La douve de Créon n’étant absolument plus conforme aux règles sanitaires mais restant appréciée en période qui n’étaient par encore considérées comme caniculaires le Maire décida de l’ensevelir sous un jardin public et de construire une vraie « piscine » le long du boulevard de Verdun. Une décision saluée comme avant-gardiste.

C’est ainsi qu’en quelques mois, sortit de terre ou plus exactement fut creusé, ce que l’on qualifierait maintenant de bassin d’apprentissage. Les travaux furent menés à grande allure pour qu’au début de l’été tout soit opérationnel.

En juillet 1963 il fallait ouvrir au public ce qui devenait officiellement « la piscine de Créon », posée au milieu d’un pré sur lequel allait être édifié quelques années plus tard le nouveau collège de Créon. Les enfants et même certains adultes attendaient avec impatience d’entrer dans cette eau pure d’un mètre-vingt de profondeur dans la partie la moins profonde et un mètre quatre-vingt dans la partie opposée. Un pédiluve avec une douche posée sur le coté constituait le seul équipement secondaire.

Cerné de grillage, ce bassin respectait le minimum des dispositions sanitaires d’ouverture au public sauf une : il n’avait pas de maître-nageur sauveteur (métier très rare à ce moment là) car le Maire avait considéré que c’était inutile compte tenu de la réalité du lieu. Il dut déchanter…mais obtint de la direction de Jeunesse et sports qu’il puisse faire fonctionner la piscine avec seulement un « surveillant de baignade ». Encore fallait-il dénicher l’oiseau rare !

A la fin de la première année d’école normale d’instituteurs, il était prévu un stage que l’on appelerait maintenant de cohésion de groupe. Nous devions aller faire de la voile sur les installations vraiment balbutiantes de Bombannes sur les rives du lac de Carcans. Des tentes de l’armée comme dortoir, des caravelles comme bateaux et quelques m² sommaires en parpaings bruts pour le réfectoire et la salle d’activités.

Un vrai moment de camping quasi-sauvage. Le problème c’est qu’il fallait obligatoirement savoir nager ! Or rares étaient ceux qui, vu leur niveau social et leurs origines rurales, avaient ce savoir. Durant l’année nous allions donc à la piscine de la rue Judaïque à Bordeaux une demi-douzaine de fois avec l’espoir que nous deviendrions naturellement des dauphins !

Il y avait aussi dans les derniers jours de juin une réserve d’eau contre l’incendie abandonnée par les occupants allemands du château de Bourran à Mérignac qui servait aux plus téméraires à se perfectionner dans une eau glaciale. Je n’en n’étais pas !

Lors de l’arrivée à Bombannes il y eut un test consistant à regagner à la nage une caravelle ancrée assez loin du rivage. Je m’en sortis grâce à une volonté de fer mais pas du tout grâce à mes talents de nageur. J’eus donc le droit d’apprendre à naviguer sans parvenir à me montrer très doué dans ce domaine. Au grand large malgré le gilet de sauvetage je n’en menais pas large car le me demandais bien comment je regagnerais le sol ferme. Heureusement la caravelle était sûre et inchavirable… ce qui me rassura!

De retour à la maison le samedi 13 juillet 1963 j’appris que ma mère avait donné son accord pour que, durant les deux mois d’été, j’occupe le poste de… surveillant de baignade. Le maire de Créon que je côtoyais un peu comme joueur de l’équipe première de football du club Athlétique Créonnais, avait songé à moi pour ce poste de confiance. Le mardi 16 juillet j’entrais donc en fonction ! La piscine publique de Créon ouvrait et j’en assurais illico la direction.

Chargé de l’entretien du bassin, du contrôle des entrées et de leur encaissement en régie, de la surveillance de plus d’une centaine de gamins de tous les âges sautant de tous cotés dans la piscine, devant donner les leçons le matin pour celles et ceux qui voulaient apprendre à nager… j’entrais dans le personnel de la Mairie de Créon à… 17 ans. Je devenais beau gosse en maillot de bain grillé au soleil de l’été et chargé de rassurer les mères de familles sur les progrès de leur fille ou de leur fils ! Un rpoel que je pris à coeur.

Cette « piscine » connut immédiatement un succès phénoménal… Il me fallait limiter les entrées ce qui provoquait des réactions violentes et mes « talents » de « maître d’apprentissage » (alors que je savais à peine nager) ne me valurent que des compliments. Il fallut même ouvrir le dimanche… pour contenter tout le monde. Juillet et août passèrent très vite mais je ne revins jamais dans le poste.

La piscine fonctionna, malgré des normes sanitaires de plus en plus draconiennes, durant un peu plus de vingt ans. De vrais maîtres nageurs (Michel Tauziet, Jean Meynard, Robert Gautron… notamment) y officièrent… jusqu’à ce que je sois de ceux qui décidèrent, en conseil municipal, de la fermeture de ce « rectangle bleu » qui avait vu des milliers de jeunes barboter, sauter, barboter, plonger… et parfois nager quand l’affluence le leur permettait. La « piscine » connut une fin peu glorieuse puisqu’elle fut comblée pour servir de parking au professeurs du nouveau collège…

(Demain une autre pépite d’été à découvrir)