Pour être pleinement au courant, le déconfiné que je suis de plus en plus, n’a pas d’autres solutions que de se pencher à sa fenêtre sur le monde. Non pas celle qui donne sur la rue et le bureau où l’on fume ses euros en tabac et en jeux mais celle qui s’invite dans ma pièce de survie lorsque je décide de l’ouvrir. A la télé j’espère toujours des lumières sur la marche du monde mais je n’ai que peu de certitudes sur ce qui attend le monde. Tout roule mais plus comme avant !

La journée a été consacrée à la mobilité comme si l’on voulait sortir de l’immobilisme dû au confinement. La première préoccupation c’est de relancer justement, la fabrication des automobiles qui s’effondre depuis plusieurs mois. La bagnole du quotidien attend à la porte du garage que le trajet domicile-travail soit plus ardu que celui qui sépare la chaise du petit-déjeuner à celle située devant l’ordinateur. Comme en plus nous sommes en liberté conditionnelle dans un rayon de cent kilomètres il vaut mieux ne pas se précipiter sur un véhicule neuf.

Avec une bonne décennie de retard les constructeurs sont incités à se tourner vers le tout électrique. Bloqués par les lobbies pétroliers qui ne cherchent qu’à préserver leur marché les grandes marques prennent brutalement le virage technologique appelant au secours l’État pour qu’il leur permette de financer leurs carences industrielles.

Renault appartient à cette catégorie et a dû sortir la grosse Bertha d’annonces dramatiques de fermetures d’usines et de milliers de licenciement pour préparer l’opinion. Les fonds publics seront encore une fois appelés directement ou indirectement à la rescousse pour pallier les erreurs de directions obnubilées par le profit et ayant raté leur stratégie commerciale.

Carlos Gohn le roi de l’évasion, le héros du redressement du fleuron historique de la construction automobile par la délocalisation à outrance permettant de créer des filières à bas coût, a en fait conduit la marque au losange dans le mur ! Près de 90 % de baisse des achats depuis que le modèle Covid-19 a fait son apparition. Le choix de construire des véhicules à moteurs thermiques aura constitué une faute durable. Elle ne s’effacera pas du jour au lendemain.

Sous ma fenêtre je ne vois d’ailleurs stationner ou filer souvent à vive allure que ce type de modèles. La fée électricité n’a pas encore déployé sa baguette magique ! Brutalement tout le monde s’éveille à une transition énergétique sans aucune discussion possible puisque le choix a été de fait imposé par le pouvoir politique.

La recette est toujours la même : prime (hausse du bonus écologique à 7 000 euros pour l’achat de véhicules électriques par les particuliers et à 5 000 euros pour les entreprises et les collectivités, ainsi que la création d’un bonus de 2 000 euros pour les hybrides rechargeables) et bien évidemment la reprise des vieux modèles (une aide de 3 000 euros, augmentée à 5 000 euros en cas d’achat d’un véhicule électrique selon le revenu). Il ne s’agit vraiment pas d’une nouveauté !

La transition énergétique devra emprunter de nombreuses pistes. Celle du véhicule électrique n’est vraiment que l’une d’entre elles. Yannick Perez, maître de conférences en sciences économiques à l’université Paris-Saclay et spécialiste de ces voitures, interrogé par france info affirme par exemple que « si on analyse l’ensemble du cycle de vie du véhicule, on ne peut pas affirmer que la voiture électrique est actuellement meilleure pour l’environnement que la voiture thermique. »

La crise exige que l’on ferme les yeux sur cette analyse si le seul objectif est de sauver les emplois sur le territoire national. La crise sanitaire aura peut-être permis ce changement de cap qui va coûter 8 milliards de fonds publics sur plusieurs années. Éternel principe : on mutualise par avance les pertes potentielles et on privatisera ultérieurement les bénéfices.

L’objectif affiché est de « verdir » le parc roulant français, tout en essayant de relancer une filière durement touchée par la crise du coronavirus. A cet égard il est impossible de ne pas se réjouir de la prise en compte du volet écologique mais il est certain que celui de l’emploi est derrière cette décision . Or dans ce domaine, les voitures « électrifiées » ne font pas toujours mieux que les autres, sans même évoquer l’épineuse problématique de leurs batteries encore souvent fabriquées en Asie.

Ainsi chez les citadines, seuls deux modèles font exception : la Renault Zoe 100 % électrique, assemblée dans une usine de Flins (ceci explique cela) et la Toyota Yaris, fidèle à l’hybride et fabriquée du côté de Valenciennes. 

Le petit SUV Yaris Cross sortira des mêmes chaînes, à partir de l’année prochaine, alors que le DS 3 Crossback e-Tense et le futur Opel e-Mokka sont assemblés à Poissy. En revanche, les e-2008 et Captur e-Tech font le voyage depuis l’Espagne, alors que la Clio e-Tech préfère la Turquie, la Twingo ZE la Slovénie, la Citroën Ami le Maroc et la e-208 la Slovaquie. De ma fenêtre je veux croire fermement dans cette transition car si elle échoue la chute sera douloureuse.