L’état américain de Californie brûle depuis des dizaines de jours . L’Oregon est contraint d’évacuer 500 000 personnes, soit plus de 10 % de sa population, et des feux qui se propagent jusqu’à l’État de Washington, tout au nord de la côte ouest américaine. On en est arrivé à plus de 12 000 kilomètres carrés entièrement ravagés par les flammes alors que rien ne laisse à penser que dans les semaines à venir les ravages ne se poursuivront plus. Ces violents icendies ont déjà fait au moins 35 morts depuis le début de l’été aux USA, dont 27 rien que cette semaine dans les trois Etats cités ci-dessus.

Le système américain de lutte contre ces fléaux montre chaque jour ses limites face à des phénomènes exceptionnel puisque six des feux qui se sont déclarés et font déjà partie des vingt feux les plus puissants que la Californie a dû subir dans son histoire. On pourrait croire que de tels phénomènes sont exceptionnels alors qu’ils ne sont que la résultante de réalités pouvant vraiment servir de leçons à notre pays.

Les sécheresses à répétition ces dernières années ont fragilisé les forêts et des saisons hivernales plus chaudes ont soumis la végétation à un stress hydrique, c’est-à-dire qu’elle n’a pas eu le temps de faire sa réserve d’eau nécessaire pour affronter plus sereinement la saison des feux.

Ces températures anormalement en hausse en hiver ont, également, permis à des insectes qui disparaissent généralement à cette période de continuer à s’attaquer aux arbres et à les fragiliser. Ces phénomènes arrivent chez nous et en particulier dans la moitié sud de la France. La responsabilité humaine collective est engagée.

L’accélération des feux tient en partie aux fait que les températures baissent faiblement durant la nuit, ce qui est un phénomène nouveau. « Dans le passé, lorsque la nuit tombait, les températures chutaient fortement, permettant au niveau d’humidité de remonter, offrant ainsi une fenêtre de tir aux pompiers pour mieux contrôler des flammes devenues moins fortes » explique le site américain Vox.

Sommes-nous à l’écart de ces constats ? Les responsables lucides peuvent en douter… et l’avenir démontrera que la conjonction des effets du réchauffement climatique conduira partout à des incendies dévastateurs. Ces dernières journées témoignent amplement de cette évolution.

L’autre facteur vient de la modification des choix d’habitat effectués par les habitants. La fuite de villes surchauffées, polluées, extrêmement coûteuses à la construction ont conduit une partie de la population à bâtir dans des zones jusque-là non urbanisées. Ces nouvelles zones d’étalement des constructions posent des problèmes dans la situation actuelle.

Les sapeurs-pompiers se concentrent sur leur défense puisque des victimes potentielles s’y trouvent. La protection des biens concentrent leurs efforts et les milieux naturels flambent sans intervention des secours. Avons-nous dans nos documents d’urbanisme girondin suffisamment pris en compte cette contrainte ? Personnellement j’ai en mémoire, à une échelle moindre que celle des USA, du feu de Saint Jean d’Illac filant sur les quartiers résidentiels de Pessac de fin juillet 2015 ! Deux jours d’angoisse.

Un centre d’observation des phénomènes climatiques estime « que la fumée recommence à traverser l’Atlantique, et va atteindre l’Europe du Nord plus tard dans la semaine, comme elle l’a fait à la fin de la semaine dernière (…)  Le fait que ces incendies émettent tellement de pollution dans l’atmosphère que nous pouvons encore voir de la fumée épaisse 8.000 km plus loin reflète à quel point ils sont dévastateurs, en termes d’ampleur et de durée », Au total, plus de deux millions d’hectares de végétation ont d’ores et déjà disparu  depuis la mi-août de la frontière canadienne à celle du Mexique.

Pour de strictes raisons financières les services de défense contre les incendies ont été réduits au minimum et le libéralisme a accentué la notion de défense individuelle ce qui n’a aucun sens face à ce type d’événements. Le système français arrivera un jour à saturation et il faudrait vraiment une prise de conscience collective pour que la Gironde ne retrouve pas un jour la triste période de 1949.

Impossible dit-on de comparer avec la Californie. Acceptons-en l’augure. Il faut cependant savoir que des secteurs plus réduits de la Gironde ont les mêmes caractéristiques que certains de la cote Ouest des États-Unis… mais il ne faut pas en parler.