Qu’est-ce qui est le plus dangereux pour une société réputée démocratique : la contestation ou la banalisation ? Bien entendu selon le pouvoir le premier comportement parfois accompagné de violences devient très vite le mode d’action sur lequel se focalise la communication. Il est pourtant certain que le second constat qui se répand à une allure vertigineuse aura un impact sur la vie sociale des prochaines années.

Depuis des semaines le poids des mots a perdu tout son sens. Ils sont utilisés de manière tout à fait ordinaire alors qu’il y a quelques années ils auraient provoqué des vagues indignées.

Par exemple aucun parti politique ne s’est officiellement exprimé sur la qualification de « SS » donnée par une maire girondine « Les Républicains » à l’égard de l’un des ses collègues socialiste peu réputé pour ses positions outrancières. Aucune excuse, aucun regret et dans le fond une légitimation de cette attaque d’une autre époque prononcée en pleines séance du conseil municipal sous l’oeil des caméras et dans l’oreille des micros comme si « SS » était un « statut » ordinaire. On verra ce que le tribunal décidera…

Quelques jours plus tard justement des inscriptions négationnistes fleurissaient sur le mémorial au massacre d’Oradour sur Glane commis par la terrible division « Das reich ». Là encore derrière les mots se trouve la haine ordinaire avec une excuse toute prête de l’irresponsabilité de l’auteur(e) de cet acte. La violence de cet acte n’aura pas choqué grand monde en plein été !

Comme la France a perdu sa mémoire dans les réformes absurdes des programmes scolaires et comme les citoyen.ne.s se foutent pas mal de la dérive des comportements qui ne les concernent pas directement, ces faits n’interpelle qu’un nombre réduit de personnes. Une enquête est en cours et… se terminera étouffée par la poussière du temps.

Les expressions ou les qualificatifs utilisés par l’extrême-droite entrent dans le discours de parlementaires ou de ministres afin de dédouaner l’État républicain de son incapacité croissante à endiguer des phénomènes de violence. La surenchère verbale tient lieu d’argumentation politique mais surtout pas de solution aux constats implacables du quotidien.

« L’ensauvagement » ou « la France orange mécanique » deviennent les références d’une fermeté dans le langage aussi superficielle qu’inefficace. Les abus de langage masquent en général un désarroi face à la réalité. Répondre à la violence physique uniquement pas la violence des mots ne changera rien à cette montée inexorable de la désocialisation.

Le magazine valeurs Actuelles a publié une série dans laquelle des personnalités politiques « voyagent dans les couloirs du temps ». La députée La France insoumise de Paris, à la peau noire, « expérimente la responsabilité des Africains dans les horreurs de l’esclavage » au XVIIIe siècle, selon la présentation qu’en fait le magazine.

Des dessins de Danièle Obono, collier de fer au cou, accompagnent ce « roman de l’été ». le seul fait que cette illustration ait pu être créée, acceptée, diffusée par un média renforce le sentiment que le système totalement décomplexé ne se rend même plus compte de ses dérives dangereuses.

Les protestations ont été nombreuses sauf que l’un des responsables du RN a déclaré : «Les méthodes que Mme Obono dénonce, à juste titre peut-être, ce sont les exactes méthodes qu’elle utilise, elle, et la mouvance indigéniste auquel elle appartient (…) Il faut se souvenir que Mme Obono est une obsédée de la race. Qu’elle en parle matin, midi et soir» parce que dans son parti il n’y a jamais eu de référence banalisant ainsi les idées « racistes » les plus révoltantes 

Quelque 500 nostalgiques du IIIè Reich ont défilé à la mi-août à Berlin à l’occasion du 31è anniversaire de la mort de l’ancien dirigeant nazi Rudolf Hess. Portant le drapeau noir, blanc et rouge du régime hitlérien l’extrême-droite néo-nazie a encore démontré qu’elle est montée en puissance ces dernières années, notamment depuis 2015 et l’arrivée d’un nombre important de migrants.

L’Europe en refusant de voir que le monde va sortir bouleversé de la crise sanitaire laisse le chiendent proliférer sur tous ses territoires. L’attaque contre le parlement fédéral le week-end dernier à Berlin au nom de l’hostilité au port du masque aura une fois encore illustré la profondeur du malaise Outre-Rhin.

Le symbole porté par cette tentative d’envahissement du Reichstag n’a pas mobilisé l’opinion publique allemande. La digue des valeurs là-aussi finira pas céder. Les slogans, les revendications, les banderoles avaient un relent particulier mais là encore on jugera de leur portée dans l’avenir.