C’est terminé je n’appartiens plus à la catégorie des « déconfinés » que pour quelques jours puisque le mardi 2 juin tout est fini et il n’y aura plus lieu de se priver. « La liberté va devenir là règle » ce qui promet de grands moments. Il va falloir se rendre à l’évidence durant le long week-end de Pentecôte débutant ce soir on restera (est-ce sérieux?) sur les bases des consignes antérieures.

Les confinés ne pourront que partir à plus de cent kilomètres qu’à partir de mardi matin, aller en terrasse dans un café ou un restaurant le jour du retour au boulot et se rendre dans un musée ou un jardin public quand il deviendra difficile de le faire : il ne faut pas être grand clerc pour prévoir qu’il y aura une bonne dose d’anticipation de la libération !

Certes il faut un début à toute mesure administrative mais c’est mal connaître les Françaises et les Français pour penser que les « consignés » des départements rouges d’impatience ne vont pas tenter une escapade vers des espaces plus cléments. C’est probablement un manque de confiance dans la citoyenneté mais je ne crois pas un instant au respect des délais imaginés dans les sphères du pouvoir.

N’empêche que la phase 2 du déconfinement ressemble à une sorte de quitte ou double politique assumé par le premier des Ministres. Un sacré coup de poker comme si après ce coup d’éclat il pouvait fin juin quitter la table de jeu. Alors que le Président avait assumé dans des allocutions télévisées dramatisées les restrictions son « ami de quatre ans » s’offre le rôle du libérateur sans même que l’Élysée ait essayé cette fois d’interférer dans les annonces de Matignon.

Il suffira que le second tour des municipales se déroule à peu près convenablement pour que Philippe de Le Havre en sorte le grand vainqueur de la crise sanitaire. Comme il vient de constituer « son » groupe charnière à l’assemblée nationale avec « Agir ensemble » pour incarner et donner une voix à une sensibilité politique libérale, humaniste, sociale et européenne qui pourra dans les deux ans qui viennent s’exprimer pleinement au sein de la majorité actuelle. Ce n’est pas si anecdotique que ça puisque tout le monde politique sait que les entités charnières détiennent plus de pouvoir réel que les grandes armées de godillots.

De ma fenêtre je vois venir une vraie volonté de sécuriser une « sortie » par la grande porte. La stratégie parfaitement adaptée au contexte relève d’un principe social « il faut savoir quitter le devant de la scène » quand on est au maximum de sa popularité et ne pas ambitionner d’arriver au zénith pour se retirer dans sa cabane. Si le déconfinement se poursuit normalement il en tirera un profit indéniable.

Désormais, 65 % des Français jugent qu’Emmanuel Macron est un « mauvais président », selon le sondage Odoxa mené pour la presse régionale, France Inter, L’Express et CGI. La popularité d’Emmanuel Macron s’effondre en mai (7 points de moins), signe que la relative union nationale de ces deux derniers mois avec la crise sanitaire est bien terminée. Le président n’est de nouveau plus soutenu que par son seul socle électoral LREM.. qui se rétrécit chaque jour un peu plus.

À l’inverse, la popularité d’Édouard Philippe ne fléchit pas. Le Premier ministre creuse ainsi l’écart avec le Président qu’il devance désormais de plus d’une dizaine de points de popularité (46 % contre 35 %). Fin juin il aura fait une échappée belle qu’il faudra exploiter. Il n’est donc pas allé de main morte avec les annonces de déconfinement… sachant fort bien que si ça tourne mal à la rentrée il sera déjà arrivé à bon port au Havre.

Les milliards tombent de tous les cotés. Les plans succèdent aux plans. Les engagements pour l’hôpital enflent au fil des jours. Même les sommes consacrées au vélo sont triplées en un clin d’œil. Ça sent la période des cadeaux de fin d’année achetés à crédit. Darmanin s’y voit déjà en vengeur masqué de l’orthodoxie budgétaire et en père la rigueur retrouvée. Il piaffe derrière la porte de Matignon persuadé que la place sera bientôt vacante.

Bien entendu de ma fenêtre je ne saurais avoir des certitudes sur ce scénario mais ce dont je suis certain c’est que comme Sarkozy et Hollande la fin du quinquennat de Macron risque bien de tourner au cauchemar. Un Premier Ministre omniprésent ; plus de majorité absolue à l’Assemblée, des comptes d’une Nation plombée par la crise sanitaire, une image de chef d’une guerre gagnée par d’autres, des appels téléphoniques surréalistes ou des visites de galéjades… ça vaut bien les tracas d’une bande de frondeurs, l’obsession du déficit, les batailles perdues sur la déchéance de nationalité et les escapade sur un scooter ! Il y a des déconfinements qui en annoncent d’autres.