantes et suréquipées a donc sonné. Incontestablement le village l’emportera sur la ville et le hameau supplantera le quartier. Il y aura un « monde d’après » avec des appréciations bien différentes sur la vie campagnarde. Elle redevient encore plus attractive.

Les conséquences commencent d’ailleurs à se faire sentir. Dès leur réouverture les agences immobilières rurbaines ou rurales auront une forte demande d’achat de « petites maisons avec un jardin ». Les prix commencent à flamber. Un terrain constructible non aménagé atteint 200 ou 300 euros le mètre carré quand il n’était que de 50 € ou 60 € il y a seulement deux ou trois ans.

La course à la ruralité va débuter et le phénomène ne s’arrêtera pas dans les prochains mois. Près de 2 millions de Parisiens avaient ainsi fui avant le confinement et un faible pourcentage d’entre eux est rentré en ce jour de reprise du travail.

La période actuelle va également déboucher sur l’insécurité financière. Les avoirs bancaires ainsi que l’épargne seront tôt ou tard menacés. Il vaudra mieux avoir de l’immobilier en portefeuille que des placements hasardeux dans quelques mois. La tentation se profile de profiter des circonstances pour se débarrasser, sur la base d’un prix encore intéressant, d’un lieu de résidence urbain pour dénicher un coin de campagne bien moins cher à l’achat.

L’arrivée en Gironde dans chaque appartement ou maison en zones hors métropole bordelaise de la fibre améliorera considérablement les échanges numériques et accélérera ce phénomène qui prendra, c’est certain, une dimension intra-départementale. La montée irréversible du télé-travail va permettre également de rester au plus profond de la campagne avec une efficience accrue sans avoir les inconvénients des déplacements physiques et leur coût. Il deviendra dans quelques mois totalement possible d’habiter et de travailler sans se déplacer de n’importe quel lieu de la France rurale.

L’émergence de circuits courts alimentaires depuis deux mois a eu deux conséquences durables : la satisfaction des producteur.trices.s qui ont vu apparaître de nouvelles clientèles dotées d’un pouvoir d’achat confortable et celle des acheteur.euse.s ravi.e.s de ce contact inconnu avant la crise sanitaire dans le proximité. Là encore, les « urbain;e.s » se sont aperçu.e.s de cet atout dans la qualité de vie en campagne.

Certes ils avaient aussi en ville les vastes salles de spectacle, les multiplexes cinématographiques, les stades surdimensionnés mais ces équipements ne sont pas prêts de rouvrir à plein régime quand les structures plus modestes de bourgs centre entreront plus aisément dans les nouveaux dispositifs. La proximité retrouvera c’est certain son attrait et ses atouts.

De ma fenêtre, j’ai la certitude qu’une mutation ultra-rapide se prépare… qui sera contraire à absolument tous les principes actuels en matière d’urbanisation. On déconfinera cependant les esprits plus vite que les textes.