Depuis au moins de deux décennies, la préoccupation de bien des élu.e.s locaux.cales a été la revitalisation de ce que l’on appelle selon la taille de la commune un « centre-bourg » ou un « centre-ville ». Des opérations de toutes sortes se succèdent avec des noms plus ou moins aguichants pour tenter d’enrayer des mouvements dangereux de disparition des services publics ou privés, des commerces dits de proximité, des artisans distributeurs. Des mesures s’empilent et même se concurrencent comme si la solution passait par des études, des dossiers, des subventions liées à des dépenses toujours conjoncturelles.

La crise sanitaire et les mesures qui l’accompagnent rendent ces annonces, dont on sait fort bien qu’il faudra des mois voire des années avant qu’elles aient des effets réels, totalement abstraites. Il y aura des communiqués de triomphe des élus concernés mais dans le contexte actuel ils risquent bien de paraître décalés par rapport à la situation réelle. Après des mois de fermeture d’activités réputées non-essentielles il ne sera plus question de « revitalisation » mais de « réanimation ».

Face aux fermetures répétées des bistrots, des restaurants, des salons de coiffure, des cabinets d’esthéticienne, des des espaces dédiés aux livres, à la photographie, à la décoration, aux bijoux, aux vêtements de toutes sortes, aux chaussures et à bien d’autres secteurs considérés comme « non-essentiel » il faudra bien du talent pour sauver l’attractivité d’une « zone » d’activités déjà mal en point. Il n’y a pas de règle nationale possible sauf à considérer que la France est un pays monolithique…

La survie de ces « centres commerciaux » au cœur des villages passe désormais par des solutions à réinventer et sur mesures. Il n’y aura plus de plans tout faits ou de solutions présentées comme miracles. Ceux qui ont réussi à survivre étaient ceux qui avaient su justement maintenir la diversité d’une offre de qualité. L’attractivité devient essentielle et ne repose justement sur la diversité de l’offre et des services.

Penser qu’un consommateur.trice va venir faire le tour des boutiques dans un cœur de ville pour uniquement y trouver l’essentiel c’est faire fausse route car il le trouvera ailleurs et dans des conditions meilleures. Il va donc être nécessaire de se pencher non pas sur de grands principes mais sur des propositions permettant de vite réagir face aux dangers des rideaux baissés et des vitrines aveugles. Comme en plus la compétence économique a été confiée aux intercommunalités et à la région il ne faut pas s’attendre à des décisions proches du terrain et des réalités du monde rurbain ou rural.

La proximité a été tuée dans bien des domaines dans un pays ou la recentralisation économique, administrative, éducative, politique ne cesse de prospérer. On parle beaucoup de « territoires » mais nul n’est d’accord sur leur définition et surtout sur les conditions de leur survie. Leur « cœur » doit être privilégié et protégé non pas parce qu’il est essentiel au maintien de la vie collective. Il faut admettre que souvent, par facilité, la déshérence des « centralités » est attribuée à l’aménagement d’équipements commerciaux périphériques.

En fait ils peuvent être complémentaires. Les moyennes surfaces de vente dans le contexte où les déplacements deviennent limités attirent une clientèle dont le pouvoir d’achat correspond à l’offre proposée. Le vrai problème c’est justement le développement de propositions complémentaires destinées à une autre demande et d’établir une synergie de territoire.

Les services administratifs, culturels, associatifs, médicaux, bancaires doivent absolument demeurer dans le centre ville et ne pas être « décentraliser » au sens propre. Leur fréquentation constitue en effet l’atout essentiel pour les… commerces car ils entretiennent l’habitude des client.te.s potentiels de venir sur leur Secteur d’implantation.

Or depuis quelques mois, les grandes surfaces en construction réservent de plus en plus d’espaces pour capter les centres médicaux, la parapharmacie, les cabinets spécialisés, la culture. On ne plus venir chez elles que pour l’essentiel et donc on les transforme en « lieux de diversité de l’offre ». La leçon est à retenir. Les commerces des très petites ou des petites villes ne seront sauvés que si dans l’urgence on en promeut les atouts.

La proposition du Ministre de l’économie et des finances sur le plate-formes internet n’est pas à cet égard à repousser par principe. Le vrai problème c’est qu’elle nécessite une solidarité entre les acteurs qui est loin d’être facile. Les élu.e.s ont leur rôle à jouer en proposant, en coordonnant, en soutenant et en mettant en œuvre le plus vite possible des options solidaires pour conserver leur centre de vie de proximité.