Dès que le confinement a été abrégé, il semble que la France vive sur un nuage. Plus rien ne modère cette envie retrouvée d’émancipation de règles pourtant réputées salvatrices. Le Coronavirus serait, comme pour tout ce qui touche aux obligations collectives, seulement pour les autres. Le syndrome du jeu des mille bornes frappe toutes les générations. Il se manifeste de la manière la plus inattendue : tout le monde se réfugie derrière la carte de… « l’increvable ».

Les masques tombent. Les distances se réduisent. Le nombre dix sur l’espace public n’a plus aucun sens. La nouvelle vague appartient aux idées démodées. Depuis que le croque-mort officiel ne délivre plus son oraison funèbre sur les chaînes de télé ne se rassasiant jamais assez de chiffres à sensations fortes, l’angoisse a disparu. Les quelques dizaines de décès annoncées chaque soir paraissent ridicules par rapport aux ravages annoncés.

Le pouvoir centralisé exulte sur sa maîtrise de la crise sanitaire mais tremble quand les repères de la crise instillent le doute. Le virus continue en effet à circuler en France, comme le montre le nombre de nouveaux « clusters » : 269 cas groupés depuis le 9 mai, dont 7 nouveaux hier, soit 89 en cours d’investigation. Ces « nids » devraient vraiment alerter sur les dangers d’une insouciance coupable. Protéger les autres c’est aussi se protéger. Si la société admettait ce principe, une vie solidaire paraîtrait moins lointaine.

Rien n’est joué. En effet 188 pays sont touchés par la pandémie de COVID-19 avec 9,1 millions de personnes atteintes dont plus de la moitié ont guéri. Il faut cependant savoir l’Europe reste fortement impactée avec plus de 2,3 millions de cas et 188 168 décès. Et c’est là que se situe le problème essentiel car la croissance économique exige que les frontières se rouvrent très vite. Or comme des taches d’huile réparties sur le territoire européen menacent l’équilibre précaire des pays ayant jugulé la pandémie.

L’Allemagne jugée largement mieux organisée que ses autres voisins dans la lutte contre le virus vient de prendre de l’avance sur la résurgence de foyers de contamination. Elle a annoncé un deuxième reconfinement dans un canton de plus de 200 000 habitants dans l’ouest du pays lié à l’apparition d’un important foyer de contamination dans le plus grand abattoir européen (1500 employés testés positifs). Les autorités régionales de Rhénanie du Nord-Westphalie avaient déjà annoncé un premier reconfinement partiel dans le canton voisin de Gütersloh de 360 000 personnes. Les cafés, les magasins vont réduire leurs horaires d’ouverture et on attendra avec angoisse l’extinction de ce qui ressemble fort à un « incendie » épidémiologique.

Les réservations pour l’été vont bon train dans l’Hexagone. Il est vrai que les projets de vacances au Portugal risquent d’être bien difficiles dans les prochains mois. Lisbonne revient en effet quelques semaines en arrière. Les cafés et commerces sont notamment priés de fermer dès 20 heures ce qui va singulièrement nuire à la vie « à la portugaise ». L’interdiction des rassemblements de plus de dix personnes, alors que la limite avait été relevée à 20 personnes a été remise en place dans l’ensemble du pays. Le Portugal a enregistré entre le 21 mai et le 21 juin 9.221 nouveaux cas de Covid-19, dont 85% ont été détectés dans la région de Lisbonne et de la vallée du Tage.

Sur le continent américain, la contagion ne faiblit pas. Aux Etats-Unis, pays au monde le plus touché par le Covid-19, le bilan a dépassé les 120.000 morts. Le Brésil devient le deuxième pays le plus touché au monde avec nettement plus de 50 000 morts). Le Honduras, petit pays de 9 millions d’habitants, est submergé par les morts.

La Guyane entre de son coté dans la tourmente situation préoccupante avec 3 foyers hors de contrôle et 12 en cours d’investigations. On compte 2 441 cas avérés depuis le 4 mars dont 97 hospitalisés, 14 en réanimation et 6 décès. On y a battu un record de contamination avec 278 nouveaux cas en une journée. Il est à peu près certain que ce sera le premier département français contraint de revenir sur la liberté accordée à la population.

Le début du mois de Juillet risque donc d’être décisif en France en raison des dates où ont été annoncées les mesures de déconfinement et quelques indices. La période actuelle ressemble à un château de cartes pouvant à tout moment transformer une réussite en effondrement partiel. Cherchons dès maintenant qui viendra expliquer lors d’une adresse aux Français.e.s qu’ayant sauté la « barrière » trop vite ils doivent revenir dans le pré carré du confinement en plein été. Et pourtant…