Le gouvernement a adopté la technique des disc-jockeys que l’on voit œuvrer dans les boites de nuit ou lors de ces grandes soirées où la musique électronique déferle sans retenue. Il a devant lui une table de mixage avec plusieurs curseurs qu’il faut pousser vers un niveau plus élevé ou baisser au gré des circonstances. Le vrai problème c’est que derrière le pupitre il n’y a pas qu’un seul décideur du résultat et que chacun se préoccupe du niveau de son propre son destiné à l’assistance.

Encore une fois l’essentiel n’est pas le résultat global mais, pour certains, les ajustements individuels qu’ils apportent à leur public. Le principal des soucis actuels reste celui de modérer le retentissement grandissant de la nouvelle crise sanitaire. A la manœuvre le Ministère de la santé et peut-être aussi le Premier des Ministres en charge dit-il de la cohésion des mesures prises qui s’adaptent en permanence . Selon le lieu des « concerts » à donner le niveau du « son » sera en effet différent car il faut l’adapter aux circonstances et aux réactions des parties du public.

Les réglages évoluent au jour le jour ! Les décisions prises montées parfois d’un cran supplémentaire ne sont pas nécessairement appréciées. Il faut donc en permanence les adapter aux décibels de protestation ou de contestation qu’elles provoquent. Dans les bars, par exemple, beaucoup prétendent que la mise en sourdine des activités n’a aucun sens et que la fête nécessite encore et toujours une liberté réelle de composer avec les circonstances.

Le mixage des consignes qui devrait être de mise est éclipsé par la communication autour de la pandémie qui occupe le rôle de « crise » solo. En fait, même si elle est capitale par son impact sur l’opinion dominante elle mériterait de participer seulement à l’œuvre globale qui se joue. En effet il paraît indispensable de vite moduler le fracas de la crise sociale qui enfle. Elle est oubliée alors que ses conséquences prennent au quotidien une importance supplémentaire.

Le nombre de Françaises et de Français qui s’inscrivent au Revenu de Solidarité Active (RSA) ne cessent de croître en silence. Ils est certain qu’au moment des fêtes de fin d’année on aura une progression d’une année à l’autre de 10 à 15 %. La plongée de centaines de milliers de personnes dans la précarité s’accélère même si cette statistique ne fait pas chaque soir l’objet d’une communication officielle.

Le curseur de la crise sociale est maintenu au plus bas pour éviter une panique dans les chaumières.

Le « mixeur de Matignon »a donc annoncé que pour ces gens-là on en resterait au même niveau car déjà le nombre croissant d’attributaires causera suffisamment de problèmes pour les financeurs que sont les départements. On va revenir sur les APL qui avaient été mises en pause voire diminuées. On considérera que les jeunes devront se tourner vers le milieu économique pour trouver les subsides nécessaires à leur entrée dans la danse professionnelle. Rien ne bougera vraiment tant que « l’air » ne sera pas purgé du Coronavirus et les appels pour « réserver » ses vacances de la Toussaint sont voués à l’échec.

Bien des intervenants du monde économique sur la table de mixage créant une cacophonie permanente. Les acteur.trice.s vienent tour à tour tripoter les boutons afin de diminuer ce que veut l’un.e ou souhaite imposer l’autre. Difficile donc de trouver un intérêt aux efforts du disc-jockey puisque ce qu’il interdit ici est autorisé ailleurs. Le jeu consiste donc à faire modifier sans arrêt, avec le secours des élus locaux, la partition officielle. L’impression d’improvisation peu rassurante prospère au même rythme que la seconde vague.

Comme le veut finalement une tradition nationale le pays se fissure socialement et « sociétalement » ce qui provoque la plus grave des crises celle de la confiance en tout. L’incertitude envahit les esprits et mine le pouvoir en place annonçant un printemps 2021 extrêmement agité. La pandémie sera probablement vaincue ou la majorité s’habituera à son refrain permanent dans une société qui s’adaptera mais elle laissera derrière elle un champ de « ruines » psychologiques, humaines et démocratiques.

Il faudra de longues années pour réparer ce qui relève de l’immatériel. Les sociologues ne seront jamais écoutés comme le sont les infectiologues. Les psychologues n’auront jamais le poids des épidémiologistes mais à l’arrivée ce sont eux qui ont la vision la plus réaliste de l’avenir.