Il y a des siècles quand le bois constituait le matériau essentiel de la construction des immeubles les incendies constituaient une menace permanente. Les destructions générales de villes ou parfois seulement de quartiers la nuit avaient comme cause essentielle le manque de surveillance des foyers permanents dans les maisons. Le danger avait contraint les édiles d’alors à prendre des mesures contraignantes.

C’est ainsi que fut décidé que durant des laps de temps plus ou moins long les habitants poseraient obligatoirement sur les flammes un couvre feu. Selon le niveau de vie ce « couvercle » était en cuivre, en fer ou en terre cuite et devait empêcher toute propagation des foyers ouverts dans les cheminées ou même directement sur le sol.

Le son de la cloche du village ou du secteur urbain annonçait l’obligation de mettre fin à ce qui constituait l’élément essentiel de la vie. Tout un symbole quand on sait combien le feu pouvait représenter dans le quotidien en ce Moyen-Age où les pandémies frappaient les populations. On expulsait les lépreux et on consignait les gens chez eux sans savoir que le mal grâce aux rats s’insinuaient partout malgré les contraintes.

Plus de 150 communes avaient décidé d’elles-mêmes de mettre en place des interdictions de circuler ou de sortir lors du dernier confinement mais Paris n’avait pas connu pareille obligation depuis l’Occupation. Le paradoxe c’est qu’en pleine guerre il était moins restrictif que celui qui vient d’être annoncé puisqu’il débutait à minuit et s’achevait à six heures du matin.

Pour lutter contre l’ennemi invisible de la Covid-19 il faudra être à la maison avant 21 h ce qui pour certain.e.s travailleur.euses.s va constituer une gageure en raison des temps de transports. Lallement et ses troupes veilleront au respect de cette mesure pouvant persister jusqu’au début décembre.

Le conflit franco-allemand, la Guerre d’Algérie, les émeutes dans les banlieues avait justifié pareille mesure. Jamais des raisons médicales n’avaient justifié dans l’Histoire pareille décision d’un gouvernement ;

Il faut remonter à la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 our trouver trace d’une procédure permettant aux préfets d’instaurer un couvre-feu pour enrayer les violences urbaines et permettre de déclarer l’état d’urgence pendant la guerre d’Algérie. Il s’agissait alors de ramener le calme, mais essentiellement de contrôler une population où se réfugiaient la nuit des soldats du FLN. La mesure, levée en février 1956, fut reprise après le retour du général de Gaulle, appliquée en métropole à l’intention des seuls Nord-Africains.

Rappelons que ce couvre-feu spécialisé déboucha sur un « contrôle au faciès » constant et généralisé qui fut exploité par le FLN. Une vaste manifestation dans Paris le 17 octobre 1961 tourna au drame. L répression fut féroce et causa des centaines de morts pour l’une des nuits la plus terribles dans la capitaine depuis la guerre. Un souvenir associé à une mot qui devrait rendre méfiant sur la suite des événements.

Lors de son «Nous sommes en guerre» la Chef des Armées avait fait perdre son sens à justement ce qu’est la guerre . En sera-t-il de même avec couvre-feu quand on songe à ce qu’il se passe en Syrie, au Yemen, au Haut-Karabakh en ce moment, la Syrie, le Yémen où les trêves ne sont pas exigées et quand elles le sont elles ne sont pas respectées. Le retour à la référence guerrière prend un sens particulier puisque le 17 octobre sera rétabli l’état d’urgence sanitaire qui avait été arrêté le 10 juillet dernier.

Le Président de la République a donc voulu reprendre en mains la lutte contre la pandémie et tenter d’apparaître à nouveau comme l’homme de la situation. Il abat l’une de ses dernières cartes et pas la moindre. En mettant la lutte contre la pandémie à un cran au-dessus il tente de persuader la population en général de la gravité de la situation.

Il lui sera désormais difficile d’aller plus loin s’il s’avérait que la progression du virus continue sauf à reconfiner ce qui déboucherait sur une crise sociale dramatique sur laquelle je crains qu’il devienne de plus en plus difficile d’y mettre une « couverture » sur le feu qui couve.