Toute série a une fin et même si je demeure un déconfiné méfiant, je vais cesser de regarder par ma fenêtre dont l’étroitesse commence à me peser. Il n’y aura plus (provisoirement) de référence au virus sur Roue Libre ou de manière moins systématique. Vu ce ce que j’ai vu sur le comportement des zones urbaines durant ces derniers jours, il est impossible de considérer que nous sommes encore en période de méfiance à l’égard de la COVID-19 et le danger semble pour beaucoup s’éloigner du quotidien. La pandémie a vraiment perdu de son image effrayante.

En fait si une semaine d’euphorie ne fera pas de mal au moral général d’un pays ayant globalement tenu la distance du confinement, le retour à la réalité risque bien d’être sévère. Le plus grave des virus, le plus menaçant s’est installé dans les têtes des plus puissants dirigeants de la planète. Leurs décisions, leurs attitudes, leurs propos deviennent chaque jour plus angoissant pour un habitant du monde. Nous risquons toutes et tous d’avoir évité une contamination réputée dangereuse alors que la folie du populisme mondialisé va se révéler infiniment plus virale.

Sur tous les continents des hommes de pouvoir dévissent uniquement pour préserver leur avenir électoral. Comment ne pas admettre que l’attitude de Trump conduit son peuple à la ruine et à un affrontement relevant du crime contre l’Humanité. Il ainsi déclaré sur la chaîne Fox, à propos du virus : « C’est la plus grande arnaque, canular, politique de l’histoire de notre pays.  Des gens devraient aller en prison pour ça. Tout ça c’était Obama, Biden. Ces gens sont corrompus. »

Plus de 105 000 morts, près de 2 millions de cas « officiels » et nul ne sait si cette statistiques ne va pas enfler de manière considérable dans les prochaines semaines ! Démagogie totale permanente, utilisation de la désinformation massive, exacerbation de l’irrationalité, volatilité catastrophique des prises de position, transfert de sa propre responsabilité sur l’extérieur,  : les Etats-Unis ravagés par le racisme, la pauvreté, le chômage et…accessoirement le Coronavirus plongent dans la démence collective sur fond religieux, ethnique et haineux à l’égard de l’étranger. Jusqu’où ira-t-on ? Quelles sont les limites des provocations électoralistes de Trump ?

Plus les élections approchent et plus l’inquiétude va grandir. Et pourtant sur le plan international seule Merkel a pris el prétexte de la dangerosité du déplacement pour refuser de lui servir de faire-valoir électoral lors du G7. Elle l’a de fait obligé à repousser cette réunion.

Le déconfiné méfiant que je demeure encore pour longtemps constate que le Brésil s’engage sur une voie encore plus dangereuse sous l’impulsion de Bolsanero. Il rivalise dans le fascisme meurtrier avec des affirmations que l’on peut qualifier de meurtrière. Les interpénétrations entre les pays d’Amérique du sud ou centrale aggravent la situation générale. Bien évidemment comme aux USA la précarité constitue un facteur déterminant dans la propagation du virus !

Chaque jour, le Brésil progresse donc d’ailleurs dramatiquement dans le bilan mondial des décès liés au Covid-19. Des experts estiment pourtant que le nombre d’infections pourrait être jusqu’à 15 fois plus élevé que ce qu’indiquent les chiffres officiels (501 000 cas) , étant donné que le pays ne pratique pas de tests de masse et qu’il accuse un retard dans leur traitement. Une véritable catastrophe sanitaire s’annonce et Bolsonaro appelle à une reprise des matchs de football au pire moment.

Il y a bien d’autres chefs d’État du même acabit en Amérique du Sud ou en Asie et même de manière plus soft en Europe. La pandémie a révélé la réalité du monde libéral qui n’a jamais été préoccupé par autre chose que le profit par la consommation quitte à détruire l’humanité. Partout où la base des politiques n’est qu’économique un constat s’impose : la mort des pauvres n’a aucune véritable importance. Pas de système de sécurité sociale (un Américain a reçu une facture d’un million d’€ pour son séjour durant quinze jours en réanimation), un système de santé archaïque, une société inégalitaire et la crise sanitaire va provoquer des dégâts incommensurables.

Certes c’est mon dernier jour de déconfinement officiel. Du moins je l’espère. J’ai tenté de protéger les autres et il faut bien l’avouer me protéger depuis quatre-vingt jours. J’estime qu’il s’agit non pas d’une contrainte mais d’un vrai privilège que celui de pouvoir éviter d’être contraint de revenir prématurément dans la vie sociale. J’en ai pleinement conscience. Dans le fond c’est une vraie chance que celle d’avoir été déconfiné puisque j’ai été, à ce jour épargné par la maladie et j’ai la preuve que j’ai respecté les consignes collectives. Dans le monde bien des gens voudraient connaître ce moment.