Dans les archives de la Mairie de Sadirac au temps de ma jeunesse curieuse j’avais trouvé sous la poussière des décennies écoulées des passeports du XIX° siècle destinées à la circulation « à l’intérieur ». ils étaient surtout destinés aux moutonniers qui effectuaient la transhumance depuis les vallées pyrénéennes jusqu’au château de Tustal où ils hivernaient dans des fermes. Ils offraient de belles prairies à leurs troupeaux mais laissaient en mélange le…fumier et quelques bêtes !

Le « passe-port(e) » avait plusieurs objectifs : surveiller les déplacements de la population notamment la plus défavorisée (mendiants, saltimbanques, ramoneurs, marchands ambulants, bergers, compagnons du tour de France,..) donner un statut « officiel » à des personnes peu éduquées, permettre des échanges d’une province à une autre.

Ce document décrit son possesseur avec type de visage, couleur des yeux ou des cheveux, type de nez, taille ou signes particuliers. Quelques tampons et des « croix » au bas d’une feuille imprimée offrait la « liberté de circulation » néanmoins très mesurée.

Les guerres ont repris cette obligation de déclaration des allées et venues dans des périodes où la peur des espions ou des résistants constitue la base de la vie sociale. Les fameux « ausweis » de mauvaise réputaion ont constitué durant l’Occupation une vraie préoccupation pour les professionnels ayant besoin » de circuler. Se déplacer dans son environnement proche avec dans sa poche un papier constituait ce que les révolutionnaires considéraient comme une forme d’oppression.

La pandémie a rétabli « l’attestation de déplacement dérogatoire » dont on ne pourra pas se passer durant encore de longues semaines. Il s’agit d’une auto-régulation de sa mobilité sur le territoire avec des conditions évoluant d’un confinement à l’autre. Une sorte de « passeport » régulant la vie courante. Comme ce fut toujours le cas (surtout en période de peste au XIV° siècle) des contrôles de gens d’armes sont diligentés par les autorités afin de démontrer l’autorité du pouvoir ayant institué cette obligation.

Dans ce contexte où la libre circulation entre les pays européens a été présenté comme une conquête précieuse pour la paix entre les peuples.Or la France est le seul d’entre eux ayant limité les déplacements avec un papier sanctionnable. A l’exception des attestations professionnelles pour les personnes qui ne peuvent pas effectuer de télétravail, la grande majorité d’entre eux qui ont mis en place des mesures de confinement n’exigent pas de document particulier pour justifier sa présence à l’extérieur. Ainsi l’Italie n’exige qu’un justificatif pour les travailleur.euse.s et ailleurs rien du tout.

Bizarre que le système réputé comme ultra-libéral veuille à ce point formaliser des pratiques sportive d’entretien comme la marche, jogging, vélo… à une heure et sur un kilomètre quand la même personne peut se déplacer sur des distances et un temps plus longs pour aller quérir son paquet de cigarettes. Le « jeu » de la case à cocher démontre encore une fois une absence de confiance absolue dans la citoyenneté !

Aller verbaliser sur une piste cyclable en pleine nature ou sur un chemin rural de randonnée constitue une démarche pouvant inquiéter. La « règle » du kilomètre maximum n’a pas de sens en zone rurale… alors qu’il peut se comprendre en ville pour éviter des rassemblements sur ces sites comme ceux des quais à Bordeaux.

En pareille période le contrôle des gestes barrières paraît vraiment beaucoup plus utile. Se déplacer sans masque ou se rassembler pour des fêtes ou des cérémonies mérite davantage une attention particulière des policiers ou des gendarmes.

L’appel au civisme n’étant pas suffisant, il a fallu formaliser un contrôle possible avec une obligation de posséder une auto-limitation de son propre périmètre de liberté. En Allemagne sortir est prohibé et si l’on sort il faut simplement apporter la preuve que l’on reste dans les rescriptions du Land ou du Reichstag.

On peut s’interroger sur l’utilité sanitaire de cette attestation dérogatoire qui est contournée par la multiplication dans une même journée des motifs « légaux » de s’évader du confinement. Et en définitive plus que l’attestation, l’effet de l’amende de 135 € apeure davantage les plus défavorisés ou les plus précaires que celles et ceux pour qui cette sanction financière ne constitue pas un vrai handicap.

On prétend que pendant les fêtes de fin d’année les attestations pourraient évoluer pour devenir moins contraignantes. Il en faudra des dizaines par personnes ce qui promet des records de vente des cartouches d’imprimantes. Pensez au Père Noël qui devra aussi cocher la bonne case !