Personne ne remet en cause le départ de Bridgestone du territoire français alors que des fonds publics ont été injectés pour soit-disant adapter l’entreprise aux contraintes de la loi du marché. Encore une fois le monde politique mit devant le fait accompli tente simplement d’atténuer les conséquences d’une décision brutale préparée depuis pas mal de temps. Si le monde industriel révèle cette faiblesse car il est visible, celui des financiers, beaucoup plus opaque et invisible, se régale de leur impuissance.

La puissance développée par les grandes banques les plus arc-boutées sur la seule ligne du profit est telle que plus un gouvernement tente d’endiguer leur influence sur la vie sociale, plus il se fragilise. Alors bien souvent il ferme les yeux, retire à ses fonctionnaires les moyens de contrôle et ne cherche vraiment pas à détecter des pratiques frauduleuses.

Rares sont les fuites ou les dénonciations et on se souvient des ennuis graves qui sont infligés aux lanceurs d’alerte. Le fameux « secret bancaire » plus respecté que celui de la vie privée dans le monde technologique actuel couvre tous les abus. La liste des affaires pourtant très longues n’est que la partie émergée d’un iceberg gigantesque.

C’est ainsi que la récupération par des médias d’enquête de documents échappés au contrôle d’un système pourtant verrouillé de toutes parts.

Ces preuves de la duplicité de certaines banques (PMorgan, HSBC, Standard Chartered, Deutsche Bank et la Bank of New York Mellon) dans le jeu du blanchiment de fonds pour le moins d’origines douteuses déferlent dans la presse. Seront-ils suffisants pour émouvoir les pouvoirs politiques concernés ? Le doute est permis !

Ces établissements bancaires mondialisés laissent circuler sur des comptes des milliards de dollars ou de monnaies moins prestigieuses en se bouchant le nez ou en fermant les yeux. Ils ont continué à faire des affaires en or avec des clients douteux, même après avoir été sanctionnées par les autorités américaines pour le laxisme de leurs efforts pour contrer le blanchiment d’argent. Ils s’en moquent comme de leur premier coffre-fort. Ils savent que pour un fait les rares contrôles en laissent passer des milliers plus discrets, mieux ficelés et surtout complexifiés au maximum.

En ne stoppant pas les transactions liées à la corruption, les institutions financières ont abandonné leur rôle de première ligne contre le blanchiment d’argent, Les banques savent pertinemment qu’elles opèrent dans un système qui est, dans une large mesure, impuissant car atrophié par rapport à leur puissance.

La fuite en cours concerne pourtant plus de 2100 déclarations d’opérations douteuses signalées par des institutions bancaires auprès du FinCEN, le bureau du Département du Trésor américain qui analyse les transactions financières. C’est le pendant de Tracfin en France organisme pour le « Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins ». Cet acronyme désigne une cellule de renseignement financier créée en 1990 et rattachée au ministère de l’Économie et des Finances. Sa mission : lutter contre le blanchiment d’argent et la fraude fiscale!

Les documents qui ont fuité sont ultra-secrets qui ne sont jamais divulgués publiquement. Ils concernent plus de 2000 milliards (il n’y a aucune erreur ce ont bien des milliards) de dollars de transactions douteuses entre 1999 à 2017 Le vrai problème c’est que tous ces signalements – ainsi que des centaines de feuilles de calcul remplies de noms, de dates et de chiffres – visent les clients d’institutions financières de plus de 170 pays comme si le mal était profond et durable.

De très nombreux cas précis seront repris dans la presse d’investigation mais ils ne donneront pas lieu à intervention de la justice compte-tenu de l’incapacité des institutions officielles de remonter des filières internationales.

La raison d’État explique que l’on n’aille pas trop loin. Les milliers de pages des fuites prouvent en effet que les banques ne signalent des cas suspects que lorsqu’une transaction ou un client a été la cible d’un article négatif dans la presse, ou lorsque la banque est sollicitée à l’occasion d’une enquête judiciaire ou administrative. Et encore…

Quand on sait que les 2 000 milliards de dollars d’opérations suspectes identifiées ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan d’argent sale stocké ou échangé dans les banques du monde entier. Les fichiers en cause ne représenteraient en effet moins de 0,02 % d’environ 12 millions de déclarations d’activités suspectes que les institutions financières ont rédigées entre 2011 et 2017. Et quand on vous parle de votre contribution aux efforts que nous aurons à accomplir pour sauver le système… ayez une pensée pour ce bilan !