La nuit Halloween a été décalée cette année exceptionnellement entre le 3 et le 4 novembre…avec le combat éternel entre l’obscurité et la lumière ou plutôt entre l’obscurantisme excluant et le progressisme solidaire. Il faut attendre patiemment dans l’incertitude l’avènement de l’aube américaine.

Il pourrait dit-on y avoir du nouveau dans l’Ouest lointain d’où partent les vagues les plus dangereuses pour les rares démocraties de la planète qui ne subissent pas directement ou indirectement l’influence des États qui sortiront désunis de l’affrontement.

Dans tous les westerns le symbole reste le même : le méchant est en noir quand le bon s’habille de clair. Le vrai problème c’est que dans ces films quand s’écrit « END » la victoire de la morale, du courage, de l’intelligence, de l’amour, du désintéressement sur le mensonge la traîtrise, la haine, et la bêtise et la vénalité est toujours au rendez-vous.

Les duels, les combats qui se règlent à la gâchette en face à face dans une rue poussiéreuse d’une ville en devenir n’existent plus. Les révoltes, les affrontements, les émeutes se succèdent avec des shérifs qui dégainent plus vite que les ombres sur lesquelles ils tirent. L’Amérique ne tient plus ses promesses, se transformant toujours plus en terre des inégalités les plus profondes, des différences de niveaux culturels, des écarts d’espérances de vie et des fractures sociales.

La sortie des ténèbres dans lesquelles a été plongée une nation qui se revendique comme la plus « grande » et la première ne coïncidera pas nécessairement avec le lever du soleil. La plus grande incertitude règne sur le sort que les électrices et les électeurs réservent à l’agité du bocal qu’ils ont expédié dans la Maison Blanche.

La mobilisation des factions les plus extrêmes, des lobbies les plus scandaleux, des adeptes des religions les plus intolérantes, des apeuré.e.s des crises économiques ; les exploiteurs des réflexes racistes, de l’outrance sous toutes ses formes peuvent finalement se coaguler pour donner une étrange majorité en faveur du sortant qui d’ailleurs n’est pas prêt de sortir.

« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne » nous commencerons à savoir si l’espoir d’une atténuation des ravages provoqués par la gouvernance du « tweeter » caractériel devient une hypothèse plausible. Si la lueur n’est que blafarde ou même toujours dissimulée par un horizon incertain les matinaux devront patienter dans l’incertitude. Alors que si le « soleil » se lève sur le pays de l’Oncle Sam il réchauffera le corps électoral de bien d’autres démocraties confisquées de par le monde.

Le duel américain a en effet valeur de symbole. Le « John Wayne » de la Maison Blanche, grande gueule, méprisant les morts qu’il laisse en chemin, utilisant de formules simplistes, luttant seul contre tous dans des conditions défavorables, massacrant des indiens réputés inutiles au nom du principe « qu’un bon ‘indien’ est un indien mort » compte davantage sur son image de défenseur des victimes de la mondialisation. Il leur avait promis la prospérité par la mise en œuvre d’un nationalisme tus azimuts et une pandémie qualifiée de « chinoise » a détruit toutes les illusions qu’il avait semées.

Jo Biden sera peut-être le premier élu de la COVID-19, dans une grande puissance, durant cette annus horribilis. S’il apporte un brin de tolérance, de mesure, d’humanité, de progrès intellectuel et social dans cette période il deviendra une référence. Il lui restera à s’imposer face au réseau qui noyaute ces USA essentiellement composé de « faucons », « de profiteurs » et de « fous de dieux aussi divers que dangereux »

Nul doute que le nouveau Président qui a basé sa campagne sur l’intelligence, l’apaisement, la lutte contre les injustices, la lucidité face à la réalité il devra en se promenant dans les rues avoir des yeux dans le dos.

La nuit sera encore longue. Rien ne sera terminé après que l’horizon se soit éventuellement éclairci car les ressources de Donald sont inépuisables. Les suprémacistes, les racistes, les fascistes, les climato-sceptiques, les propagandistes de tous ordres ne laisseront pas filer le pouvoir sans susciter des événements plus ou moins provocateurs.

La nuit américaine permet au cinéma de donner l’illusion que l’on évolue dans l’obscurité en voilant artificiellement le « soleil ». Il ne faut craindre qu’un système électoral abscons et pouvant être source d’interminables contestations. Victor Hugo a résumé la situation si Donald revient pour quatre ans : « Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. »