la pimpine

Se baigner ! A Sadirac, à la fin des années 50 et au début de la décennie suivante, il était totalement impossible de trouver une solution autre, pour savourer ce privilège, que la grande bassine à laver les draps chauffée au soleil ou au jet d’eau laissé lui aussi sur le sol. Nous ne nous baignions donc quasiment jamais sauf pour les rares enfants privilégiés (dont ceux de l’instituteur) qui allaient « à la mer » durant les vacances, soit avec leurs parents, soit en colo. Il fallait donc faire preuve d’imagination. Et nous n’en manquions pas.

Le seul obstacle à des abats sur tout plan d’eau résidait dans le fait que nous ne savions pas nager et donc qu’il nous fallait nous contenter de plans d’eau où nous avions pied. Or bien d’entre eux étaient piégeux avec des bords vaseux et instables. Le plus sûr était donc le lavoir collectif situé aux abords du ruisseau de La Pimpine.

En ciment lissé et nettoyé par mon père au balai brosse toutes les samedis matins, il constituait un bassin sans aucun danger autre que celui de se faire chasser et houspiller par les « lavandières » sadiracaises venant y rincer à l’eau vive leur linge de maison. Elles déployaient de grands draps rugueux, des nappes brodées, des serviettes surdimensionnées qui s’étaient dans le lavoir avant de finri sur l’herbe fraiche d’une prairie.

La roue de bois cerclée de fer de leurs brouettes constituait un excellent système d’alerte. Dès que nous entendions le couinement d’une roue ou son bruit sur le gravillon de la route, nous décampions sans demander notre reste. Celles et ceux qui ont pu se baigner dans l’eau pure du lavoir de Sadirac savent pertinemment que le handicap essentiel résidait dans sa température. Plus la canicule frappait et plus y entrer constituait un défi.

Le lavoir est devenu un réservoir à salamandres

Alimenté en permanence par une belle source situé dans le talus du chemin d’accès et qui était captée pour renouveler le lavoir, le bassin, abrité du soleil, était glacial. Quand je vois les sportifs de haut niveau se plonger dans des containers de cryothérapie je pense à ces moments sûrement aussi revivifiants volés aux blanchisseuses sadiracaises. Impossible de me souvenir que nous ayons renoncé en plein été à nous tremper jusqu’à mi-cuisse, à poil, dans ce lieu discret sans danger. Il manquait néamoins d’originalité.

Sans jamais avoir vu la moindre image cinématographique sur les exploits des aventuriers de mer, j’avais pourtant envie d’aventures aquatiques. Probablement que les lectures de « naufragé volontaire » d’Alain Bombard mais surtout « l’expédition du Kon-Tiki » de  Thor Heyerdahl m’avaient donné l’envie de voguer sur des mers que je ne connaissais pas dans des conditions précaires.

Grâce à l’ingéniosité de mon frère, durant l’été, nous avions réussi à confectionner des radeaux n’ayant rien à envier par leur instabilité à ceux des grands explorateurs. Il nous avait fallu nous procurer des vieilles chambres à air d’automobiles ou de camionnette. Une quête difficile car elles servaient à des usages multiples dont celui des lanières découpées destinées aux élastiques des frondes.

Avec des planches volées aux récupérations de mon père que nous attachions avec de la ficelle aux boudins circulaires gonflés à bloc ! Chacun avait donc son radeau pour des batailles navales avec un compagnon d’équipage très acharnées.

Le plan d’eau qui nous permettait ses « aventures » aquatiques ne ressemblait en rien aux vastes étendues maritimes. Un tour d’eau situé à quelques dizaines de mètres du pont neuf sur La Pimpine, suffisait à notre bonheur. Les assaillant portés par le maigre courant du ruisseau partait à l’abordage du « navire » stationné dans cette « mare » réduite. Le jeu consistait par tous les moyens, de désarçonner l’équipage adverse et de lui faire boire une bonne tasse de l’eau bien moins pure que celle du lavoir.

En effet, à sa source la « malheureuse » Pimpine recevait les effluents de la Douve créonnaise et jusqu’à l’affaire de la destruction de l’élevage de truites de Citon Cénac… les égouts. Sa limpidité en juillet et août en période d’étiage était pour le moins aléatoire.

L’attraction pour l’eau était omniprésent mais à Sadirac toute l’année, il y avait les douches municipales à laquelle on pouvait accéder le samedi de 15 h à 22 h. En été, après une semaine de boulot sous les soleil de nombreux artisans et d’habitants, y venaient pour s’ébrouer sous la pomme puissante et régler juste à point par mon père. Il n’y avait point de durée limitée an dehors de l’impatience de celles et ceux qui attendaient devant les quatre portes vertes fermées (enfin presque toujours) avec une fragile targette. Les discussions allaient bon train et les rumeurs aussi.

La douche du samedi constituait indiscutablement un vrai moment de bonheur collectif dans la moiteur de l’été ! Se baigner… jamais il me semble avoir rêvé pour ça d’une piscine aseptisée !

(à demain si vous voulez vousjeter à l’eau)