Dans quelques semaines, si les conditions sanitaires le leur permettent, en Gironde comme ailleurs, les sapeurs-pompiers essentiellement volontaires iront de maison en maison proposer leur calendrier 2021. L’accueil est très majoritairement sympathique, reconnaissant et généreux. Ils appartiennent au service public déployé partout sur le territoire national quand beaucoup se sont évaporés, le plus populaires. Certes sur des zones de « non-droit » ils sont parfois mal accueillis ou attaqués mais les agressions individuelles liées à des comportements déviants préoccupent les autorités.

Les services d’incendie et de secours créés par une loi de 2002 connaissent une période très difficile dont les citoyen.ne.s n’ont absolument pas conscience. En fait en maintenant 18 ans leurs missions ont considérablement évolué puisque les risques ont, notamment en Gironde, augmenté. Notre Département cumule absolument tous les secteurs dangereux susceptibles de provoquer des événements individuels ou collectifs dangereux.

On trouve en effet sur l’espace départemental une centrale nucléaire, des usines SEVESO, des équipements structurants imposants, un massif forestier conséquent, un réseau routier et autoroutier sur-fréquenté, un littoral peuplé en été, un estuaire et un fleuve emprunté par des navires ou des bateaux de tourismes de plus en plus nombreux, un territoire rural concerné par l’étalement urbain ce qui aggrave les distances pour les secours, une urbanisation verticale très dense sur la métropole et des catastrophes climatiques fréquentes…

Quand on rajoute que depuis 2002 la Gironde a gagné plus de 300 000 habitant.e.s on comprend mieux les raisons d’un accroissement constant et inexorable des sollicitations du service. S’il y avait en 2002, 86 625 sorties on aura atteint en 2019 un total de 136 427 soit 380 en moyenne quotidienne et un départ de véhicule toutes les 5 minutes 24 heures sur 24 et ce 365 jours par an ! Malgré une progression de 58 % de ses opérations le SDIS 33 n’a jamais faibli !

Les difficultés naissent d’une activité débordante en matière de secours aux personnes. Ils représentent à l’heure actuelle près de 80 % des sorties sur le territoire girondin. Toutes ne sont pas du même niveau et de la même importance mais quand elles sont lancées par le 15 il est impossible de refuser de les assumer. Il y a eu 4 598 « transports » (1) de personnes (dont un certain nombre de suspicion COVID ou de blessures domestiques) demandés par le SMUR et qui incombent normalement à un financement du CHU ou de ses antennes déconcentrées.

Les ambulances privées découragées par les temps d’attente aux urgences ou par les délais de règlement des factures s’arrangent pour éviter d’assurer ces missions qui leur incombent. La « carence » est alors déclarée et les sapeurs-pompiers ont obligation de se déplacer. Le hic c’est que le CHU ne prend en charge que 1 791 des opérations demandées soit une charge pour le budget du SDIS de 789 000 € ! Cette somme représente un transfert méconnu des fonds de la sécurité sociale vers les impôts récupérés par le collectivités locales.

Le plus surprenant c’est que lors d’accidents de la route ou de toute autre nature, les assurances n’interviennent absolument pas sur ces frais des secours… Elles règlent le déplacement des véhicules accidentés mais pas celui vers les hôpitaux des passagers ou des conducteurs. La taxe perçue sur les contrats ne suffit plus à financer le SDIS. Mieux les recettes sont bloquées artificiellement depuis deux décennies puisque les communes participent obligatoirement à hauteur de leur population… 2002 !

Une absurdité législative qui renvoie vers le conseil départemental l’essentiel du financement à hauteur de 92 millions. Le delta de la participation communale et intercommunale cumulée sans prise en compte de la dynamique démographique se situe aux alentours de… 15 millions ! Une contribution volontaire récente redonne un meilleur équilibre général au niveau intercommunal mais il reste aléatoire car il repose sur des accords annuels.

En appelant le 15 ou le 18, en situation de détresse (pour 5 à 6 000 cas pour des demandes non urgentes, sociales ou de confort) les gens en difficulté veulent un résultat rapide, performant et sûr sans trop se soucier de l’origine complexe des fonds qui le permettent. La situation devra pourtant vite intenable.

Le premier confinement marqué par des consignes strictes de non-déplacement a diminué en 2020 le nombre des demandes de secours…mais ce n’est que circonstanciel car en août 2020 elles ont brutalement explosé. Actuellement le SDIS 33 est sur le fil du rasoir mais les préoccupations sont ailleurs. Jusqu’au jour où…

(1) Le SDIS en identifie plus de 31 000 !