Inexorablement les tensions vont augmenter en France après le terrible assassinat d’un professeur d’histoire et géographie en raison de la volonté d’exploitation d’une manière ou d’une autre ce qui constitue un crime odieux. La tradition dans ce pays réputé cartésien c’est le partage entre deux camps : les « pour » et les « contre » avec des nuances des « presque pour » et des « presque contre », les « pour mais », « contre mais »…

Chaque parti va chercher en permanence des éléments pour alimenter factuellement la polémique. A partir du moment où l’on ne fait pas référence à des valeurs intangibles et permanentes le risque est grand de de voir une « guerre » des événements.

Le moment du deuil national étant passé alors qu’il faudrait réaffirmer des principes clairs sur lesquels il devrait être possible d’unir le plus grand nombre. Or les mesures annoncées égratigneront simplement les constats désastreux que tout le monde fait : la montée du racisme sous toutes ses formes, la méconnaissance totale de l’intérêt de la laïcité, la perte des repères républicains dans le dialogue social ; la montée exponentielle de l’irrationalité et de l’anonymat.

Le principe politique intangible étant en France « action » et « réaction » avec le succès que l’on connaît mais en aucun cas « anticipation », « prévention » on se dirige vers des décisions qui ne régleront pas les difficultés fondamentales. Des milliers de lois, de règlements, de décrets, de circulaires ou de consignes existent mais comme elles sont diversement appliquées le (la) citoyen.ne a l’impression légitime d’une impuissance du pouvoir central.

L’assassinat de ce malheureux Samuel Paty a démontré l’extrême fragilité de notre système social réputé démocratique. La succession d’infractions commises pour en arriver à cette extrémité barbare devrait pourtant interpeller une société de l’indifférence. L’utilisation des réseaux sociaux pour la diffusion de messages calomnieux, faux et calculés pose à cet égard bien des questions.

La publication, par mes soins, dès le lendemain du drame, un appel mesuré et constructif sur le site très sérieux www.mes opinions.com j’ai obtenu plusieurs dizaines de milliers de signatures. Rien jusque là de bien dangereux. En revanche plus d’un millier de commentaires accompagnent cette pétition.

Une partie a été filtrée par l’équipe du site avec laquelle j’ai été en contact tellement il contenait des propos injurieux, racistes, fascistes ayant l’avantage considérable d’être… anonymes. Il en reste encore que je considère comme peu conforme à une liberté d’expression en lien avec le contenu du texte diffusé.

Ce constat vérifiable pose un véritable problème démocratique : une action publique signée de mon nom et de ma fonction et donc assumée déclenche un processus incontrôlable des réactions anonymes ! Il en va ainsi dans des milliers de cas et en fait le système des réseaux sociaux permet absolument tous les abus de manière instantanée avec des conséquences pouvant devenir graves.

L’effacement de propos ne change rien aux dégâts immédiats. Pour ma part je considère que la liberté d’expression est incompatible avec l’anonymat ! Or, sauf à être un as de l’informatique, il est impossible de s’inscrire sans être identifiable même si on ne fournit aucun renseignement apparent. Mais les procédés légaux et les délais sont tellement longs que seules les atteintes graves à la vérité sont prises en compte.

Les supports censurent un corps ou un sein nus mais laissent passer les pires horreurs racistes, xénophobes ou attentatoires à la dignité humaine. Avec habileté et un savoir-faire qui s’enseigne il est possible d’échapper à tous les filtres automatisés et donc de déstabiliser au mieux ou exacerber les pires instincts en échappant à ses responsabilités.

Les dessins de Charlie Hebdo étaient signés. Le cours du professeur d’histoire et géographie de Conflans saint Honorine était assumé. Mon appel à un hommage national en sa faveur ne souffrait aucune ambiguïté… et tout ce que j’écris ou je dis ne souffre aucun anonymat.

Notre société n’admet plus le débat à visage découvert car toute divergence franche est prise pour un attaque ou une agression. L’opinion dominante se construit dans le secret, dans l’approximation, dans la dénonciation, dans la révélation ce qui conduit à un pays au ventre mou, dont la culture démocratique est en décomposition.

Samuel Paty n’est pas mort de ce qu’il a dit mais de l’exploitation à des fins extrémistes de ce qu’on lui fait dire. Et c’est probablement révélateur de l’évolution d’une société privée de lumière pour confier son sort à des exploiteurs de l’inculture, de l’indifférence, de la crédulité et plus encore de la haine envers celles et ceux qui refusent la passivité face à au trafic massif « d ‘opium pour le peuple ! »