La pandémie provoquera c’est désormais certain, une crise sociale d’une ampleur sans précédent dont les effets n’interviendront vraiment que au début de 2021. Avec des aides à fonds perdus, des sommes virtuelles injectés dans le soutien à des secteurs en difficulté, des pansements seront provisoirement mis en œuvre pour éviter des hémorragies en terme d’emplois.

Il faudra du temps pour que le système économique cicatrise ses plaies et la rééducation sera probablement très longue. Dans les prochaines semaines les paroles lénifiantes ne suffiront plus d’autant que bien des entreprises vont « ajuster » leurs effectifs sur la base des difficultés plus ou moins profondes causées par une consommation qui stagne.

Dans la vie quotidienne il est un secteur dont personne ne parle trop car il est considéré comme subalterne, c’est celui qui traite du lien social. Il commence vraiment à s’étioler et même parfois à se désagréger car ses équilibres financiers déjà fragiles ne lui permettent pas d’absorber une activité réduite.

Les associations, qui jouent un rôle de plus en plus capital dans ce contexte où le repli sur le triptyque « maison, gazon, télévision », ne survivront pas à la fuite de leurs adhérent.e.s, de leurs licencié.e.s ou de leur sociétaires. La baisse des effectifs se fait ressentir partout.

Les enfants ou les jeunes ne reviennent pas forcément mais les retraité.e.s se sont retirés de bon nombre de leurs activités. Ils financent en grande partie des structures collectives évitant l’isolement ou le silence de la pendule qui au salon les attend. Cette situation a tout lieu d’inquiéter puisque le retour vers le collectif prendra un temps que nul ne saurait vraiment déterminé.

A Créon par exemple l’Université du Temps Libre (plus de 400 personnes) est à l’arrêt complet, les fameux clubs du troisième âge gardent portes closes, les séances du cinéma associatif ont perdu 60 % de leur fréquentation, les cours de gymnastique volontaire ne retrouvent pas leur « clientèle ».

Au total ce sont près d’un millier de participant.e.s qui manquent avec leurs participations ou leurs cotisations dans la vie économique locale de proximité. Les intervenant.e.s ou les éducateur.trice.s souvent « auto-entrepreneur.euse.s » ne perçoivent plus aucune rémunération. Dès que les restrictions disparaîtront il est probable que le rythme retrouvera un niveau d’étiage très précaire puisque l’année d’activités sera très entamée.

Même si plaie d’argent peut être, contrairement à l’idée reçue, mortelle elle pourrait être soignée par le biais de subventions exceptionnelles difficiles à trouver mais qui seraient votées dès le début de 2021 pour recréer une trésorerie étiolée. Les difficultés viendront d’ailleurs et ne seront pas « soignées » par des crédits : la fuite des bénévoles devient très préoccupante.

Il est bon de rappeler qu’en France, les associations loi 1901, constituent une spécificité garante de ce lien social que la puissance publique au sens large est incapable de mettre en œuvre dans son fonctionnement actuel. Or selon une étude menée par l’association France Bénévolat à partir d’une enquête Ifop, les Français sont 18 millions à être bénévoles dont «11,3 millions sont bénévoles associatifs, 4,5 millions dans les syndicats, les organisations politiques ou religieuses et 7,4 millions sont bénévoles de proximité». Ce réseau citoyen fabuleux se détériore depuis le début 2020 à une vitesse folle.

La problématique va venir du fait que les bénévoles sont soit jeunes (29% des 15-24 s’engagent) soit retraités (51% des plus de 65 ans sont bénévoles). Et c’est là que se situe le danger. En effet il y aura un après COVD-19 et déjà les structures caritatives ou sociales peinent à assurer leurs missions pusique les besoins augmentent et les « retraités » au minimum par « prudence » et au pire par « peur » restent chez eux.

Des estimations donnent une baisse de leur présence à plus de 40 % des gens qui font vivre le lien social même lorsque les conditions sanitaires sont respectées. Par ailleurs les assemblées générales repoussées des emaine en semaine ne mobilisent pas grand monde lorsqu’elles sont organisables.

Les « subventions » améliorées ne permettront pas de résorber cette diminution de l’engagement bénévole au service de l’intérêt général. Si elle se confirme ce sont les secteurs de la culture, du sport, de la solidarité qui seront en grand danger.

Déjà certaines associations mettent la clé sous la porte ou amorcent des licenciements de salarié.e.s ou ne renouvellent pas des contrats de ^prestations. C’est de la micro-activité dont on ne mesurera l’impact que quand il sera trop tard.