Les dimanches de confinement traînent parfois en longueur surtout quand les repas de famille deviennent impossibles, les sorties vélo très limitées (je ne m’en plaindrais pas car le kilomètre est une belle excuse), les bavardages au bistrot interdits. Il faut donc retrouver des réflexes cultivés durant les 80 jours de la période précédente en se plongeant dans un bouquin (1), en cherchant à ne pas subir le diktat de la télé ou en « réseautant » au maximum histoire de maintenir un lien social même virtuel avec des habitué.e.s de ce type relationnel.

N’empêche qu’après le superbe France-Irlande de Rugby où les Bleus, samedi soir, ont fait brouter le trèfle jusqu’à la racine à une équipe peu décidée à renoncer à sa première place au festin des six nations, il fallait trouver un événement à la hauteur. Le spectacle avait en effet été à la hauteur des espoirs du peuple d’Ovalie donnant un avant-goût heureux du week-end.

L’ardeur au combat d’un pack solidaire, l’adresse virevoltante ou percutante des fantassins de l’arrière rappelaient que la valeur d’une vraie équipe repose sur la diversité, la complémentarité et la solidarité. Un peu iconoclaste dans la période présente. N’empêche qu’à l’arrivée ce sont les Anglais qui l’ont emporté et ça c’est plutôt énervant.Le problème c’est que quand on débute avec une telle force collective dans l’envie de briser le confinement souhaité par l’adversaire, le reste pouvait paraître un peu fade.

Enfin presque puisque l’étape de la Vuelta fut de la même veine. L’ascension dantesque de l’Angliru vue depuis un fauteuil avait en effet de quoi enthousiasmer un pratiquant endémique du vélo. Il y avait quelque chose d’inquiétant dans les pourcentages annoncés pour les pentes qui se dressaient devant un peloton amaigri avant d’être réduitau seuls ténors en…vert, en rouge et en blanc. Une explication à la force du mollet dont l’issue ne permit pas cette fois à un Français de sortir du lot des leaders.

Un authentique plaisir que celui de suivre ces rois du pignon, ces escaladeurs des cols où les automobiles s’essoufflent, ces pédaleurs de l’impossible tentant de gagner des sommets où les bergers hésitent à s’aventurer. L’explication accoucha de quelques secondes d’écart favorables à un géant… britannique ayant concrétisé un Brexit cycliste de la meilleure veine. Une explication réellement « extra…ordinaire » à flanc de montagne des Asturies. Comme la veille, David Gaudu s’était affranchi sur la ligne de son compagnon d’échappée pour vaincre l’honneur était sauf  !

Pendant que le confinement s’installe, ces exploits au grand air réconfortent par procuration. Ils donnent le sentiment que les évasions sont encore possibles, sur la pelouse d’un stade, sur les routes de terres inconnues. Une dérogation à l’enfermement par procuration sans avoir à remplir de fiche. On court, on plonge, on feinte, on percute, on pédale, on sprinte, on accélère dans une période où tout est encore plus statique qu’avant.

La lecture et le spectacle sportif ont en commun, leur pouvoir de permettre d’accéder aux rêves. En ce moment c’est ce dont nous manquons le plus : rêvre et nous enthousiasmer. Alors autant se laisser emporter par ces joutes que l’on espère loyales pour sortir d’un isolement loin d’être splendide. Cette forme de spectacle « vivant » constitue un élément pouvant entretenir le moral pourvu que l’on sache le regarder avec un brin de naïveté.

La chronique de Jean-Claude Guillebaud dans Sud Ouest Dimanche (2), ouvre les yeux sur la réalités de ce qu’il appelle « le contenu de ces millions de micro-souffrances jetées dans l’anonymat des ondes ». Il évoque justement le rôle des médias dans la prise en compte du besoin, pour une part des auditeur.trice.s, d’exprimer leur mal-être, leur perte de repères, leur angoisse face à la vie, leur manque d’espoir, leur peur du jugement dernier. Le vrai problème c’est que toutes les images en direct les plus enthousiasmantes pouvant donner le sentiment d’un changement du quotidien, deviennent payantes et limitées creusant ainsi le fossé entre le possible et l’inaccessible.

Si ces deux moments ne suffisent pas à gommer l’anxiété collective pesant sur un premier week-end de confinement, ils sont pourtant essentiels car ils témoignent que le cours normal de la vie peut se poursuivre à distance… sociale légale. 

 

(1) Les flingueurs Patrice Duhamel et Jacques Santamaria Editions Pocket

(2) https://www.sudouest.fr/2020/10/26/souffrance-en-france-8023352-10142.php