Dans la période actuelle où les disparitions de grandes entreprises menacent et où le chômage prospère il est étonnant de constater deux phénomènes inquiétants et contradictoires. Les collectivités territoriales donneuses d’ordres rencontrent bien des difficultés pour trouver des entreprises. Certes il y avait la période du confinement peu propice aux lancements des chantiers mais depuis un bon mois, les appels d’offres traduisent d’étonnantes difficultés. Absence de réponses ou alors des montants majorés de 15 à 20 % !

La première surprise est venue du surcoût demandé sur de nombreux chantiers arrêtés. Pour leur relance les attributaires sollicitent des dédommagements importants. Ils arguent des frais occasionnés par la crise sanitaire, les nécessités techniques de la remise en route, des dédommagements pour l’interruption alors que bien souvent le personnel a été mis au chômage technique et donc indemnisé par l’État.

Cette tendance explose les enveloppes financières au moment même où les budgets se resserrent. Ces « ardoises » seront portées sur les demandes d’indemnisation promis aux collectivités par l’Etat. Reste à savoir si elles seront retenues ! En attendant le choix est douloureux : respecter les délais annoncés de livraison et payer ou tout simplement retarder des opérations en attendant de régler des litiges complexes. On va vers de nombreux contentieux sur les retards et leur imputation.

La période mars et avril avait paralysé la communication des résultats des Commissions d’appel d’offres lancés en début d’année. Les résultats n’en sont pas mirobolants. En effet beaucoup de lots dans des constructions sont déclarés infructueux. D’abord parce qu’il n’y a eu aucune soumission ce qui dénote une absence de gestion des plannings pour les mois à venir. Dans d’autres cas il n’y a qu’une seule candidature avec des prix prohibitifs rendant l’attribution impossible. Des centaines de milliers d’euros ne contribueront donc pas à la relance avant plusieurs mois.

Le manque de main d’œuvre dans certaines spécialités devient également préoccupant. Les ouvriers qualifiés s’arrachent à la reprise post-COVID. Il faut en effet augmenter les présences sur les opérations en cours de telle manière que des équipes supplémentaires puissent être constituer. La fermeture des frontières pèse sur les chantiers. On découvre en effet que les pays de l’Est ou la péninsule ibérique, fournissaient, via des subterfuges légaux une main d’œuvre indispensable. Il faudra attendre la mi-juillet pour que quelques-uns reviennent à condition que l’épidémie se tasse de manière indiscutable. La libre circulation n’est pas encore au programme. Il faudra donc patienter pour obtenir des renforts moins onéreux que ceux que l’on pourrait trouver en France.

Lors d’un bureau du conseil d’administration du Service Départemental d’Incendie et de Secours la surprise est venue de l’achat de 14 châssis destinés à recevoir des caissons d’ambulance aménagés. Aucun constructeur français en situation soit-disant précaire n’a soumissionné et les véhicules devront attendre ! Encore un détail qui interpelle. Les chaînes de fabrication vont aller au plus vendable et même au plus rentable et peut-être aussi le plus « primable ». Attention de ne pas prendre le virage trop vite !

Ce sont des signes que la réalité du quotidien n’a pas de rapport avec les annonces parisiennes. Les milliards qui sont annoncés vont mettre du temps pour ruisseler vers l’économie de proximité. Les collectivités locales jouent un rôle essentiel dans cette distribution des possibilités de travail. Elles auraient bien besoin de sérénité, de solidité, de pérennité dans leurs ressources pour vite participer au maintien de l’emploi. Si on prend l’exemple du conseil départemental girondin il aura injecté près d’un milliard sur cinq exercices au profit des entreprises.

Bloquées par la réforme de la fiscalité locale entravant leur liberté d’action elles vont au contraire entrer dans une période de restrictions et d’étalement de leurs dépenses. Il faudrait vraiment admettre que la coopération avec l’État peut constituer un vrai levier pour sauver ce qui l’être encore. Par exemple il serait intelligent d’affecter une part des centaines de milliards de l’emprunt commun européen (s’il est accepté) à des équipements structurants de proximité (collèges, écoles, lycées, hôpitaux, routes…) mais il ne faut pas se faire d’illusion sur le sujet.