BREC

S’il y a un monde d’après… il ne pourra être différent que si l’on met en cause nos modes de consommation. Tout le système social actuel sur la planète repose sur ce mythe que le progrès sous toutes ses formes ? doit puiser ses ressources et ses ressorts dans l’augmentation de l’offre alors que bien des gens ont seulement envie que l’on comble leur besoin. Dans un discours référence (1) le Président de notre République « coronavirussée » avait ouvert une porte sur un espoir de changement de paradigmes.

« Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience », a-t-il réclamé. « Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies et sachons nous réinventer, moi le premier » avait-il ajouté. Il oubliait que face à la nécessité de modifier nos modes de vie imposés par la Covid-19 des initiatives avaient été prises parfois depuis longtemps pour « réinventer » d’autres formes de fonctionner.

J’ai la faiblesse de penser qu’à Créon on n’a pas attendu le couvercle social de la pandémie pour imaginer une autre manière de vivre (2). Elle est ancrée à travers les siècles dans le statut de ville neuve du Moyen-Age (ville bastide) qui sous les royautés et dès le XIV° siècle avait déjà des règles de vie collectives avant-gardistes.

La charte de la cité d’une certaine manière laïque car imposée au pouvoir temporel des moines de la puissante abbaye de La Sauve Majeure définissait un fonctionnement particulier. Ce particularisme a persisté avec plus ou moins de bonheur.

Ainsi le mouvement coopératif durant l’entre-deux-guerres a été largement développé. Il existait pas moins de quatre structures : une cave coopérative, une coopérative laitière, une coopérative d’approvisionnement, une coopérative d’utilisation de matériel agricole… et elles ont résisté au temps jusqu’au début des années 90 avant d’être sacrifiées sur l’autel de la rentabilité et de l’individualisme réputé salvateur.

C’est donc avec une jubilation particulière que ce samedi 31 octobre sur le site où existait la CUMA, va naître après plus de deux ans de gestation dans un monde sceptique pour le mieux et hostile pour le pire, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) appelé l’« Entre Deux Mondes ».

Une quarantaine de producteurs, près d’une centaine de sociétaire coopérateurs, trois collectivités territoriales, plus de 200 bénévoles ont lentement mûri pour mettre en œuvre sous l’impulsion d’animateur.trice.s extraordinairement motivés.

Des heures et des heures de débats, de préparation, de démarches, de concertation, de solidarité active, de déploiement de force de conviction vont trouver leur aboutissement avec dans un même lieu un espace inédit comme l’avait été en leur temps bien d’autres lieux communaux.

Un lieu pour le partage culturel, citoyen, convivial avec bar et restauration ouvert sur la vie fonctionne déjà depuis plusieurs mois. Soirées musicales, rencontres diverses et bientôt peut-être un foyer d’éducation populaire mobilisent dans une période pourtant difficile.

Le BREC (3) sera rejoint désormais par un espace partagé pour le travail individuel ou collectif et surtout par l’ouverture d’un point de vente alimentaire en direct dévolu à une quarantaine de producteurs coopérateurs. Dans une période où la mobilité doit être réduite, la qualité des produits garantie, le dialogue producteur.trice.s- consommateur.trice.s développé, cette « épicerie » constitue un atout supplémentaire pour l’ensemble de la population.

Il ne s’agit nullement de concurrencer les multiples formes de commerces très diversifiés existant sur la ville bastide mais d’offrir un choix supplémentaire et différent dans un contexte où la manière de consommer peu devenir un vrai acte militant. Tout y sera à taille humaine et encore une fois les bénévoles y tiendront une place prépondérante.

J’ai accepté de participer modestement au conseil coopératif pour mettre mes actes en accord avec ce en quoi je crois profondément : il nous appartient de construire des alternatives crédibles afin d’échapper à un système déshumanisé et basé sur la surconsommation.

Signataire de la charte cantonale que j’ai initiée pour l’accès à une alimentation de qualité la SCIC va illustrer concrètement les objectifs du Conseil départemental en terme de résilience. Il rejoindra l’épicerie sociale et solidaire et  l’AMAP déjà en place. 

Créon aura encore un temps d’avance et se situera entre deux mondes : celui… d’avant et celui… d’après avec l’espoir justement de construire, grâce à une forme d’implication citoyenne, un ensemble d’avenir illustrant une authentique volonté de se… réinventer !

  1. allocution du 13 avril 2020

  2. lire le partage du pouvoir local aux éditions Le Bord de l’Eau http://www.jeanmarie-darmian.fr

  3. http://www.entre2mondes.org