Si l’on considère que les événements qui se produisent dans la société américaine finissent toujours, à court ou moyen terme, par influencer la nôtre il ya tout lieu de s’inquiéter pour notre système démocratique déjà bien mal en point. Nous avons il est vrai, déjà bien intégré un certain nombre des déviances en provenance d’Outre-Atlantique sans nous rendre compte de l’influence qu’elles prennent dans notre pays. La politique française s’inspire fortement ou reprend intégralement les modalités US dont on constate le résultat !

La personnalisation outrancière

Je l’ai écrit à de multiples reprises : les électrices et les électeurs ne votent plus sur des valeurs mais pour une femme (rarement) ou un homme qui incarne ses propres analyses de situations factuelles présentes ou des croyances de tous ordres.. Au USA des personnes condamnant les attitudes, les mensonges, les absurdités trumpistes mais ont visiblement continué à votre pour lui en raison de son opposition à l’avortement, son soutien aux religions, sa supposée réussite économique personnelle ou son nationalisme outrancier…et pour son absence de programme. 

Le score de celui qui refuse de sortir de la Maison Blanche témoigne de l’ancrage de ce type de comportement électoral dans les zones où le lien social est devenu très faible. On a voté « pour Trump et contre Biden » ou « pour Biden contre Trump » et pas nécessairement pour leur engagement pour l’avenir ! La France évolue de plus en plus dans ce sens et toute st fait pour que l’on aille vers des votes personnalisés.

L’affrontement de « blocs »

Lentement mais inexorablement les deux camps de militant.e.s se sont transformés en blocs compacts, imperméables au moindre doute, violents et pouvant s’affronter. Les violences deviennent alors inévitables puisque le dialogue est devenu impossible. Chaque camp veut en découdre, veut des confrontations directes et voue à l’autre une haine durable.

Ce phénomène prépare inévitablement à des « guerres » civiles larvées dont on sait qu’elles préludent à la dictature. La bunkérisation des esprits constatées aux USA débarque peu à peu en Europe avec l’avènement de mouvements extrémistes non-dissimulés. Le second tour de notre élection présidentielle en devient l’exemple le plus frappant et rien ne saurait l’arrêter pour 2022.

Le pouvoir de l’argent

Les campagnes présidentielles nécessitent des sommes folles aux USA avec des financements plus ou moins douteux car hypothéquant les engagements pris par les heureux élus. Il n’y pas de limites avec des procédés nouveaux reposant sur les réseaux sociaux ravis des millions déversés pour doper les publications électoralistes ou les…fakenews les plus absurdes.

Désormais il n’y a plus de limites puisque les contrôles très peu précis se font à posteriori et n’empêchent nullement la propagation massive d’approximations dévastatrices. Trump a basé tout son mandat, toute sa campagne, sur des affirmations volontairement déformées ou mensongères présentées comme des vérités dérangeant le camp adverse et donc forcément crédibles. Nous en approchons.

Le clivage médiatique

Les pratiques trumpistes consistent à discréditer continuellement les journalistes qui tentent de diffuser une information vérifiée et pédagogique. Il n’a eu de cesse que de casser la confiance entre certains médias et le bloc de ses supporters en niant l’évidence ou en s’en prenant sans aucune retenue aux personnes en charge des grands networks US jugés défavorables.

Ce climat volontairement entretenu transforme la propagande la plus manichéenne en « informations » objectives indiscutables. La tendance est de transformer les mensonges les plus énormes en révélations correspondant aux certitudes portées par les réseaux sociaux. Tous les jours nous pouvons constater que nous en prenons le chemin.

L’outrance comme preuve de sa force

La campagne américaine vient de consacrer la victoire, quel qu’en soit le résultat, de la stratégie de l’outrance sous toutes ses formes : dans les mots, dans les formes, dans les idées, dans les stratégies… La modération passe pour une faiblesse coupable dans un monde devenu impitoyable et donc il faut dépasser les convenances pour montrer que l’on tient bon.

Le peuple est rassuré par l’exaltation de la force constituant la réponse à des moments de doute profond dans la capacité de la puissance publique à défendre les biens et les personnes. Trump a laminé Biden par ses rodomontades, ses affirmations péremptoires, ses exagérations ou ses accusations. Il suffit chez nous d’écouter ou de regarder pour comprendre que les « grandes gueules » sont de plus en plus préférées aux gens raisonnables. Impossible de se faire entendre par l’argumentation et la conviction.

La valeur croissante de la croyance

Le verbe croire est devenu essentiel dans les pratiques sociales. On n’essaie plus de comprendre, d’analyser, de comparer : il suffit de croire ! Toutes les formes de croyances déferlent dans le système politique où entrent les religions.

Trump a réussi à instiller des multiples idées déconnectées de la raison et a utilisé la prédication pour transformer des gens de toutes les niveaux sociaux en « ouailles » inconditionnelles de sa personne. Il y a désormais partout des gens qui croient et condamnent violemment celles et ceux qui préfèrent la raison. « L’incroyant » a du souci à se faire ! Le débat politique se transforme en guerre de « religions » ! A méditer