Inutile d’espérer éviter une polémique quand on ne reste pas sur les rails de la bienséance, des discours ou des écrits entendus. La réflexion, l’analyse conduisent pourtant parfois à s’interroger sur la manière dont est retranscrite l’actualité surtout en cette période où l’emballement médiatique déforme nécessairement les faits.

Il y a parfois une certaine gêne à s’astreindre à une forme d’autocensure pour ne pas être accusé de devenir avec l’âge un donneur de leçons ce qui peut-être parfois dit d’une autre manière : « faire l’instit’ »

Si par exemple on se penche sur les événements de ce week-end et sans vraiment vouloir se lancer dans des comparaisons mal placées il faut bien reconnaître que le traitement des informations s’accroche parfois aux souhaits supposés du public visé. Cette tendance se généralise car il est indispensable à la survie des supports tributaires de rentrées financières liées à l’adhésion qu’ils suscitent par leur hiérarchisation de l’actualité.

Inutile de préciser par exemple que chaque jour le « fait religieux » prend une place croissante dans le quotidien de la vie collective. Malgré tous les efforts des défenseurs d’une « laïcité » préservatrice des valeurs républicaines, les atteintes à cette nécessaire attitude collective est bafouée. Bien évidemment elles sont similaires pour toutes les religions et elles se produisent en tous lieux avec des réactions différentes.

Alors que chaque fois qu’elles se produisent on en fait des tonnes au sujet des séances de prières musulmanes hors des mosquées on a pu constater que les catholiques réclamant le droit à célébrer les offices de leur confession religieuse ont organisé sans gros problème des sessions de ce type sur l’espace public. Ces manifestations, contraires aux règles de la lutte contre la pandémie, n’ont pas donné lieu aux heures d’analyse désomais traditionnelles par les « spécialistes » des télés perroquets ni à verbalisation.

Rouvrir les églises c’est également rouvrir les mosquées ou les temples  mais les revendications ne semblaient pas aller jusque là. Ainsi, 250 personnes ont manifesté à Rennes samedi. Dimanche, elles étaient une centaine à Strasbourg, 200 à Bayonne, 300 à Nantes ou à Bordeaux. Sur la Place Pey-Berland des prières et des chants ont retenti devant la cathédrale après que les organisateurs aient sollicité des ouailles le respect de la distanciation sociale.

Il n’y a eu aucune intervention pour disperser la foule mais et c’est la moindre des choses une convocation au commissariat a été transmise, à bordeaux,  puisque…. la prière sur la voie publique n’est pas autorisé. Le ministre de l’Intérieur avait mis en garde les manifestants en assurant qu’il n’hésiterait pas à verbaliser « en cas d’actes répétés ». Il n’y en a eu aucune !

Le préfet de police de Paris avait interdit un rassemblement annoncé sur le parvis de Saint-Sulpice après que des dizaines de fidèles se soient rassemblés devant cet édifice vendredi soir. Il serait intéressant de savoir si dans ces situations les participant.e.s avaient leur feuille réglementaire de sortie et quelle raison ils avaient cochée pour justifier leur déplacement !

Il faudrait que les cinéphiles, les fans de spectacles vivants, les lectrice,teur.s, les licéncié.e.s des clubs sportifs, les commerçant.e.s non essentiels, les Musulman.e.s, les Protestant.e.s, les Témoins de Jehovah ou autres croyant.e.s se rassemblent devant leur lieu de prédilection pour que l’on vérifie la réaction médiatique. Il est assez aisé d’imaginer les commentaires en pareilles circonstances.

Drôle de pays que celui où l’on invoque un « besoin de messe et de nourriture spirituelle » sur la base du fait que  les supermarchés sont ouverts pour « les nourritures terrestres ». Les espaces de vie culturelle ne sont plus accessibles et le resteront encore quelques temps car leur utilité sociale est probablement inférieure à l’utilisation des églises, des temples ou des mosquées.

Quand certains commerçants souffrent d ‘une fermeture qui se veut indispensable et irrémédiable on leur conseille de se sauver en organisant les ventes par internet. Quand les artistes réclament des jauges pour leurs activités compatibles avec les précautions sanitaires on leur demande de penser aux canaux virtuels. Quand un.e supporter.trice ne peut pas aller assister même en nombre limité à une rencontre de son club favori on lui offre la télévision payante.

Les Ministres ne savent pas leur donner des perspectives mais par contre leur collègue ayant en charge les cultes a indiqué qu’il réunirait « pour la seconde fois les représentants des principaux cultes dès ce lundi matin », afin d’évoquer « les conditions dans lesquelles pourraient se tenir à nouveau des cérémonies dans les lieux de culte en fonction de l’évolution de la situation sanitaire ». ils ne s’est pas fait prier !