La pandémie aura généré un nombre respectable de types de crises : sanitaire, économique, sociale, culturelle, sportive… et peut-être sociétale. Cette dernière pourrait être en définitive la plus dangereuse car elle met directement en péril les valeurs démocratiques. Elle n’est pas encore perceptible mais elle ne va faire qu’amplifier au cours des prochains mois.

Déjà il faut s’interroger sur les scrutins départementaux et régionaux de mars prochain. Dans six mois, selon la situation sanitaire ces deux élections peuvent tourner au fiasco avec des taux de participation désastreux et même probablement inférieur aux municipales. Mais le pire reste à craindre pour la vie associative.

Les rares forums organisés démontrent amplement que le retour des adhérent(e)s sera lent et très incertain. Les parents mal à l’aise compte-tenu du nombre exponentiel de structures scolaires collectives qui ferment partiellement ou totalement se posent des questions légitimes sur les activités collectives.

Les protocoles sanitaires déjà extrêmement compliqués à mettre en œuvre dans les écoles ou les collèges relèvent du casse-tête dans les vestiaires ou sur les installations. Toutes les activités ayant une dimension collective risquent de traverser des difficultés de recrutement. Et d’ailleurs certaines fédérations dont celles du handball et du judo l’ont vite compris en s’offrant des pubs télévisées. Il faut attirer des licencié(e)s car la survie des clubs est en jeu.

La reprise des compétitions s’éloigne chaque jour davantage et même les « apprentissages » semblent menacés. Le sport facteur de mixité sociale, d’intégration, de réussite va traverser une période extrêmement délicate. Ce ne sera que le reflet des dégâts engendrés par le confinement et la peur de la contamination qui plane sur tout partage d’une activité nécessitant des contacts physiques. Le rugby qui connaît par exemple un effondrement du nombre des enfants et des jeunes pourrait être très en danger.

Le phénomène n’est guère différent dans le monde culturel. La musique ou le théâtre ne recrutent pas ou très peu. Malgré toutes les précautions prises, la méfiance dans le danger que représente l’autre l’emporte sur l’envie. Le repli sur soi, sur ses zones de confort sécurisées, sur ses cercles familiaux ou amicaux restreints ne cesse de se développer. Les esprits se referment alors que depuis des années ils étaient souvent très rétrécis. Face aux incertitudes on se recroqueville sur les habitudes et les repères réputés sûrs.

Toutes les enquêtes le prouvent : l’envie de sortir s’étiole au fil des semaines. Les restaurants, vacances passées et surtout en ville, auront bien du mal à retrouver des groupes joyeux fêtant leur anniversaire ou les événements heureux de la vie professionnelle. On se retrouvera en privé chez l’un ou chez l’autre.

Les salles de cinémas vont sonner creux encore longtemps. Les abonnements aux chaînes de télévision ou aux opérateurs entrant directement dans les appartements ou les pavillons. En fait la pandémie aura surtout dopé les médias culturels individuels ou virtuels.

Le temps passé sur les écrans, tous les écrans, va considérablement augmenter effaçant les rapports humains, le lien social et le spectacle vivant. Si, comme c’est probable, les restrictions sanitaires se réduisent, rien ne reviendra comme avant. Finies pour encore de longs mois les foules massées devant des scènes gigantesques dressées dans des stades ou ces salles bondées ! La notion de public va fondre.

Ce n’est pas la montée des bagarres, des agressions ou des vols qui diminuera cette tendance casanière. Le port d’un masque obligatoire toute la journée au boulot deviendra insupportable quelques heures supplémentaires dans une salle ! L’angoisse, l’oppression très présentes dans le quotidien ne favorisent pas la joie de vivre et la découverte. La fameuse « distanciation sociale » prend de plus en plu de sens.

La vie associative essentielle dans la République va souffrir et même parfois, dans certains secteurs, disparaître. Ce n’est pas seulement une affaire financière mais une modification profonde de notre système social. Comme le seules appréciations sur les crises sont portées par les financiers on assistera à un désastre démocratique… dont on mesurera l’impact en 2022 !