Tous les services en charge du renseignement intérieur commencent à alerter sur un flambée de violence à la moindre étincelle dans certaines zones urbaines. Or, pour diverses raisons il semble que, tétanisé par les événements récents dans des villes pourtant peu réputées pour les excès constatés dans le banlieues connues, cette situation ne soit pas prise en compte.

L’été risque bel et bien de dégénérer tant monte une profonde défiance à l’égard de tout ce qui apparaît comme relevant de l’ordre républicain. La crise sociale va ajouter à un état d’esprit déjà très problématique.

Ce phénomène n’est pas particulier à la France. Ainsi, une Allemagne choquée et même révulsée, a découvert que la richesse économique ne permettait pas d’éviter ces dérapages incontrôlés. Un signe de la difficulté rencontrée par tous les pouvoirs européens pour maîtriser des révoltes ponctuels. « Scènes de guerre civile », « violence sans précédent » : les condamnations Outre-Rhin après des pillages de magasins et des affrontements entre plusieurs centaines de jeunes et la police à Stuttgart, dans la nuit de samedi se succèdent.

Ces violences urbaines ont éclaté à la suite d’un contrôle de police vers minuit pour une affaire de stupéfiants qui a dégénéré. Plusieurs centaines de jeunes gens, jusqu’à 500, la plupart cagoulés, se sont dirigés en petits groupes vers le centre-ville pour y semer le chaos pendant plusieurs heures.

Ces émeutiers ont lancé des pierres et des pavés retirés des chaussées ou des chantiers de construction vers d’autres véhicules de police, et agressé des membres des forces de l’ordre. .Sur leur passage, ils ont brisé plusieurs vitrines de commerces, tandis que des devantures de magasins ont été pillées, notamment sur une des grandes artères commerçantes, comme le montrent diverses vidéos circulant sur les réseaux sociaux.

Souvent présentée comme le pays de l’ordre, de la cohésion sociale l’Allemagne traverse une période délicate qui la rend moins arrogante. Montée constante de l’extrême-droite avec des exactions racistes de plus en plus radicales, déstabilisation du pouvoir en place par la décroissance mettant en cause la stabilité intergénérationnelle, forte précarisation des jeunes dans des secteurs clés de la vie collective : le pouvoir n’a plus la stabilité nécessaire pour rassurer. Ce constat a tout lieu d’inquiéter en France où le contexte général n’inspire encore moins confiance.

La déliquescence des corps intermédiaires sur ces secteurs (partis politiques, syndicats, structures officielles) a été aggravée par l’affaiblissement du monde associatif. Un certain nombre d’activités structurantes dans le domaine du sport n’existent plus depuis le début mars. Elles peuvent mettre pas mal de temps avant de repartir compte-tenu de leurs difficultés financières actuelles.

Il en va de même pour tous les centre socio-culturels ayant du mal à concilier ouverture et gestes barrières. Dans les prochaines semaines les éducateurs de rues, les animateur.trice.s spécialisés seront essentiels pour juguler la montée de révoltes pouvant dégénérer.

Les « réseaux parallèles de survie économique » ont également été mis à mal et risquent bel et bien de ne pas se reconstituer avant plusieurs mois. Les dettes se sont accumulées depuis trois mois (décalage des loyers, surcoût de la vie familiale durant la fermeture du système scolaire, surcroît de charges-eau, énergie- téléphonie…) avec le risque de devoir les honorer durant les prochaines semaines.

Les associations de solidarité ou caritatives sont habituellement au ralenti durant la période estivale or elles annoncent une affluence inquiétante alors que leurs ressources ont chuté depuis le début de la crise sanitaire. Si elles ne bénéficient pas rapidement d’un soutien collectif renforcé la pression va monter dans les zones les plus difficulté (certaines se situent en milieu rural), il faut craindre qu’au minimum la débrouille et au maximum des actes plus répréhensibles deviennent la règle commune.

Les modes de vie de ces jeunes structurés depuis plus de trente ans maintenant autour du chômage et de la précarité et des nouvelles formes de ségrégation pèsent sur leur comportement. Cette situation engendre chez eux une certaine frustration se traduisant d’un sentiment d’injustice plus ou moins confus et justifié.

Il y aura donc des spasmes pour ces diverses raisons avec un principe à ne jamais oublier  : la violence génère inexorablement la violence. Un véritable challenge pour les autorités gérant les forces du maintien de l’ordre surtout que le contentieux commence à durer et sera difficile à effacer.