Un changement de Premier des ministres décidé par la Président de la République seul sans que l’on en connaisse les véritables raisons. Sanction pour l’échec des politiques qu’il avait conduites selon la volonté de celui qui l’a limogé ? Désaccord politique profond sur la gouvernance que le locataire de Matignon aurait appliquée ? Remise en cause des orientations portées par la majorité de droite d’une équipe libérale ? On ne le saura jamais puisque personne n’a pu poser la question à celui qui conduit de fait les affaires de l’État. Le pouvoir est de fait absolu et rien ne saurait démontrer le contraire. On appelle ce type de mesure : le fait du prince !

La liste des heureux.euses élu.e.s est déposé dans le coffre de l’Elysée. Elle a été préparée bien en amont de la démission d’Édouard Philippe. Une sélection effectuée a été effectuée par le maître des lieux de manière discrète avec des rendez-vous en visioconférence pour éviter les déplacements surveillés par les médias. La « surprise du chef » n’avait plus qu’à valider puisque sa nomination en dépendait. Aucune exigence de sa part puisque c’était à prendre ou à laisser. Il lui a été accordé le droit de jeter un œil sur les seconds rôles que seront les fameux secrétaires d’Etat.

En fait comme il y a une dizaine de nouveaux venus, il a fallu constituer des dossiers aussi complets que possible à leur sujet. L’avis de la haute autorité pour la transparence de la vie publique a été sollicité avec insistance. Il est vrai que dans le précédent gouvernement il y avait eu des trous dans la raquette. Tout le week-end les vies sociales des prétendants ont donc été passés au crible. Les services du ministère de l’Intérieur y ont ajouté leur grain de sel. La fameuse liste restreinte a donc bénéficié de multiples attentions.

Il en sera de même pour les autres arrivants qui seront nommés mardi soir. Le droit à l’erreur n’existe plus à deux ans de l’échéance de l’élection présidentielle. La maille sera beaucoup plus large car le renouvellement s’impose et donc il faut aller plus vite. On se contentera de l’essentiel. Depuis le début du quinquennat il a fallu « évacuer » quelques cas suspects.

Tous les maires fraîchement élu.e.s risquent dans cette période de revenir chez eux ou de ne pas accéder au gouvernement. Compte tenu des résultats des municipales il ne faudra pas trop prendre de risques. Dans le fond les « battus » ont plus de chance d’être appelés à Paris car ils pourraient se reconstruire une notoriété nationale si leur ministre de tutelle le leur permet.

Parallèlement il va falloir s’occuper des élites stockés dans les cabinets. Plusieurs centaines de conseiller.e.s seront à recaser alors que les places disponibles dans la fonction publique ont considérablement diminué.Dans la journée beaucoup vont devoir regagner leur poste antérieur ou s’en chercher un autre. La concurrence va être féroce puisque les pertes de Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Nancy, Tours, Poitiers… vont remettre sur « le marché » des directeurs généraux, des collaborateur.trice.s sous contrat, des fonctionnaires d’État en rupture avec leur administrations. L’été sera compliqué pour certain.e.s

En effet beaucoup plus que les titulaires des postes ministériels ce sont les équipes qui les entourent qu’il faudrait renouveler. Le monde d’après sera un nouvel échec si justement sa construction est confié au « moule » technocratique. Les mêmes méthodes de pensée, le mépris pour les idées du terrain, la tutelle acceptée des vrais maîtres du jeu à Bercy : le danger est là ! Le politique au sens noble du terme n’a plus sa place dans les gouvernements et donc il ne faut pas s’attendre à un bouleversement des pratiques antérieures. Un fort pourcentage des cabinets restera en place.

D’abord parce que tout est descendant et vient de l’Élysée où les « conseillers » du Président actuel ont un rôle supérieur à celui des Ministres. Ensuite les marges de manœuvre financière n’existeront plus au cours de deux prochaines années. Il est indispensable enfin de savoir que l’essentiel des prochains mois sera consacré à tenter de réparer les dégâts occasionnés par la crise sanitaire.

Ce gouvernement aura bien du mal à exister. Il lui faudra sans cesse affirmer sa légitimité et même si le nouvel occupant de Matignon affirme qu’il ne sera jamais un « collaborateur » du Président, il lui faudra un sacré esprit de résistance pour exister. En fait il a témoigné dès ses premiers discours d’une habileté : sachant que ses moyens seront limités il se tourne vers les « territoires » manière détournée d’annoncer que les collectivités concernées seront mises en première ligne et considérées par le pouvoir comme des alliées et non comme des ennemies. Enfin pour le moment. Mais je l’avoue cette orientation me plaît si elle se confirme… et si elle est assumée par l’Elysée.