Lorsque l’on évoque les migrant.e.s ont déchaîne évidemment des réactions dans une opinion dominante endormie par des certitudes entretenues par des approximations, des contre-vérités et pire que tout des généralisations hâtives. La situation empire chaque jour davantage avec aucune action véritable pour modifier cette haine sous-jacente à l’égard es jeunes venus chercher une lueur d’espoir en Europe en général.

Comme le veut désormais le comportement médiatique actuel, les explications sur leur sort, jugées trop compliquées pour être communiquées aux consommateur.trice.s d’idées toutes faites.

Est-il possible de baver sur par exemple les mineurs étrangers isolés ou les Mineurs Non Accompagnés (MNA) sans d’abord se pencher sur les causes profondes de leur départ vers ce qu’ils pensent être un monde meilleur ? Écouter leurs conditions de vie dans leur village ou les faubourgs de villes apportent forcément des éléments.

Qui est allé vivre leurs réalités dans leur pays d’origine pour tenter au moins de comprendre la manière dont se décide une migration personnelle ou familiale ? Lors d’un voyage en Afrique sahélienne j’ai eu l’occasion de constater combien le contexte évoluait de plus en pls dangereusement.

L’une des premières causes des expéditions de plusieurs centaines ou même de milliers de kilomètres restent l’impact croissant du réchauffement climatique. Des milliers de terres même très faiblement cultivables disparaissent jour après jour. La famine s’installe dans des zones jusque là en difficulté mais désormais sans aucune solution pour des populations qui se déplacent donc par obligation.

« Autrefois m’expliquait un jeune qui me sollicitait pour avoir du travail, nous avions au moins la possibilité de faire pousser quelques légumes ou plantes vivrières au milieu de grandes cultures qui occupent les terres les plus. Maintenant c’est impossible et donc pour manger au minimum il faut acheter des produits importés ou locaux de plus en plus rares. La civilisation de l’argent nous a atteint ! »

Il ajoutait que les « associations musulmanes caritatives avaient répondu à ces besoins en ouvrant dans les moquées des salles avec des sacs de riz attribués aux gens en difficulté. Ils peuvent venir y puiser ce qu’ils veulent mais quand ils ont tout consommé il leur est interdit de revenir. »

La réserve permet de survivre les jours où on ne trouve pas une solution pour manger. Au bout d’un moment la situation devient intenable. Surtout que le prosélytisme accompagne cette démarche solidaire. Toutes les religions agissent plus ou moins de la même manière. »

Les familles se cotisent durant des années et « investissent » alors dans un mineur qu’elles vont confier à un réseau de passeurs très organisés. Le jeune devra gagner l’Europe pour ensuite renvoyer vers chez lui une part des subsides qu’il percevra. Le mineur (vrai ou faux d’ailleurs) n’a aucune autre solution. Il ne reviendra jamais en arrière… et poursuiva coûte que coûte sa route. 

Il sera exploité au maximum par la filière de prise en charge et mettra parfois des mois pour parvenir sur le sol européen. Travail forcé, prostitution, vols, assassinats le guettent sur sa route.

Ces exploiteurs de la misère humaine sont souvent connus mais protégés dans leur pays d’origine. Ils échappent le plus souvent à toutes poursuites éventuelles et gagnent des sommes folles en vendant du rêve et des promesses qu’ils ne tiennent absolument pas. On ne parle jamais d’eux et quand une fois j’avais évoqué les nécessités d’accentuer la lutte contre les filières algériennes faisant transiter des mineurs par le Maroc pour les emmener sur Bordeaux il m’avait été répondu que « diplomatiquement c’était compliqué entre les deux pays et que donc il fallait être patient ! »

S’ils retrouvent sur place des compatriotes (les passeurs ont leurs combines et leurs sous-traitants) ils espèrent un toit, un soutien pour s’installer. Dans la plupart des cas ils paieront à nouveau ou ils s’endetteront. Les anglophones n’envisagent que de rejoindre Calais pour retrouver un migrant antérieur qui y est installé…les autres seront pris en charge par le Département dans lequel ils ont débarqués en attendant que leur minorité soit assurée par les services de l’État.

Ce sera le cas après des heures d’entretien, de contrôle des pièces fournies (souvent fausses pour les plus âgés) et d’évaluation éventuelles de leur âge par les services médicaux ils sont confiés à des structures spécialisées comme les 3 500 autres enfants ne venant pas de l’étranger que gère en Gironde l’Aide sociale à l’enfance. Il serait absurde de prétendre que tous ces jeunes sont parfaits et que,compte-tenu des séquelles leur contexte de vie et malgré le travail incessant des personnels qui les accompagnent, certain.e.s ne se laissent pas happer par la délinquance ou les incivilités.

Je me suis engagé pour tenter de leur venir en aide plutôt que de hurler avec les boursouflé.e.s de haine et de certitudes.