citoyenneté

S’il est un jour dans l’année durant lequel la citoyenneté prend tout son sens c’est bien le jour du 14 juillet. Transformé en jour de fête nationale destinée à honorer l’armée française et toutes celles et tous ceux qui concourent à la défense de la Nation. Cette année, sans que l’on connaisse exactement les contours de leur mise en avant, des personnels civils, c’est à dire des citoyens actifs ayant contribué à la lutte contre la pandémie seront à l’honneur. Une modification circonstancielle qui devrait faire école pour l’avenir. Personnellement j’ai toujours souhaité pareille adaptation de la commémoration d’un rendez-vous symbolique dans notre Histoire.

Le 14 juillet devrait être la « fête des citoyen.ne.s » afin de redonner tout son sens à ce statut obtenu par la Révolution, qui comme toutes les révolutions, a été confisqué par les pouvoirs qui lui ont succédé. Jamais probablement il a été aussi nécessaire de faire vivre une autre approche de la vie sociale permettant de créer un monde d’après réellement différent.

Si l’on se réfère à la définition que Régis Debray dans son livre la République expliquée à ma fille : « Le citoyen, c’est celui qui participe de son plein gré à la vie de la cité. Il partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire la loi. le pouvoir d’élire et, le cas échéant, d’être élu. Si tu fais la loi, il est normal que tu lui obéisses. Ça s’appelle le civisme. Et si tout le monde s’arrangeait pour ne plus payer d’impôts, il n’y aurait plus de gendarmes, ni de lycées, ni d’hôpitaux, ni d’éboueurs, ni d’éclairage public, parce qu’il faut de l’argent à l’État ou à la ville pour entretenir tous ces services. »

Comment ne pas être d’accord avec ce « portrait » du citoyen ?

Depuis des années je me bats pour expliquer que ce ce lien entre « l’impôt », principe fondateur de la vie républicaine et l’exercice de la citoyenneté, a toujours été fondamental. Lentement, pour des calculs électoralistes qui ont été accélérés au cours de ce quinquennat les gouvernements l’ont sciemment éliminé plutôt que de le rendre plus juste, plus équitable et plus efficace. Le consommateur « taxé » a supplanté le « citoyen contributeur ».

Pour faire la loi commune et applicable à toutes et à tous il n’y a plus de « partage » puisque la V° République avec la modification de l’ordre de l’ordre des scrutins présidentiels et législatifs a complètement l’a détruit. La fameuse démocratie représentative au plan national tourne en vase clos et n’offre absolument pas de possibilité réelle d’expression citoyenne. Le « pouvoir d’élire » n’est plus d’actualité et la majorité des gens qui le possède ne l’utilise plus. L’arme du bulletin de vote tire à « blanc » et la citoyenneté aussi.

Quand dans un pays on en arrive à ce que plus de 70 % des adultes en âge de voter oublient leur statut civique pour ne « plus participer de leur plein gré à la vie de la cité » il y a lieu de s’inquiéter. Certains vainqueurs du scrutin le plus proche (conseil municipal) ont vite oublié que leur légitimité n’avait plus grand chose à voir avec les principes démocratiques voulus par les révolutionnaires du 14 juillet. En fait les municipales ont constitué une grave défaillance dans un processus que l’on pensait acquis pour encore des décennies supplémentaires voire de siècles.

Bien d’autres points concourent à ce délitement du civisme. Aucun des problèmes écologiques ne peut être réglé sans une prise de conscience citoyenne forte. Les normes, les règlements, les circulaires, les lois n’ont une efficacité que si elles sont portées par un véritable engagement du plus grand nombre. Être citoyen.ne ce n’est pas nécessairement contester, s’opposer, démolir mais c’est plutôt participer, agir, innover, construire.

La lutte contre la pandémie provoquée par la COVID-19 ne sera jamais victorieuse sans que la collectivité nationale donne les moyens financiers à tous les services publics grâce à un impôt proportionné aux capacités des citoyens. Elle ne réussira que si chacun d’entre nous accepte de respecter les règles préservant les autres de la contamination.

Le désastre social inévitable qui s’annonce fin 2020 ne pourra être surmonté par une véritable et indispensable solidarité civique. Croire que la consommation, et même la surconsommation, sauveront le monde c’est commettre une phénoménale erreur que le libéralisme n’évitera pas par sectarisme.

Le « vrai » 14 juillet 1789? Les insurgés qui se sont procuré des armes ont besoin de poudre et de munitions. Selon plusieurs sources, la prison de la Bastille en détiendrait. À ce besoin réel vient s’ajouter la nécessité de faire tomber un symbole de la répression monarchique.

Les citoyen.ne.s du 14 juillet 2020 ont abandonné l’arme du bulletin de vote alors qu’ils ne veulent plus majoritairement du pouvoir présidentiel en place. Comprenne qui pourra ! La « bastille » actuelle n’a pas de souci à se faire et peut espérer survivre.