L’obsession libérale voulant qu’il n’y ait point de salut pour toute société en dehors de la croissance va finir par exploser la gueule de celles et ceux qui la portent. Inutile de préciser de qui il s’agit. Plus aucune information, plus aucune décision, plus aucune évolution ne repose sur un autre principe que celui de la poursuite du rêve d’un monde apportant la richesse par l’économie au plus grand nombre. La fameuse mondialisation s’auto-nourrit par la surconsommation, quitte à détruire la planète.

Nous sommes repartis sur les mêmes bases avec les mêmes analyses, les mêmes réflexes, les mêmes approches… et plus encore les mêmes mots. Remettre la « machine en route » suppose pour tous les pouvoirs que l’on utilise la notice d’avant la « panne » sanitaire et que l’on ne profite pas de l’opportunité pour modifier la direction antérieure.

L’annonce de centaines de milliers de chômeurs conduit immédiatement à proposer que… les salarié.e.s ayant un emploi « travaillent davantage ! » Depuis des décennies le partage du travail est un vrai non-sens. On va trouver d’un coté ceux qui font zéro heures par semaine car ils sont ou ne sont pas sur les listes de pôle emploi… et qui prétendent à une indemnisation de solidarité collective indispensable pour tenter d’assurer leur survie économique.

En face d’eux on trouve celles et ceux qui travaillent à temps plein-et parfois bien au-delà. La durée hebdomadaire d’un plein temps selon les études de l’INSEE dépasse souvent les 39 heures. Au milieu, ils sont de plus en plus nombreux, les « temps partiels », les « précarisés », les « auto-entrepreneurs » qui n’ont aucune perspective dépassant parfois la semaine, le mois et au mieux l’année. Il ne fait pas oublier les exclu.e.s volontaires ou forcés de ce que l’on appelle le « marché de l’emploi » et dont le nombre a bondi sur les registres du RSA de plus de 10 % en quelques semaines.

Cette situation ne résiste pas à une analyse objective déconnectée des réflexes pavloviens d’une société obsédée par le productivisme réputé sauver l’humanité de la pauvreté. La forme actuelle de partage du travail n’a plus de sens et on l’a vu durant la crise avant de le constater massivement dans les prochaines semaines. Le « travailler plus pour gagner plus » déviance du système du profit appliqué à la base qui produit afin de maintenir ou augmenter le bénéfice réel de ceux pour lesquels ils bossent, revient dans les discours.

Dans le fond le confinement aura mis en évidence que les actionnaires ou les « profiteurs » se trouvent bien démunis quand les travailleurs manquent à l’appel. Il est aussi évident que bizarrement ce sont les deux secteurs économiques aux antipodes qui ont le plus souffert : les TPE des services et les majors de certains secteurs. Le fameux chômage technique ou partiel a sauvé la situation coûtant des milliards d’euros à la République alors qu’une redistribution du travail aurait été plus durable et surtout plus conforme à la « reconstruction annoncée ».

En fait les sacrifiés auront été les 18-25 ans. Pour eux point de salut à la rentrée sur le marché de l’emploi pour les titulaires d’un diplôme qui sera toujours considéré comme au rabais. Plus de lycée, plus d’université : depuis de longs mois ils sont de fait, coupés de leurs objectifs personnels et concernés par aucun des mesures annoncées en dehors de l’apprentissage piloté par les régions.

Par ailleurs beaucoup d’entre eux en difficulté financière ont perdu pied avec l’arrêt de leurs petits boulots « alimentaires »… Et venu s’ajouter à cette situation très critique une poussée de défiance à l’égard de la société créée à partir de la montée du racisme qui leur est insupportable. La situation de la jeunesse s’assombrit au fil des semaines mais comme elle n’est pas encore productive elle n’a que peu de chance de voir son avenir immédiat s’éclaircir.

Produire… produire… sans que l’on sache vraiment à qui est destinée cette production. Il faut selon les déclarations présidentielles une « reconstruction économique, écologique et solidaire ». Les mots ont leur importance et plus encore l’ordre dans lequel ils ont été énoncés. Cet ordre a en effet un valeur politique forte. Il eut été préférable que le Président énonce une reconstruction « solidaire, écologique permettant d’améliorer… l’économie ».

Les jeunes aspirent à ce triptyque dans l’ordre que j’ai énoncé pour peu qu’on les écoute, qu’on leur donne l’opportunité d’agir et qu’on ouvre un peu plus les portes de l’espoir. La peur s’installe chez eux, à tous les niveaux et instille. Rien ne serait pire si la déception s’ajoutait… à celle ambiante.