Je ne crois pas que les élu.e.s locaux.cales n’ont déjà, en dehors des périodes de vraies guerres, traversé une période aussi difficile que celle de cette année 2020. En fait même celles et ceux qui ont un certain recul né de leurs expériences antérieures se retrouvent face à une situation inhabituelle car elle manque toujours plus de lisibilité.

Les nouveaux.elles entrant.e.s dans la vie publique qui après leur élection ont dû patienter avec plus ou moins de problèmes durant plusieurs semaines voire plusieurs mois en cas de second tout sont en difficulté.

Ce contexte a totalement rompu de stratégies habituelles. Les contacts « physiques » avec les électrices ou les électeurs devenus impossibles ou très limités ont considérablement perturbé les principes annoncés durant les campagnes électorales. Les réunions institutionnelles deviennent tendues, rapides, manquant singulièrement de proximité.

Tout le monde ne s’est pas, loin s’en faut, mis à la visioconférence (surtout dans les institutions) ou si c’est le cas le dialogue reste lointain et pénible. L’âge (et c’est mon cas!) contraint en plus des élus à des précautions renforcées qui ne permettent pas d’assister à toutes les réunions et dans n’importe quelles conditions !

On entend de plus en plus d’habitant.e.s se plaignant de cette situation « d’absence institutionnelle » surtout que bon nombre d’entre eux ne sont pas aller voter aux municipales. Lentement un climat de défiance ou d’incompréhension se profile avec une agressivité croissante de la part d’une part de la population très préoccupé par son avenir. La proximité devient alors davantage un handicap qu’un atout car la tendance est à déverser son mal-être, ses problèmes, ses angoisses sur les « responsables » les plus proches.

Jamais depuis ces quarante dernières années les maires ou les équipes municipales n’ont eu aussi peu de marges de manœuvres tant sur le plan de la gestion de la crise sanitaire que de leurs moyens d’action. Devenus les « bouche-trous » des faiblesses gouvernementales sur les masques, sur la compensation de mesures à géométrie variable ou fluctuantes. Les demandes ont varié au fil de l’évolution de la pandémie avec des modifications d’une heure à l’autre. Bien évidemment ils en subissent directement les conséquences !

Deux exemples récents illustrent ces dysfonctionnements d’un appareil d’État : le vendredi après-midi est désormais redouté dans les Mairies.En effet pour la rentrée scolaire des vacances de la Toussaint les modalités de l’hommage à Samuel Paty minutieusement préparées dans un contexte anxiogène avec les enseignant.e.s et le personnel communal ont été changées en fin de journée… pour le lundi.

Ce week-end alors que le nombre de personnes présentes aux commémorations étaient fixées à 6 par la Préfète avec des détails très concrets est arrivé un message du Ministère de tutelle le portant à 10 ! En plus au message officiel à lire en pareilles circonstances la liste des Morts pour la France en opérations extérieures en 2020 avait été oubliée et ajoutée…mardi après-midi ce qui fait que bon nombre de maires ne l’ont pas lue.

Tout n’est qu’ordre et contre-ordre mettant en difficulté les élus.e.s ayant à non seulement à les mettre en œuvre, mais plus encore à tenter de les expliciter aux personnes concernées. Les pro-masques reprochent des achats insuffisants (par exemple pour les écoliers) et les anti-masques refusent que leur progéniture les porte. Tout devient sujet de polémique que renforcent les tééls pérooquets. 

Maintenir le marché est jugé indispensable par les uns et suicidaire par les autres. Geler l’utilisation des salles municipales serait une absurdité qui tuerait les associations mais les ouvrir n’impliquerait par un vrai respect des consignes et donc provoque des réactions d’hostilité.

Le télé-travail fortement recommandé par le gouvernement « dénude » physiquement les services de proximité qui sont partiellement ou totalement fermés. Les délais de réponse aux dossiers s’allongent provoquant l’ire des usagers sans prise en compte des difficultés actuelles. La pression s’accroît et le sentiment qu’une colère sourde remonte au quotidien vis à vis de tout ce qui représente le pouvoir concret de base deviennent préoccupants.

Comme dans le même temps les fractures sociales s’aggravent l’avenir s’annonce sombre localement. Deux problèmes montent en puissance : l’accès pour de plus en plus de familles à la nourriture en raison d’une pauvreté grandissante et l’absence de solutions pour un logement abordable !

Dans un certain nombre de cas les deux carences s’ajoutent on assiste à une plongée dans l’enfer de la précarité. Et comme le lien social se déchire à vue d’œil, la mission des élu.e.s de proximité se complique et il n’est pas du tout certain que ça s’améliore dans les prochaines semaines. La tentation dite de Venise menace !