Pendant que le Coronavirus saute allégrement les frontières et se répand en Europe, celle-ci est en panne sur des sujets extrêmement préoccupant comme celui de son budget. Le chacun pour soi devient la seule stratégie des États désunis du Vieux Continent. Les Trump en gestation se profilent au portillon des futures élections nationales et la situation leur permet d’espérer des lendemains similaires à ceux qui ont suivi le scrutin américain. On ne parle à Bruxelles que de perte du Produit intérieur brut ou de trous d’air dans la croissance oubliant les peuples.

Dans ce cadre là à quelques semaines de la fin de l’année on n’a pas avancé au Parlement de Strasbourg sur les budgets dédiés aux actions concrètes sur le terrain. Le différend entre l’assemblée élue et les instances regroupant les chefs d’états tourne à la guerre d’usure. Les diverses politiques donnent lieu à des marchandages inextricables entre groupes politiques parmi lesquels les Français divisés font pâle figure.

La négociation du budget européen de long terme entre pourtant dans sa dernière ligne droite entre les eurodéputés et la présidence allemande, qui représente le Conseil dont les concessions ont été fort nombreuses. Les parlementaires exigeaient une rallonge du budget européen 2021-2027, diminué lors du sommet de juillet. La discussion porte sur une enveloppe de 9 à 15 milliards qu’il faut trouver pour contenter les appétits des uns et des autres.

Ce budget est aux trois-quarts alimenté directement par les Etats avec une part importante réservée à l’Allemagne et la France qui en sont les plus gros contributeurs. Le reste des recettes vient des droits de douane prélevées aux frontières de l’UE. La politique agricole commune ainsi que les dépenses liées à la politique de cohésion (et notamment les fonds structurels pour aider au développement des régions les moins favorisées) constituent plus des deux-tiers des dépenses.

La lutte contre les exclusions, la pauvreté, la transition écologique, les reconversions industrielles ou la politique agricole commune dépendent dès le 1° janvier.

Il restera encore des mois de négociations pour que les propositions de chaque pays soient acceptées et que les crédits soient affectés. Un long cheminement dans lequel la France avance à pas très lents et avec une démarche d’une complexité ahurissante. Quand les autres sont prêts depuis belle lurette la France en est encore aux prémices de l’établissement de son programme et le bouclera dans la précipitation comme le veut la tradition.

Dans le contexte actuel de baisse des recettes le gouvernement va chercher par tous les moyens à récupérer dans ses Ministères mis à la diète une part des fonds destinés par exemple à l’agriculture et maintenir ainsi sa volonté de recentralisation de la distribution des moyens.

Au Parlement on a cependant des états d’âme. Dans des négociations distinctes, les eurodéputés ont trouvé un accord avec la présidence allemande pour intégrer au budget un mécanisme permettant de priver de fonds européens les pays ne respectant pas l’état de droit. Le Parlement européen en avait fait une ligne rouge pour approuver le budget.

Cet accord a provoqué la fureur de la Pologne et de la Hongrie, dans le collimateur de Bruxelles pour des réformes accusées de saper l’indépendance de la justice. Budapest menace désormais d’opposer son veto pour bloquer le budget européen et le plan de relance. Orban dans lequel il est assez facile de détecter les stigmates du « Trumpisme » appliqué exerce même un chantage direct sur ses collègues.

On va comme le veut la tradition, transiger dans une période où justement, plus que jamais il faudrait imposer une véritable volonté démocratique. Tout compromis devra être impérativement approuvé par les eurodéputés ainsi que par les chefs des Etats à l’unanimité. Budapest pourrait donc bloquer ce budget, censé entrer en vigueur en janvier, en refusant son feu vert ce qui provoquerait une crise grave dans ces moments compliqués.

La fin novembre approche et les conditions du Brexit ne sont toujours pas réglées. Le plan de relance a du mal à émerger puisque là encore si les Français souhaitent ouvrir les vannes il a fallu bien des palabres pour convaincre une demi-douzaine de pays refusant que ce soit des milliards non-remboursables. La Covid-19 continue à ajouter à ces incertitudes ! Le vieux continent moribond se traîne…