Difficile dans ce système des réseaux sociaux où tout est immédiatement exploité de considérer pour un(e) politique qu’il a de nombreux(ses) « ami(e)s » sous prétexte qu’ils ont demandé à le rejoindre. En fait quand on est lucide on sait que l’amitié ne souffre pas le nombre mais qu’elle repose d’abord sur des principes clairs faiblement partagés : la tolérance de l’un à l’égard de l’autre, l’échange constant et plus encore sur la fidélité aux causes ayant fait naître une estime réciproque. Rien d’autre ! Tout le reste n’est que scorie de la vie publique.

La politique n’a donc rien à voir avec l’amitié puisqu’elle n’est qu’un rapport de force permanent visant justement à détruire l’autre et à exploiter la moindre de ses faiblesses. Si dans ce monde de rivalités personnelles, de coups bas permanents, de la franchise à géométrie variable, de l’interprétation permanente vous comptez des « ami(e)s » il faut vous dire qu’ils ne sont que provisoires.

Les vraies amitiés sont donc rares, très rares et forcément épisodiques ou difficiles à maintenir. Surtout dans son propre camp… où le « camarade » devient en quelques jours un « rival », s’érigeant en « ennemi » idéologique que l’on se doit de dénoncer publiquement ou subrepticement ce qui est beaucoup plus courant. C’est même un sport très pratiqué.

Être ami(e) avec une autre personne c’est simplement admettre sa différence car elle enrichit votre réflexion. Être ami(e) se n’est pas forcément se soumettre ensemble à un dogme. Être ami(e) c’est faire passer les valeurs essentielles de la vie au-dessus des choix ponctuels effectués. Etre ami(e) c’est comprendre que le lendemain sera le juge de paix de la durabilité des engagements. Dès qu’une page se tourne pour l’un.e l’autre est oublié !

On en revient immanquablement aux superbes passages écrits par Montaigne sur ce sujet : « Ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance qu’il a de son intégrité : les répondants qu’il en a c’est son bon naturel, la foi et la constance. Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice ; et pour les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, ils s’entrecraignent, ils ne sont pas amis, mais ils sont complices » 

C’est vrai qu’en politique on confond très souvent amitié et duplicité dans le suivisme d’une femme ou d’un homme important se croyant forcément entourés de vrai(e)s ami(e)s qui ne sont que des laudateur(trice)s ou des sangsues. Et Montaigne d’ajouter : « Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent (…) »

Il est donc fort probable que si l’amitié naît dans la vie politique et seulement dans la vie politique elle ne résistera pas à l’épreuve des divergences souvent artificielles qui traversent cette partie très hypocrite de la vie sociale.

Il est en effet quasiment impossible d’avancer sa sincérité et sa fidélité en politique car si vous faites le choix de l’amitié ce n’est jugé qu’à l’aune de contingences politiciennes qu’elle peut vous rapporter. Il vaut donc mieux éviter de se faire des illusions… Désormais on ne se juge ce qui est fait qu’à partir de ce que l’on aurait aimé faire.

La fameuse et avantageuse « trahison », insulte suprême (dont j’ai souvent été accusé pour ne pas avoir voulu avaler des couleuvres comme lors de la déchéance de la nationalité) ne sert d’alibi aux autres selon l’intérêt qu’ils ont à l’approuver ou à la condamner. En fait elle ne sert qu’à valoriser ceux qui la dénoncent car ils retrouvent une virginité politique qu’ils n’ont jamais eue.

Ce qui est le plus terrible c’est quand les « gens qui vous veulent du bien » détruisent souvent vos amitiés sur des rumeurs, des racontars, des approximations, des interprétations… et en partant du principe que personne ne pourra faire revenir en arrière la machine à séparer, à éloigner, à casser. On applerait ça de la distanciation sociale accélérée.

Souvent médiatiquement les faits qui brouillent, qui brisent des relations ne reposent d’ailleurs que sur ces apparences médiatiques ou factuelles que l’on ne pourra jamais rectifier. La jubilation des celles et ceux qui parviennent à leurs fins est alors à son comble : ils avaient raison ! Il faut apprendre donc en amitié à douter, à admettre les différences, à les supporter parfois avec un regard indulgent mais avec en permanence la volonté de comprendre avant de juger. Or il n’y a plus guère d’indulgence ! Les ami.e.s sont dans un camp et surtout pas dans l’autre.

Personnellement à Créon bon nombre de celles et ceux qui se sont présentés contre moi aux élections, sans être pou la majorité restés des ami.e.S au sesn profond de ce terme sont des personnes avec elsquelles j’entretiens d’exvellents rapports. leur choix était leur choix. Leur chemin était leur chemin. Ils ont parfois dérapé. Moi-aussi. ils se sont égarés. Moi-aussi. Et on peut se retrouver autour d’une table sans aucune animosité et avec toujours une envie de partager.

En revenant à la lecture de Montaigne on a simplement la clé de l’incompatibilité des apparences politiques et de la profondeur que nécessite une amitié : « En l’amitié de quoi je parle, elles (nos âmes) se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles s’effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Il n’y a pas d’autre vérité ! Pour le reste c’est difficile à vivre en politique mais c’est passager et ça se soigne même lorsque l’on est vieux. Et en ce moment il ne fait pourtant pas bon être vieux !