L’engagement. Un mot qui allait bien avec la néceesité de conforter la démocratie en une époque récente et que j’ai toujours croisé sur les chemins de ma vie. Pour certains il correspond avec le choix de servir son pays par les armes. Pour ma part j’ai fait celui des valeurs. S’engager dans l’Histoire petite ou grande traduit en effet une volonté individuelle de faire vivre une forme d’idéal…au service de la vie collective. Et ce n’est pas si facile de durer !

Pour l’avoir oublié, bon nombre de citoyen.ne.s ont plongé leur pays dans le marécage de l’indifférence. Il y a certes parfois des spasmes en rapport avec des événements douloureux ou des revendications légitumes mais ils ne génèrent plus de retour vers une participation durable à l’action associative, syndicale ou politique. Est-ce un hasard ? Non c’est purement et simplement le fruit d’une éducation et d’une culture. Le Peuple au sens d’antan n’existe plus. Il s’engage de moins en moins. Il renonce et n’a plus confiance dans sa capacité à agir soliairement.

L’effet niveau de diplôme est en effet très important dans l’action collective et ne semble pas s’atténuer depuis des années, ce qui interpelle toutes les structures sur leur capacité à rendre l’engagement accessible à tous et moyen d’inclusion sociale. Par exemple la proportion de bénévoles associatifs du niveau de l’enseignement supérieur est si importante que certaines personnes moins formées risquent de ne pas se sentir légitimes à côté d’elles. C’est de plus en plus valable dans tous les secteurs : l’élite confisque l’engagement.

Le monde « politique » reflète chaque jour davantage cette fracture qui écarte des responsabilités locales et encore nationales des catégories sociales pourtant majoritaires dans le pays. On verra au Congrès des Maires nouveaux si les statistiques ont été modifiées par le récent scrutin. Les cadres supérieurs représentent lors du mandat en cours 31,6 % des conseillers régionaux, 22,6 % des conseillers départementaux et représentaient 14,7 % des conseillers communautaires et 11,8 % des maires du mandat achevé, alors qu’ils ne représentent que 9,3 % de la population.

Les agriculteurs exploitants forment à peine 1 % de la population mais 13,7 % des maires, en raison du nombre très important de communes rurales. À l’opposé, les employés et les ouvriers, respectivement de 15,8 et 12,1 % de la population, étaient très peu présents dans les instances locales et le seront encore moins aprèce ce renouvellement. La part des ouvriers était de 7,5 % parmi les conseillers municipaux, de 3 % parmi les maires et ils sont quasiment absents des conseils départementaux (0,3 %) et régionaux (1,3 %). La proportion des employés est un peu plus élevée.

Chez les conseillers municipaux, la part des employés (23,0 %) ne dépassait même sa proportion dans la population (15,8%). Les indépendants (artisans, commerçants, etc.) sont beaucoup plus souvent représentés que leur part dans la population (3,4 %). Enfin, les professions intermédiaires (les classes dites moyennes) sont surtout surreprésentées parmi les conseillers départementaux et régionaux.

L’autre constat, c’estq ue comme l’école a perdu ses « instits » modèles pour leur particpation à la vie collective il n’y désormais que la cellule familiale pour transmettre les valeurs de l’engagement des jeunes. Il existe en effet une « continuité politique » entre générations, c’est-à-dire un positionnement identique à celui des parents sur l’échelle gauche-droite, pour 65 % des Français. Lors de la socialisation primaire, les parents transmettent en effet consciemment ou inconsciemment aux enfants un ensemble de normes, de valeurs et de façons de voir le monde qui traduisent leur propre positionnement politique, syndical ou associatif.

Une famille ouverte, engagée, structurée ne conduira pourtant pas nécessairement sa progéniture dans la société actuelle vers le bénévolat mais cette dernière aura beaucoup plus de chances d’en découvrir les bienfaits. Il arrive cependant que si l’engagement des parents ou des autres membres de la famille devient trop pesant sur la vie quotidienne l’effet soit contraire. Quand on connaît jusqu’où peut parfois aller l’engagement avec ses conséquences sur le quotidien et il n’est guère étonnant que certain.e.s enfants se rétractent en ayant constater les dégats !

Les filles ou les filles sont aussi souvent, suspecté.e.s de marcher sur les traces de leur père ou de leur mère ce qui provoque des rejets injustifiés sur la base d’un « héritage » rappelant une forme de transmission héréditaire des fonctions alors que c’est souvent une continuité dans un engagement que les autres n’ont pas. Il leur est souvent difficile de rester en marge ou de renoncer à disparaître socialement alors il brave les critiques !

Depuis quelques jours la mort de George Floyd a généré de par le monde une révolte engagée que je pense révélatrice d’une société partiellement invisible contre une atteinte aux valeurs fondamentales de l’humanité. Elle permet d’espérer que lorsque l’essentiel est menacée il existe des réactions salutaires et profondes. srea-t-elle durable? Ira-t-elle jusqu’aux urnes?

Il n’est pas en effet nécessaire de mettre un genou au sol silencieusement pour témoigner de sa réprobation, de son indignation et de révolte. Au contraire c’est en avançant débout dans le quotidien pour former, éduquer, transmettre que l’on a l’action, sous un angle ou un autre, la plus efficace. Et je sais déjà qu’il me sera difficile je le crois, d’y renoncer un jour… Je le dois à mes instituteurs et à mes parents!