Des mots disparaissent durant des périodes fastes et reviennent au premier plan dès que le temps se gâte. Ainsi depuis des années, sauf au moment des élections présidentielles en France on avait oublié ce qu’étaient les « frontières ».

Elles avaient été démontées, abolies tant pour les marchandises que pour les personnes dans le fameux espace Schengen. Un symbole de veste espace européen de libre échange. En fait depuis hier il semble que le mythe de la libre circulation ait du plomb dans l’aile.

La ville luxembourgeoise qui a donné son nom au traité signé le 14 juin 1985 suivi de la convention d’application de l’accord du 19 juin 1990, entrée en vigueur le 26 mars 1995 soit il y a maintenant plus de 25 ans, est devenue célèbre sans le vouloir. Au fil des années après des tripatouillages le texte initia a été adapté sous forme d’exceptions à la règle. En 2018 on retrouvait en effet 22 des 28 états de l’union européenne.

La Bulgarie, la Roumanie, Chypre et la Croatie n’y participent pas encore. L’Irlande et la Grande-Bretagne, quant à elles, bénéficient d’un statut particulier et ne participent qu’à une partie des dispositions Schengen (pour le Royaume-Uni, par exemple, participation à la coopération policière et judiciaire en matière pénale, à la lutte contre les stupéfiants et au Système d’information Schengen – SIS) et 4 autres (Norvège, suisse et Liechtenstein) ne sont qu’associés.

La vague migratoire a écorné le principe ambitieux voulant que « que tout individu (ressortissant de l’UE ou d’un pays tiers), une fois entré sur le territoire de l’un des pays membres, peut franchir les frontières des autres pays sans subir de contrôles ». Les vols aériens entre villes de l’espace Schengen sont considérés comme des vols intérieurs…Les frontières ont donc disparu et souvent elles ont conduit à détruire les points de contrôle.

Il reste qu’en cas d’atteinte à l’ordre public il est possible durant six mois de rétablir les contrôles des identités et des passeports aux entrées dans un pays. Il faut savoir que si le Président de ce qu’il reste de République française veut utiliser cette possibilité il ne pourra le faire qu’avec l’accord des autres États. Ce fut déjà le cas après les attentats de 2015. La Pologne l’a utilisé en 2012 pour l’Euro de football et l’Autriche ou le Danemark pour endiguer les afflux migratoires en 2015.

Il faut préciser que l’un des principes clés de l’espace Schengen reste la surveillance de ses limites extérieures… plus ou moins réelle malgré des sommes folles qui sont accordées. Les contrôles frontières ont lieu sur les routes traversant une frontière, aux aéroports, aux ports et dans les trains.

Généralement, il n’y a pas de barrières le long des frontières terrestres, à part certaines exceptions telles que les barrières de Ceuta et de Melilla ou encore la barrière de la frontière gréco-turque. Cependant, des systèmes de surveillance caméra, dont certains sont équipés de l’infrarouge, se trouvent à certains points critiques, par exemple à la frontière entre la Slovaquie et l’Ukraine  Le long de la côte sud des États Schengen, les garde-côtes font des efforts constants pour empêcher les bateaux de toutes sortes d’arriver le long des cotes.

Jamais n’est évoqué le fait que l’accès à l’espace Schengen fait l’objet d’un vaste trafic économique. Les filières de passeurs prospèrent et la remise en place des frontières ne les privera pas de revenus puisqu’elles feront payer plus cher leurs « prestations ». L’Europe se préoccupe surtout de limiter l’afflux de migrant.e.s mais n’a aucune politique spécifique forte pour détruire ces mafias, ces exploitations de la misère humaine. Cette « économie » souterraine est considérable !

On estime par exemple que les trafiquants entassant jusqu’à 100 migrants sur un bateau pneumatique traversant la Méditerranée récupère plus de 65 000 € de bénéfice et ça peut aller jusqu’à 380 000 € en un seul voyage d’une barque en bois portant 400 fuyards. En Libye le trafic représente 30 à 35% des revenus produits dans le pays. En Algérie, Tunisie, Maroc c’est certes moins lucratifs mais il s’agit souvent des « investissements » avec retours espérés.

Le rétablissement de contrôles communs sur les points de passage les plus fréquentés n’aura un effet positif que durant quelques temps, le temps que des « itinéraires bis » soient identifiés La remise en cause du fonctionnement et des moyens de surveillance de l’espace Schengen constitue une ouverture possible vers plus de sûreté.

Le vrai danger c’est qu’encore une fois un lien indirect est fait entre immigration clandestine et terrorisme ce qui va renforcer des tensions déjà fortes. Le vrai problème c’est surtout le caractère endogène du terrorisme et de ses liens avec l’étranger sans que l’hermétisme des frontières soit la parade. Le virus idéologique n’a cure des barrières des États !