« Chacun d’entre nous doit se réinventer ! » a affirmé le Président de notre République. Je le pense. Je le soutiens. Je le veux. Le seul vrai problème c’est qu’il faudrait se mettre d’accord sur le « nouveau chemin à emprunter » avant de pouvoir se réinventer. Or il ne semble pas que tout le monde soit d’accord sur la direction à prendre et plus encore que la grande majorité des gens ait été favorable à celle qui a été prise depuis trois ans.

Pour se « réinventer » il est en effet indispensable de s’assurer que la base sur laquelle on repose est suffisamment solide pour permettre d’aller ailleurs. On ne construit pas un avenir sans un bilan réel de ce que l’on a fait dans le passé.

En fait, si j’ai bien compris les annonces à caractère général qui ont été émises, avant de « réinventer » il va être indispensable de réparer. Réparer les dégâts causés aux services publics depuis depuis des décennies sous l’influence de l’Europe ultra-libérale tournée vers son obsession de la concurrence libre et non-faussée. Redonner confiance à celles et ceux que les décisions antérieures ont plongé dans le doute ou la colère constitue un préalable à la « reconstruction » du monde d’après. Changer totalement les paradigmes de notre vie collective pour remettre l’humain au cœur de la politique ne constitue pas un mince défi.

Pour ma part je n’ai pas nécessairement envie de me « réinventer » car j’estime avoir assez combattu et surtout proposé pour donner un sens à mon engagement. Les valeurs à retrouver, et les actions concrètes qui vont avec existent mais elles ne correspondent absolument pas au monde d’après dont je crois avoir deviné les contours.

Pour les citoyenn.ne.s que nous devrions toutes et tous être, l’essentiel n’est pas dans un « brain-storming » confisqué par une démocratie qui n’a plus rien de représentative mais dans l’espoir d’être simplement écouté. Le fameux grand débat devait aussi réinventer le pays…

Il est certain que la « réinvention » doit d’abord concerner un Etat sourd, aveugle et borné face aux réalités du quotidien. La solidarité revient sur le devant de la scène où se prépare la pantomime du monde d’après qu’il ne faudra pas surtout confondre avec le nouveau monde qu’on a mis en œuvre durant trois ans. Il n’y a nullement besoin de la réinventer car elle existe et a été d’ailleurs largement mise en œuvre par les élu.e.s locaux.

Les départements ne cessent de réclamer les moyens de poursuivre leurs politiques quotidiennes vers les plus précaires, celles et ceux qui sont en perte d’autonomie, ces milliers d’enfants et d’adolescent.e.s laissés par une société déboussolée sur le bord du chemin, ces territoires en souffrance sociale. Dans bien des domaines ce ne sont pas les idées, les propositions, les innovations qui manquent mais c’est simplement l’écoute, la prise en compte de la réalité qui manquent.

Pour pouvoir se « réinventer » la France a surtout besoin d’une forte décentralisation (hasard : le mot n’a pas été prononcé) faisant confiance dans la gestion aux territoires et aux élu.e.s. qui sont au plus près de l’écoute des besoins. Ils ont démontré leur efficacité, leur engagement et leur capacité à répondre aux situations difficiles. La réponse n’a pas été à la hauteur.

L’obsession de la relance par l’économie a largement condamné les espoirs des collectivités d’être soutenues par Bercy ! Que des artifices et des annonces déconnectées des besoins. Tant que ce vrai lieu des décisions ne se réinvente pas… les paroles présidentielles n’ont aucun poids. Or les « tenanciers » de la boutique sont les favoris pour diriger le gouvernement du monde d’après. Un signe de « réinvention » à la hauteur des paroles présidentielles.

Il est extrêmement difficile de s’accrocher à une discours qui a tenté de guérir les maux du pays avec des placebos ou des recettes d’autrefois. Le rendez-vous de Juillet devra être beaucoup plus concret, beaucoup plus pragmatique et ouvrir autre chose que des portes ouvertes même ripolinées avec des expressions convenant à tout le monde. On attendra donc !

Pour le moment il semble bien que le chemin emprunté pour « l’unité nationale » soit celui de droite et c’est bien là le problème car on connaît la destination finale ! Inutile si c’est confirmé lors dus second tour des municipales de se prendre la tête à « réinventer » une gestion locale. On la connaît depuis tellement longtemps ;

Alors j’ai décidé de répondre à l’appel présidentiel. Je lui adresserai dès demain matin, au Président de la République, mon livre sur le « partage du pouvoir local (1)» afin de répondre à ma façon à tous les thèmes abordés afin de vérifier si ses paroles ont un sens. Je participerai aussi à ma façon à l’appel à l’unité…

(1) Le partage du pouvoir local Editions Le Bord de l’eau en vente dans les libariries et sur les ptaeformes de vente en ligne