Pour effectuer sa rentrée il faut être parti…et comme en cette année exceptionnelle les départs en vacances ont été moins nombreux beaucoup de retours n’auront pas le même sens qu’antérieurement. La crise sanitaire a bouleversé la donne sociale et même sociétale. La pandémie causée par le virus de la peur qui a envahi la France et plus largement la planète va donner sa pleine mesure.

Des complotistes imaginatifs, des gens soucieux de se tailler une notoriété, une absence de culture citoyenne, des médias obnubilés par l’émotionnel, un personnel politique déjà en campagne pour 2022 : tout concourt à la création d’un climat anxiogène maximum.

Quel que soit le lieu sur lequel va s’effectuer la rentrée il faudrait qu’elle se déroule dans la sérénité, la rigueur et la clarté. Or la plupart des actif(ve)s se retrouveront dans des conditions totalement incertaines, évolutives et sombres. Seul(e)s les grand(e)s naïf(ve)s pensent que la raison première de ce moment unique où l’on retrouve ses marques n’est pas liée à l’activité économique.

Nul ne niera que si la France ne retrouve pas très vite un niveau de fonctionnement collectif proche de sa capacité maximum elle va traverser des mois extrêmement difficiles.

En fait, les jours qui viennent seront exactement comme le monde d’avant en plus compliqué mais absolument pas dirigées vers celui promis « d’après » qui je le crains ne viendra jamais. Les méthodes restent les mêmes, les annonces ne varient pas, on replâtre avec l’espoir que personne ne grattera le pansement, les décisions ne sont que superficielles alors que le malaise est profond, durable, dangereux.

On réanime avec des perfusions de pognon partout de manière éphémère (primes, exonérations diverses, emprunts) mais on ne se penchera pas sur ce qui est essentiel : rebâtir de nouvelles politiques ! Il n’y a aucun signe de ce coté là et il n’y en aura pas.

Le système éducatif va se remettre en route avec des adaptations ponctuelles donnant lieu à des polémiques strictement matérielle. Le port du masque mobilise les énergies quand une refonte des méthodes pédagogiques et des programmes auraient été le grand travail d’un Grenelle de l’éducation. A la place on se dirige vers un Grenelle des professeurs dont l’objectif sera de redonner des rémunérations plus conformes à leur formation et aux exigences de leur métier.

En fait on se dirige vers une année « pourrie » car déjà plombée par le confinement et certains mouvements de contestation de début janvier. Les services annexes (transports scolaires ou collectifs, restauration) fortement touchés ne savent pas trop comment s’adapter à des consignes sibyllines ou totalement déconnectées des réalités locales.

Le monde du travail n’est guère plus rassuré. L’insécurité sociale se renforce alors que l’endettement a atteint des records ses dernières années. Les chiffres de la Banque de France montrent que cet endettement représente 62,3 % du PIB (Produit Intérieur Brut). En clair il reste 37,7 % de marge sur toute la richesse produite par le pays, pour payer les dettes des consommateurs et des propriétaires.

Certes il y a encore de la marge mais il est à craindre que les prêts à très court terme pour faire face à des dépenses nouvelles se mettent à augmenter très rapidement. Comme par ailleurs l’épargne est à son plus haut niveau (55 milliards durant le confinement) ce qui ne va pas arranger la consommation seul vrai moteur de la reprise de la croissance.

La vie sociale va tourner au ralenti puisque le pourcentage des gens qui sortent, voyagent, bougent va considérablement chuter en septembre. Les cinémas font grise mine, les stades sonnent creux, les manifestations de tous ordres s’étiolent en raison de la nécessité de déposer des protocoles, des dossiers, des règlements complexes et surtout inapplicables.

Le fameux télétravail qui va s’installer durablement dans le paysage des actif(ve)s altérera à terme le lien au sein des administrations, des collectivités, des entreprises. Il faudrait repenser le code du travail, les rapports salarié(e)s-lieux de travail, réfléchir d’urgence à l’immobilité et à l’isolement dont on ne mesurera les conséquences que dans quelques années.

Deux Premiers Ministres respectivement après la secousse de mai 68 (Jacques Chaban-Delmas) et l’échec électoral socialiste des législatives de 2008 (Michel Rocard) auront été les seuls à esquisser des « nouvelles sociétés ». Ils n’ont pas réussi à l’imposer et ont été tués par le système. On ne voit personne se lever ou lever la main en cette rentrée afin d’ouvrir une fenêtre audacieuse sur l’avenir. Alors on se contentera de causer des masques…et de courber l’échine au nom de la gravité de la situation.