Après avoir connu son heure de gloire grâce à son prêche de conversion des hérétiques « jaunes » réputés hostiles Choupinet avait la sensation d’avoir gagné le droit de croire en son avenir. Agacé, déprimé, en proie au doute, il avait annoncé changer de chemin durant les vacances. Il avait l’habitude d’emprunter celui des crêtes mais il lui fallait renoncer car les risques de se retrouver dans le ravin était trop fort.

Pour éviter pareil désastre, la solution adoptée a consisté à confier le rôle d’éclaireur à un, ami, guide spécialisé qui deviendra ainsi le « premier de cordée » ! Lui, cheminera sur le terrain plat mais avec d’autres moyens de locomotion plus résilient. Avant il prendra quelques jours de repos!

Choupinet a donc commandé un vélo vert pour les semaines où il ira avec sa gouvernante se mettre au frais dans le fort de Guingasson. C’est tendance, a-t-il dit en regardant le catalogue des soldes me convient car il correspond à l’air du temps et au nouveau chemin. Le « nain de Neuilly » qu’il voit maintenant très souvent,lui a rappelé qu’il adorait effectuer un grand Tour sous les vivats de la foule lâchant, si besoin, les suceurs de roue en charge de sa sécurité lors de la rentrée dans les cols.

Le « tonton flingueur » de Karachi, toujours à l’écoute, lui prodigue des conseils sur la conduite à tenir, lui suggérant de rendre une visite symbolique de soutien ; aux forces de l’ordre en donnant le nom de Louis de Funés à la brigade de gendarmerie de Saint-Tropez. Une opportunité de se refaire la cerise en matière de notoriété.

Le vacancier parisien adore, lors de ses séjours au club Med’ officiel, jouer à cache-cache avec sa gouvernante dans les tunnels et caves. Il se lance dans ces aventures avec extase, quand on l’autorise, s’il a bien travaillé, à regarder Fort Boyard.

Une fois, au cours de ces parties de cache-cache, il y a rencontré le fantôme d’un gars sans slip, installé, zibounette dans le vent frais, sur la terrasse. Il a été effrayé quand l’ombre furtive avait ri aux éclats, en tendant une fiole sur lequel il avait pu apercevoir Corona ! Impossible d’en lire davantage… alors que le zombie l’avait aspergé avec le contenu de la canette.

Aucun membre des grands savants qu’il réunit au ¨Palais, (tous d’accord avec le contraire de ce qu’explique l’un de leur collègue) ne lui avait appris qu’il était possible de mettre en bière le virus. Choupinet s’affola. Il avait été touché par des postillons ! La gouvernante convoqua aussitôt les meilleurs spécialistes pour vérifier l’état de santé de son protégé. Il fut illico décidé de le soigner selon les vieux principes de la médecine méditerranéenne.

Un gourou marseillais fut invité à venir exorciser le pouvoir maléfique du fantôme de Brégançon. La cérémonie avec le druide de La Timone fut époustouflante. Choupinet demanda au cuisinier du palais de proposer un menu diététique. La mode de vie russe fut choisi.

Le caviar d’aubergines (les moyens ne permettaient pas mieux) à la chloroquine fit sensation. La volaille de Bresse fourrée avec le même condiment enchanta la tablée. Du fromage affiné que l’on avait confiné ! Tout comme le gâteau sur lequel le sucre glace avait un goût un peu particulier mais on s’y était habitué. Sur les conseils de l’oncle Sam qui vit au Texas, aspergea les ingrédients d’eau de javel à la place de l’huile d’olive avant de les passer à la plancha. Ce fut dans le fond un raout exceptionnel sous les étoiles.

Le fantôme revint chaque nuit dans la même tenue. Le protocole exigea du revenant qu’il ne se présente plus sans le drap blanc réglementaire avec un masque anti-virus. Il obtint satisfaction mais quelle ne fut pas la surprise du chef en constatant que les deux trous pour les yeux étaient complétés par un troisième placé bien plus bas…

Albert Teuton et le baron d’Armanin descendirent de Paris accompagnés du Raid qui traqua le fantôme dans tout le Fort. Les recherches furent vaines. Les grenades, les gaz, les canons à eau, les balles de LBD, les chiens d’attaque… rien de vint perturber le sommeil du visiteur intemporel.

Choupinet en fut tout marri.. et retourna masqué dans son Palais où l’attendait harassé le premier de cordée suivi du gouvernement fantôme qui redescendait de la montagne des déficits et qui lui, avait rencontré l’abominable homme des neiges de la crise ! La panique…

(à demain si vous le voulez bien)