On a eu chaud et on a chaud dans l’Arctique… Tout vire actuellement à la catastrophe dans l’une des régions de la planète la plus menacée par le réchauffement climatique. Le plus préoccupant reste que les informations en provenance du Grand Nord ne sont certainement que partielles et que l’on ne découvrira l’ampleur des dégâts que dans quelques années ou au fil de révélations partielles. Certains faits relèvent de circonstances particulières sur le territoire russe alors que d’autres sont structurels et probablement plus dangereux à moyen terme.

Ainsi il y a moins d’une semaine l’effondrement d’un réservoir de carburant d’une centrale thermique a généré la fuite de 21.000 tonnes d’hydrocarbures dans l’environnement, provoquant un désastre écologique. Le gazole s’est répandu sur la rivière Ambarnaïa et des nombreux cours d’eau annexes. Les responsables de la centrale ont cherché à dissimuler l’accident l’incident, avant d’être contraints d’alerter les autorités qui ont alors décrété l’état d’urgence cinq jours plus tard.

Propriété d’un consortium spécialisé dans le nickel le site qui a été détérioré par un affaissement soudain des piliers. Le réservoir de stockage de carburant diesel ayant été endommagé, une fuite de carburant a dévasté l’environnement proche avant de s’étendre. Ce qui doit préoccuper le reste de la planète ce sont les causes de cet effondrement.

La ville de Norilsk qui compte plus de 175 000 habitants est entièrement construite sur un sol particulier réputé solide depuis des millions d’années : le pergélisol en français ou permafrost en anglais. Et sa fonte aurait causé la perte du réservoir. On trouve derrière ce nom un sous-sol gelé en permanence (au moins pendant deux ans) situé en l’occurrence dans les régions arctiques.

Ses formations, persistance ou disparition, et son épaisseur sont très étroitement liées aux changements climatiques. C’est pourquoi le pergélisol est étudié en tant qu’indicateur du réchauffement climatique par un réseau mondial de chercheurs s’appuyant sur des sondages, des mesures de température et un suivi satellitaire. Or les alertes ne cessent de se multiplier.

Cette couche de terre, de roche ou de sédiments recouvre aujourd’hui environ un quart de l’hémisphère Nord. Des chercheurs viennent de découvrir que le permafrost des îles arctiques du Canada a commencé à fondre. Ce constat provoque l’inquiétude de la communauté scientifique pour deux raisons. La première concerne les modèles climatiques établis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui ne prévoyaient pas un tel dégel avant… 2090 ! On aurait donc pas moins de 70 ans d’avance !

Cette fonte du permafrost apporte aussi un autre danger : elle accélère encore un peu plus le réchauffement climatique en libérant dans l’atmosphère une grande quantité de gaz à effet de serre. Ces sols gelés renferment en effet quelque 1.700 milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES), soit environ le double du dioxyde de carbone (CO2) déjà présent dans l’atmosphère et le rique c’est leur libération constante et dangereuse.

Le permafrost, abrite par ailleurs des bactéries et virus parfois inconnus ou oubliés et sa fonte représente aussi une menace sanitaire. Il y a quatre ans un enfant a trouvé la mort en Sibérie à cause l’anthrax plus connue sous l’appellation maladie du charbon, disparue depuis 75 ans dans cette région. L’origine se trouverait dans le dégel d’un cadavre de renne mort de l’anthrax il y a plusieurs décennies. La bactérie mortelle, peut en effet se conserver dans le permafrost pendant plus d’un siècle et se retrouver libérée par le réchauffement climatique en cours.

Des chercheurs ont par ailleurs découvert ces dernières années plusieurs virus géants, dont l’un vieux de 30.000 ans baptisé Mollivirus sibericum, conservés dans le permafrost. Ils préviennent que certains de ces virus pourraient se « réveiller » un jour si les Hommes remuent trop en profondeur les sous-sols. « Quelques particules virales encore infectieuses peuvent être suffisantes, en présence de l’hôte sensible, à la résurgence de virus potentiellement pathogènes dans les régions arctiques de plus en plus convoitées pour leurs ressources minières et pétrolières et dont l’accessibilité et l’exploitation industrielle sont facilitées par le changement climatique », expliquait le CNRS dans un communiqué. Tiens donc voici une prévision de nouvelles pandémies.

En attendant la Russie a décidé de faire vérifier les fondations de tous les bâtiments installés sur le permafrost. Rentabilité économique des exploitations en cours oblige . On fore, on creuse, on construit, on exploite… jusqu’au jour où !