Depuis la fin de la période de confinement, la violence redouble comme s’il fallait se défouler et rattraper un retard pris dans des comportements déviants. Le couteau devient « l’outil » nécessaire pour régler la moindre querelle avec des conséquences de plus en plus graves. Même les chevaux sont victimes de ces actes silencieux et angoissants. L’arme blanche banalisée surgit des poches comme si son utilisation ne générait pas de blessures graves. Impossible de déceler sa présence et donc de se prémunir cotre ces attaques brutales. Et lorsque des contrôles sont diligentés

Dans ce week-end les homicides ou les tentatives d’homicides se sont multipliés et il faut admettre qu’il n’y a plus un jour sans que la mort s’invite dans des agressions. Si l’on dresse le bilan des dernières 24 heures il y aura eu plus de victimes en France dues à des bagarres ou à des règlements de compte que liées au COVID-19.

Bien évidemment les théoriciens du renforcement des effectifs des forces de l’ordre, des sanctions aggravées, des y-a-qu’à… faut qu’on se délectent. Immédiatement l’insécurité devient un enjeu majeur du débat politique et les exploitants patentés de ces phénomènes se précipitent dans la brèche. La machine occultant les causes se met en route et on va inexorablement vers une répétition des campagnes présidentielles précédentes.

Le couteau va remplacer le masque. Dans une société où les actes de violence se multiplient dans absolument tous les secteurs sans provoquer la même émotion, les mêmes peurs ou les mêmes commentaires. Qui peut prétendre que les actes désastreux, dangereux, agressifs, criminels ne sont pas dans le quotidien de nos vies ? Les violences sont la traduction d’une envie d’exister, de se prouver une capacité à démontrer sa force. Dans le cours des écoles, sur la route, dans le sport, la politique, le voisinage… ce que l’on a fini par appeler la violence « ordinaire »  s’épanouit  et porte en germe les actes qui nous effraient. 

Des milliers d’enfants souffrent de l’abandon  devenu « ordinaire », de la maltraitance « ordinaire » ; des milliers de femmes vivent quotidiennement dans la terreur silencieuse « ordinaire » ; des centaines de milliers de Françaises et de Français supportent une pression « ordinaire » sur leur quotidien (nourriture, santé, travail, échec social…) ; des métiers souffrent car ils sont en prise directe avec cette déchéance « ordinaire » des valeurs républicaines que sont l’égalité et la fraternité ; les suicides « ordinaires » se multiplient pour atteindre des recors ; les réseaux sociaux cachent un sein mais laissent diffuser des images épouvantables de cruauté ; la concurrence, la rivalité, la confrontation s’exacerbent : ces souffrances diffuses se traduisent par de l’exaspération, de la frustration, de la provocation et plus encore par la montée des haines !

Depuis la montée du terrorisme de Daesh, l’intolérance et son corollaire violent a pris une place essentielle dans le monde. Les dictatures que certains baptisent de « démocratures » mettent en évidence un vrai mépris de la condition humaine. Des tweets « ordinaires » aggravent les pires instincts, méprisent ou tuent des valeurs essentielles au vivre ensemble.Tous les jours des actes violents sont commis contre les peuples et surtout contre les plus fragiles de ses membres; Or les responsables au pouvoir tiennent le haut du pavé… Les statistiques constituent le seul tombeau des morts des violences institutionnelles partout dans le monde !

Il y a eu en France, c’est une certitude, une certaine banalisation des actes violents : insulter, outrager, molester, agresser entrent tellement dans le quotidien que les commissariats ou les brigades ne prêtent plus aucune oreille aux plaignant(e)s et il faut des circulaires pour changer à la marge la donne. Par peur de représailles supérieures au mal constaté, bien des citoyen.ne.s renoncent même à déposer plainte accréditant chez les jeunes et les moins jeunes un sentiment d’impunité et d’invulnérabilité désastreux pour la vie sociale. Le « violent » s’en sort souvent avec les honneurs quand la victime a du mal à exister.

Le double effet de propos sans cesse proférés dans l’opinion dominante («  ça sert à rien qu’on les convoque ou les arrête, la justice ne fait rien ! » et le « on s’en prend à moi alors que les autres font pire et vous ne leur faites rien ! ») pèse sur la vie sociale. Les ravages de ses axiomes sociaux deviennent considérables.

L’influence grandissante de l’alcoolisme non réprimé (sauf pour les conducteurs alors que le délit d’ivresse manifeste sur la voie publique existe toujours mais n’est plus appliqué) ainsi que des drogues réputées les plus dures, interroge sur les événements constatés. Dans bien des cas la violence s’en trouve décuplée et incontrôlée et l’état second sert d’excuse aux fautifs.

L’oublier dans les causes c’est essayer de sauver l’honneur d’une société qui ne voit sa survie que grâce à la prospérité économique. Les taxes sur les produits alcoolisés ont atteint 3,3 milliards d’euros (près de 37% viennent des bières) et justifient donc que l’on évite d’évoquer leur rôle dans grand nombre de situations de maltraitance, d’agressions en tous genres.

Ignorer cette croissance exponentielle des actes violents c’est se condamner à l’échec politique. Il n’y a pas une solution mais une palette de dispositions à prendre (éducation, prévention, répression, condamnation) deviennent urgentes.

Un gouvernement ne pensant pas au second tour de l’élection présidentielle tenterait sur les territoires de rassembler les forces vives concernées pour… qu’un plan digne de ce nom soit mis en œuvre le plus tôt possible. Enfin on peut rêver : aux collectivités de se débrouiller alors que la sécurité reste une compétence régalienne de l’Etat !