C’est parti ! La machine est en marche. La mission des conducteurs est de mettre en route la nouvelle idée du Président de la République : repousser après l’échéance présidentielle les scrutins départementaux et régionaux. Une opération purement électoraliste qu’il est indispensable de justifier avant l’allocution estivale du marcheur en chef et le probable remaniement gouvernemental. Le plan de communication a été soigneusement élaboré de telle façon que la mesure n’apparaisse pas comme liée à la défense d’intérêts partisans.

Repousser ces deux échéances prévues dans moins de neuf mois relève pourtant d’une stratégie strictement personnelle. L’occupant actuel de l’Élysée est obnubilé par sa réélection. Pour atteindre cet objectif il lui fait renouveler le duel au second tour avec le rassemblement national de la Marine. Même impopulaire à souhait il a la certitude une fois encore de l’emporter face à elle. Pour atteindre cet objectif il est capital de ne pas voir émerger des candidats potentiels sur sa gauche et sur sa droite. Pour le moment il est tranquille !

Laminés aux municipales les marcheur.euse.s ont découvert qu’il n’est pas facile d’exister quand au niveau national tout va mal. Les analystes politiques pensent donc qu’il serait désastreux pour leur candidat d’essuyer deux défaites aussi lourdes un an avant le rendez-vous présidentiel. Il sait qu’actuellement sur sa droite il y a trois présidents de région qui fourbissent leurs armes.

Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et un certain Xavier Bertrand se préparent à solliciter la casque des Républicains. S’ils l’emportaient avec ou sans LREM en mars 2021 ils se verraient pousser des ailes. En les condamnant à choisir entre une campagne pour l’investiture ou leur fief régional (avec les moyens qui vont avec) en 2021 il les dégage du paysage.

Le trio a vu venir le piège et s’oppose vivement à un déplacement de dix-huit mois des élections régionales. Il ne trouveront guère d’alliés car leurs collègues ne sont pas farouchement hostiles à ce déplacement car leurs ambitions restent limitées à l’horizon régional. Alors pour les amadouer l’Elysée vient de lancer l’idée d’un acte massif de décentralisation. Le Président de l’Assemblée nationale lance la bouteille de la réforme dans l’océan médiatique.

« En cas de décentralisation massive», Richard Ferrand explique un report des élections régionales. «Soyons clairs, s’il s’agit d’une urgente nécessité, alors il faut reporter les élections de mars 2021 puisque sinon le nouveau cadre institutionnel ne serait applicable que six ans après le mandat reconduit en 2021(sic) » Tous les moyens sont utilisés musique Le Figaro révèle que le « déjà-candidat à sa réélection » aurait profité d’un déjeuner avec le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, pour lui proposer une aide financière de l’État en échange du soutien des Régions de France pour un report des élections après 2022 ! Sûrement un mensonge. La décentralisation n’est qu’un prétexte.

Sur la gauche pour le moment c’est l’éparpillement et le vide en personnalités pouvant enfiler le costume présidentiel. Les Verts sont marris de l’annonce du report car ils avaient envisagé de faire cavaliers seuls aux régionales (la proportionnelle les avantage) et aux départementales afin d’engranger des élus locaux pouvant soutenir leur candidat potentiel. Si Jadot veut affirmer sa capacité à conduire la campagne pour l’Elysée il lui faut deux « performances » prometteuses. L’alliance avec Générations est la seul envisagée. Si on renvoie les élections de 2021 leur calcul est mort : même si les municipales sont profitables le bénéfice sera perdu en… 2022 !

Chez les socialistes les troupes de François Hollande se remettent en ordre de marche. Il sait que le temps travaille pour lui. Le retour est programmé probablement à la rentrée et il pourrait être le seul candidat crédible pour le centre gauche. Ses points d’appui sont dans les départements dont il connaît les exécutifs. Il sait par expérience qu’il est impossible de vaincre aux présidentielles sans le réseau toujours solide des élus locaux. Il le travaille avec quelques déjeuners parisiens et il guette les opportunités de venir sur le terrain. Son ancien et infidèle ministre veut donc tarir la source et éviter que le PS augmente son nombre de conseillers départementaux.

Il ressort alors la proposition sarkhoziste qui n’a jamais été vraiment oubliée du conseiller territorial hybride entre la région et le département…Il faudrait alors du temps pour faire adopter avec le soutien du camp Les Républicains une grande loi fourre tout sur les collectivités locale… Retailleau donnera un coup de main au Sénat contre Larcher ! Il arguera de l’impossibilité d’effectuer cette réforme en quelques mois et donc le report sera inévitable. Bien entendu c’est dans l’intérêt général !