Dans le monde d’après le spectacle sportif professionnel français risque bel et bien d’être sérieusement mis à mal par son appétit de financement par les chaînes cryptées de télévision. Le rugby a évité de justesse une crise grave de gouvernance avec l’élection d’un ex-Ministre des sports à sa tête mais aura bien du mal à gérer les rapports entre fédération et Ligue ! Rien n’est encore assuré pour l’avenir car un peu plus de 60 % des recettes des clubs viennent des entrées au stade il y a tout lieu de s ‘inquiéter d’une faillite en cascade. La télé n’étant pas la principale des sources de revenus la faiblesse de l’édifice s’en trouve déséquilibrée.

Pour le football il en va tout autrement. La LNFP a joué la carte de l’appel d’offres au plus offrant négligeant une vraie étude de la fiabilité de la structure qui était attributaire des matchs de Ligue 1. La catastrophe approche… à cause de la conjonction du niveau de plus en plus faible du spectacle proposé et d’une défaillance en image du club qatari pris dans la tourmente de la bêtise de ses vedettes sud-américaines. En attribuant à Médiapro les droits sur la Ligue 1 sans s’assurer que le projet commercial était fiable les dirigeants ont tué la poule aux ballons d’or.

Basé sur un nouvel abonnement pour admirer des bagarres de cour de récré, des 0 à 0 ou des 1 à 1 palpitants, des ridicules « classico » ou « olympico » le diffuseur est loin, très loin de trouver son seuil de rendement. Pour le moment c’est secret mais les estimations initiales ne seront jamais atteintes. Simple acheteur de droits qu’il espérait en fait revendre avec du bénéfice l’enchérisseur a été contraint de créer sa chaîne que peu de monde regarde avec des frais considérable et de dépenser des sommes imprévues.

L’opération risque bel et bien de tourner au fiasco financier et Médiapro entreprise de courtage constituée avec des capitaux espagnols et chinois a offert rappelons le 780 millions d’euros annuels, plus 34 millions pour la Ligue 2 soit plus de 800 millions qui devaient être amorti par des reventes qui n’intéressent personne.

Pourquoi payer pour un match quelconque car vous acquittez une redevance pour des rencontres espagnoles, italiennes, allemandes ou anglaises avec Canal + et BeIN ? Il faut vraiment être financièrement inconscient ou peu objectif en matière de niveau de jeu pour s’offrir un troisième abaonnement poru regarder avec tout les respect que je leur dois Brest-Dijon ou Strasbourg-Nantes ! Résultat les traites à régler arrivent et les rentrées en abonnements à Téléfoot sont très faibles et on est très, très loin, de l’objectif de 3,5 millions de payeurs !

Le patron de Médiapro a donc expliqué, après avoir demandé le 24 septembre un délai de paiement sur son échéance en date du 6 octobre (la bagatelle de 172 millions!), qu’il souhaitait renégocier les droits TV de la saison en cours à la baisse avec la Ligue de Football Professionnel. Une manne que les clubs privés de ressources des entrées au stade attendent avec impatience car ils sont tous mal en point ! Les fonds ne sont pas arrivés…. La ligue a répliqué par une fin de non-recevoir avec le risque de ne pas être payée.

Tous les observateurs un tant soit peu lucides doutaient fortement de l’accord signé en 2018. Canal +, reste en effet très puissant avec ses abonnements diversifiés et surtout son choix de diffusion de la Première Ligue anglaise ! Peu de temps après l’appel d’offres, le président des clubs de Première Ligue [syndicat réunissant les principaux clubs de L1], s’était inquiété de la capacité de l’adjudicataire à tenir ses promesses. Il a été tancé et prié de s’occuper de son club mais le doute existait bel et bien dès le départ et n’a jamais disparu.

Un vent de panique souffle donc depuis 48 heures sur le monde français du ballon rond car si l’acheteur met la clé de Téléfoot dans les vestiaires des impayés il va falloir revenir vers les télévisions traditionnelles dont Canal + qui risque de ne pas avoir la mémoire courte. Le prix sera à prendre ou à laisser.

Quand on voit les supporteurs du club des Girondins de Bordeaux rêver de transferts époustouflants et s’obstiner à réclamer le départ du Président on prend conscience de leur méconnaissance absolue du contexte. Un vaste plan de licenciement pourrait intervenir dans les prochaines semaines dans le club bordelais et il faudra absolument boucher le trou de 30 millions qui a été effacé provisoirement il y a quelques semaines avant le passage en DNCG…

Un désastre économique se profile par ailleurs pour les contribuables métropolitains puisque Matmut ne renouvellera probablement pas son contrat en fin de saison et le déficit de l’exploitation du fameux « grand stade jupéïen » devra être comblé par la collectivité territoriale. Si en plus les droits télé ne sont pas au rendez-vous…que restera-t-il ?