La pandémie exceptionnelle qui a envahi la France a des effets très particuliers qui mettent la politique gouvernementale en péril. Selon les décisions prises par le gouvernement pour essayer d’enrayer le mal qui ronge lentement mais inexorablement les activités collectives de tous ordres les réactions de la population sont différentes. Au cours du premier trimestre 2020 par exemple l’épargne de précaution a atteint des niveaux exceptionnels ce qui n’est vraiment pas un bon signe!

Les banques ont reçu des dépôts considérables et les livrets de toutes sortes ont vu leurs apports prendre des proportions inédites. La publication de son rapport annuel sur l’épargne réglementée, de la Banque de France indique que les flux mensuels atteignaient un peu plus de 6 milliards d’euros avant la crise sanitaire. 

Ils avaient bondi à plus de 22 milliards d’euros en mars, à près de 27 milliards en avril, puis s’étaient maintenus autour d’une vingtaine de milliards d’euros jusqu’en juillet. Des sommes considérables liées à l’impossibilité matérielle de consommer (restriction des déplacements et des sorties) et à l’angoisse de l’avenir.

Les placements dans le livret ordinaire n’étaient (et restent) pas très rentables. En 2019, le rendement réel du Livret A, soit la différence entre son taux de rémunération et l’inflation, est devenu négatif pour la troisième année consécutive. Ainsi, avec un taux à 0,75 % et une inflation à 1,10 %, son rendement réel s’est établi à -0,35 % en 2019, après deux baisses successives de 0,25 % puis 1,05 % les années précédentes.

Bizarrement il n’a cessé de recevoir des fonds dont profite la caisse des dépôts et consignations qui cherche via la Banque des territoires à distribuer dans les collectivités territoriales. Il faut absolument placer ces sommes auprès d’organismes fiables comme le sont les collectivités territoriales à un taux rémunérateur.

La « sur-épargne » vient de prendre fin dès le mois de septembre. Les Français.e.s ont en effet dépensé beaucoup au mois d’août profitant d’une liberté retrouvée. Ce fut un excellent mois pour les rentrées de TVA et les zones les moins touchées par le virus en ont profité. Et à la rentrée ils ont repris les habitudes « normales » et le différentiel entre les dépôts et les crédits souscrits par les clients a été négatif, à − 3,3 milliards d’euros en septembre. Une première en 2020.

Les montants d’épargne sont ainsi passé de 87 milliards d’euros en août à 83 milliards le mois suivant. Les mesures annoncées sur un nouveau confinement vont probablement relancer mesures de restrictions sanitaires pourraient toutefois relancer le mouvement du début d’année. Les prêts consentis concernent surtout l’immobilier avec le financement d’achats hors des métropoles et de constructions neuves dans les « campagnes ».

Le durcissement des conditions d’attribution des crédits a semble-t-il ralenti la demande. Il faut dire que la méfiance règne à propos de la solvabilité des emprunteurs et sur l’évolution des marchés financiers. L’élection américaine paralyse aussi les banquiers européens et notamment les français. Une défaite de Trump n’arrangerait pas leurs affaires d’autant que le dollar va chuter.

Le Département de la Gironde, ayant accès grâce à sa notation par Standard and Poors aux marchés pour ses emprunts a comme c’est le cas depuis des années, anticipé cette « crise » probable. Un appel de fonds a été lancé pour trouver des investisseurs intéressés par un « placement » auprès du conseil départemental. Les « arrangeurs » que sont HSBC et GFI ont aisément déniché les prêteurs disposés à soutenir le vaste plan de construction de collèges en Gironde.

Lorsque l’offre est retenue et qu’un accord est conclu il appartient au Président de « toper » une émission obligataire au meilleur moment d’une journée déterminée, bloquant ainsi la somme et surtout le taux sur 20 ans !

Le premier emprunt a été topé à 10h45 comme prévu avec GFI sans problème au taux très attractif de 0,412% (échéance 17ans), alors que les taux à l’ouverture des marchés ce matin s’affolaient un peu, et venaient tout juste de se stabiliser. Anticipant sur les possibles annonces post conseil de défense sanitaire, nous avons alors proposé à HSBC d’avancer l’horaire prévu pour toper à 11h l’émission prévue initialement à 11h30. Une petite demi-heure qui a failli tout changer

Dans le contexte français HSBC a refusé et a reporté le rendez- vous en raison du contexte expliquant que l’investisseur s’inquiétait d’une possible dégradation annoncée de la note de la France chez les agences internationales. Jamais nous n’avions connu pareille situation. Inquiétude du vice-président en charge des finances… et début de recherche d’un autre prêteur.

Finalement, HSBC a repris contact vers16h00 et en s’appuyant sur les cotations des taux d’intérêt à Francfort le Département a obtenu le taux encore très attractifs de 0,418% sur… 20ans. La différence avec les prévisions aura fait économiser 100 000 € en intérêts cumulés sur les deux émissions. Même si ces considérations paraissent lointaines elles démontrent la fragilité absolue d’un système pouvant exploser à la min-novembre ! Les milliards actuellement empruntés et distribués par l’Etat peuvent à un moment ou à un autre prendre des allures catastrophiques si la tendance des taux bas s’inverse.