Durant les grandes heures des cours royales européennes les bals masqués servaient à dissimuler des pratiques amoureuses reposant sur un pseudo secret apporté par la dissimulation des visages. Élégamment porté le loup demi-masque en velours ou en satin noir, parfois agrémenté de dentelle, que les dames de la noblesse mettaient au XVIII° siècle lorsqu’elles sortaient afin de préserver, à l’origine, la blancheur de leur peau. Dans le théâtre du XVII° ou du XVIII° les amoureux se masquaient pour des raisons souvent liées à l’hostilité des parangons de vertu, pour échapper à des parents sévères, pour dissimuler leurs sentiments coupables . Or voici que le masque revient dans le jeu de l’amour physique et du hasard de la contamination virale.

Selon les derniers échos venant d’Amérique l’accessoire protégeant les amoureux transis ou les appétits des souverains en quête de maîtresses pouvant devenir favorites putatives. En effet les autorités sanitaires new-yorkaises recommandent de le porter pour faire l’amour. La situation devient extrême complexe puisqu’à ce conseil s’ajoute la distanciation physique qui, si elle devait être respectée aggraverait considérablement le dispositif.

Dans un document adressé à la population, les spécialistes ayant en charge l’épidémie causant des ravages dans la ville diffusent les positions adaptées du Kamasutra avec les recommandations suivantes : « Soyez créatifs avec les positions sexuelles et les barrières physiques, comme les murs, qui permettent le contact sexuel tout en empêchant le contact face à face ». Ils ne joignent pas de croquis d’exécution et il faut donc avoir un brin d’imagination pour justement se faire « le mur ». On ne va donc pas tarder à inventer la posture du Coronavirus reposant sur des affirmations n’ayant ni queue ni tête.

Justement il va falloir éviter bien d’autres jeux érotiques puisque le slogan new-yorkais du moment pourrait être « sortez couverts » mais à l’endroit que l’on imagine. Le masque devient ainsi le préservatif contre le virus. Non que ce dernier soit transmissible par les actes amoureux mais par les échanges de salive, de transpiration, de sperme (on n’avait pas encore entendu ce type de référence).

Les médecins américains soulignent en effet que des traces de la maladie ont été retrouvées dans le sperme humain. Toutefois, à l’heure actuelle, aucune étude ne prouve qu’une contamination est possible par ce biais, ce qui rend difficile le fait de considérer le Coronavirus comme une maladie sexuellement transmissible. Pourtant il existe un doute sur ce point.

Le rigorisme ambiant aux USA exulte quand les autorités de New-York estiment que « l’abstinence est encore le meilleur moyen d’éviter les contaminations». Dans notre pays le confinement a été suspecté justement de favoriser la courbe de la natalité. Il va falloir encore justifier l’extraordinaire libertinage français et ce petit grain de folie amoureux qui a toujours fait la spécificité hexagonale. Comment imaginer que le « French lover » adepte du « French kiss » puisse accepter de telles consignes.

Les consignes qui ont été données en rappelleront d’autres. Il n’est pas encore recommandé de les afficher sur la porte des chambres à coucher mais ça en saurait tarder: lavage des mains, distanciation amoureuse, port du masque avant, pendant et après et pire encore « bonne hygiène des organes génitaux » lavés au savon. On n’en est pas encore au gel hydroalcoolique mais qui sait quand il est question d’amour et de gel tout est encore possible !

L’Amérique pudibonde et moralisatrice se réveille. Des spécialistes de l’hôpital du Massachusetts et de la faculté de médecine d’Harvard ont donc édicté un guide des bonnes pratiques en période de diffusion de la COVID-19 : « Les techniques de réduction de la contamination comprennent selon eux la réduction du nombre de partenaires sexuels, l’évitement des partenaires présentant des symptômes compatibles avec le SRAS-CoV-2, l’évitement des baisers et des comportements sexuels présentant un risque de transmission fécale-orale ou impliquant du sperme ou de l’urine, le port du masque, une douche avant et après les rapports sexuels et le nettoyage du corps avec des lingettes au savon ou à l’alcool. » Rien que ça !

Ouf ! La poésie, la tendresse, le partage avancent donc là-bas masqués et hydroalcoolisés. Il faut d’urgence que BFM aille consulter le Professeur Raoult pour que nous soyons rassurés. A la place du Viagra pour les populations fragilisées par les ans il pourrait recommander la chloroquine… dont nul ne sait vraiment s’il détient aussi le double pouvoir de protéger du Coronavirus et de favoriser la dépense amoureuse.