Pendant que l’Europe et notamment le France s’enfoncent dans la crise sanitaire, les États-Unis plongent en plus chaque heure qui passe dans une tourmente démocratique dont nul en peut prévoir l’issue réelle. C’est vrai que si la situation chez nous est totalement inédite elle ne l’est pas aux USA puisqu’il y a 20 ans les jours suivants le jour du vote avaient été tout aussi complexes. Entre le fils Bush et Al Gore les menaces sur la validité du scrutin s’étaient échangées de manière peu amène par médias interposés.

Le conflit est exactement inversé pour cette élection qui s’était déroulée le 7 novembre puisque c’étaient les Démocrates qui contestaient l’élection du « fils à papa ». La polémique portait comme c’est le cas actuellement dans les états encore en train de compter et recompter. En cause les machines à voter que les partisans d’Al Gore suspectaient d’avoir été mal paramétrées. La Floride nettement favorable deux décennies plus tard à Trump avait livré un verdict donnant seulement 537 voix d’avance au camp Républicain. Or le nombre de « grands électeurs » décidait du sort du vote.

Celles et ceux qui s’offusquent des recours du forcené de la Maison Blanche oublient que la Cour suprême de Floride et celle des États-Unis avaient eu à se prononcer dans une configuration moins partisane que celle de 2020. Le recompte des suffrages avait été ordonné (7 voix contre 2) par celle de Miami avant qu’à Washington cette décision soit cassée de justesse (5 voix contre 4). Cette procédure doit donner à réfléchir.

La cour suprême avait motivé son avis par le fait qu’il serait impossible d’effectuer un tel processus de vérification dans les délais impartis par la Constitution des États-Unis. Et une fois encore bien qu’Al Gore recueille la majorité des suffrages populaires sur l’ensemble des États (plus de 500 000 voix d’avance), le candidat George W. Bush devient président des États-Unis le 20 janvier 2001, après avoir été officiellement élu par le Collège électoral des États-Unis le 18 décembre 2000 soit plus d’un mois après le vote.

Il y a fort à parier que le scénario avec cette fois la multiplication des recours du camp de Trump il va y avoir du temps avant que le résultat devienne définitif. Il faudra sept ou huit jugements de l’instance juridique fédérale pour que l’élection de Biden qui ne fait plus grand doute soit validée. Et le fait que 8 juges sur 10 soit favorable à la contestation donnera c’est certain des possibilités de faire durer le suspense dans une période où justement la vacance du pouvoir serait terrible pour le peuple américain.

En 2020, déjà, les Républicains avaient monté de « fausses » manifestations violentes pour…empêcher que de nouveaux comptages. Cette fois les troupes sont suffisamment exaltées par les prêches religieux, les excitations des groupes extrémistes, les fausses informations complotistes, la peur du « socialisme », leurs armements de guerre, pour provoquer des mouvements dramatiques. On peut même penser que Jo Biden aura besoin d’une garde rapprochée fiable pour éviter qu’il soit le cinquième Président passant de vie à trépas de manière violente.

Un climat de guerre civile sur fond de ravage humain provoqué par la pandémie risque bel et bien d’éclater dans certains États avec des organisations susceptibles de vraiment combattre les armes à la main. Toutes les conditions sont réunies pour que des affrontements aient lieu. Le racisme, la misère, l’exclusion, la fin du rêve et plus encore le montée d’une religiosité débridée constituent les ferments de cette division.

Les Démocrates auront peut-être obtenu une victoire à la Pyrrhus car ils restent minoritaires au Sénat malgré les fissures que les outrances trumpistes ont fait apparaître dans son propre camp. Leurs réformes promises auront bien du mal à avancer et les positions internationales des USA demeureront très proches dans bien des secteurs. Le système électoral démontre ses fragilités car il ne repose pas sur un scrutin direct majoritaire.

Il faudra singulièrement réfléchir sur ce scrutin qui devrait révéler le second taux de participation des électrices et des électeurs (61,8 %) après l’élection de Kennedy (62,8 %) ce qui indique une vraie cristallisation des positions. Il est évident que Biden sera l’élu des zones urbaines mais que les positions trumpistes dans le milieu rural du Middle West et dans le Sud sont solides. Cette fracture existe aussi chez nous et la leçon doit être retenue avant 2022 car elle peut prendre des proportions explosives à terme.