Avec près de 800 personnes participant à la vie collective du château, Choupinet se retrouve, dans le fond dans une prison dorée. Il n’y a pas une minute de sa vie quotidienne qui ne soit pas préparée, assistée, surveillée et il faut vraiment s’adapter à ce contexte. Tous ses faits et gestes bénéficient d’une anticipation permanente et d’un rapport très précis. Il aimerait tant avoir des imprévus.

Pas question de prendre un scooter pour une virée nocturne intéressée comme l’a fait « Flamby de Corrèze » avec le succès que l’on connaît. Impossible d’effectuer en voiture officielle, une tournée des « duchesses » comme « Gis Quart de Tour » ou « Chichi la Panouille ». La vie cachée de Tonton la mite n’appartient plus qu’à la légende des lieux. Le boulot, toujours le boulot, rien que le boulot ! L’aventure ? Un rêve!

La canicule n’épargne pas forcément l’intérieur du château dont les moulures en or patiné attestent des splendeurs antérieures. Compte tenu des dernières recommandations des citoyen.ne.s, en vert et contre tout, la climatisation a été réduite au maximum, d’autant que les pièces ne s’y prêtent guère. Choupinet a donc improvisé. Il a convoqué dans son bureau plusieurs ministres brasseur.euse.s de vent qui refroidiront l’ambiance et lui aéreront l’esprit. Une manière comme une autre d’économiser sur le budget de la boutique.

Surveillées par les comptables de la fameuse Cour, ses dépenses ne peuvent pas exploser comme celles de l’État. Il faut donc surveiller et économiser tout ce qui peut l’être. Une démarche qui a porté ses fruits puisque le constat heureux est tombé : un million de crédits non consommés sur l’année écoulée. La gouvernante a, elle-aussi baissé son budget malgré un afflux de plus de 21 000 courriers nécessitant des réponses individualisées. Une vraie chasse au gaspi a été engagée. Et toutes les occasions sont bonnes.

D’abord Choupinet a décidé de moins voyager à l’étranger et même en France. Un sacrifice que la pandémie française de la « fièvre jaune » a singulièrement facilité. Il en sera de même en 2020 puisque les sorties, même masquées, sont vivement déconseillées. Pour ses déplacements de proximité une trottinette électrique a été envisagée ou un Vélib’ tricolore mais il faudra attendre, pour lancer l’idée, que Didiet Leteuton mette en place un peloton spécialisé de voltigeurs patineurs pour l’accompagner.

En attendant on s’entraîne dans les coursives étroites du château ce qui provoque quelques moments délicats. Des panneaux ont été posés et la priorité… à droite a été vigoureusement rappelée, sans surprise, à tout le monde. On déplore quelques collisions de principe mais rien de grave. Le château s’est mis au vert dans tous les domaines.

Quand la gouvernante approuve les menus de la semaine (c’est de son ressort) elle surveille attentivement l’empreinte carbone des fournitures. Elle a vaguement parlé de retourner un coin de la pelouse pour mettre en place un potager, ce qui a effrayé le conservateur en chef du gazon ! « On économisera sur les légumes et nous serons exemplaires » a déclaré avec l’approbation de Choupinet, la maîtresse des lieux. Un moment de flottement a gagné la réunion lorsqu’elle a questionné : «  les massifs floraux sont-ils exclusivement entretenus sans produits chimiques? 

– Madame, avec tout le respect que je vous dois, il y a longtemps que nous sommes bios ! a rétorqué offusqué le préposé aux parcs et jardins.

– Alors vous me ramasserez les pourpiers pour que le chef confectionne une première salade estivale a-t-elle lancé devant le staff des cuisines médusé. Se tournant vers sa chargée de communication bouche bée elle-aussi, la Gouvernante a ajouté : vous prévenez Paris-Match, je veux un reportage sur mon initiative avec photos à table, une de Choupinet en jardiner et publication de la recette dans Le Fig mag  !

Bien Madame ! » a murmuré la préposée aux tweets d’entretien de la presse pipole.

Fataliste la tête au plafond étoilé le maître-queue du château fit semblant d’être séduit : » Je vous ferai un proposition de salade nature avec les pousses de la que nous appellerons « la choupinette » et demain je vous ferai un flanc aux pétales des roses.

Qu’en pensez-vous Choupinet ?

Une excellente initiative comme d’habitude ! » répondit celui qui était habitué, depuis son plus jeune âge, à suivre les ordres de son mentor en jupes et qui avait la tête ailleurs. Il se ferait servir en douce un burger dans son bureau. Au moins aujourd’hui il y aurait un super communiqué de presse à lancer au cas où une mauvaise nouvelle sociale ou économique essaierait de s’installer à la une de l’actualité. Il voyait déjà les titre : « relocalisation de la production de pourpier :  l’exemple du château ! « . Ce serait bon pour remettre le moral…en marche!

(A demain si vous en avez envie)