Diego Maradona, depuis ses premieres années passées dans l’un des plus terribles bidonvilles de Buenos Ayres était un vrai enfant de la balle. Elle lui collait au pied comme si elle constituait une excroissance de son corps râblé filochant sur le tapis vert où il ramenait ses adversaires au statut de faire-valoir.

La misère d’une famille aux multiples origines (amérindienne, italienne, croate et bien entendu argentine), venue de la campagne pour chercher l’infortune dans une capitale imprégnée par le péronisme, le poussa très vite à jongler avec la vie. Pas le choix : il lui faut devenir extra…ordinaire pour espérer sortir de ce quartier où règnent les hommes de… mains.

A moins de 16 ans le « Pibe del oro » fit son entrée dans la cour des grands. Il joua constamment au David défiant des Goliath dépassé par son talent. International à cet âge il promena en Amérique du Sud, une corpulence de ludion malmené par des mauvais joueurs vexés par son insolence de bâtisseurs de petits ponts ou de crochets du droit à vous mettre le cul à terre. Maradona traversa son époque dans la démesure des qualificatifs ou des longs solos enthousiastes des commentateurs intervenant sur les ondes.

Il le deviendra homme de main à son tour, de manière tout aussi critiquable que ceux qui font basculer les destins, quand le 22 juin 1986, il trompa Peter Shilton en substituant un poing adroit à sa crinière brune pour inscrire le premier but d’un match qui ne restera  pourtrant pas que pour ce fait dans les annales des chevaliers de la balle ronde. Ce geste d’anti-jeu manifeste sera amplement compensé par une chevauchée aussi subtile que emalouine » au milieu des « soldats » de sa gracieuse Majesté vainqueurs quatre ans plu tôt lors de la guerre des moutons.

Cette escapade victorieuse propulsa dans la légende celui qui osa prétendre que Dieu lui avait donné un coup de main afin de mettre à mal l’étique sportive (« Un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu ») . « El Diez » démultiplia ensuite à satiété les envolées solitaires ou les remises gracieuses pour des partenaires subjugués par sa vista et son adresse. Il restera néanmoins sur cette impression mitigée d’une image de sorte de Che Guevara des pelouses défiant l’ordre établi et de Miro exubérant se mettant à tracer d’improbables arabesques sur le fond vert d’une pelouse.

Maradona ne s’est jamais rien interdit. Il a vêcu dans la démesure, dans un royaume dont il aurait été le maître à jouer. La preuve : il fut couronné roi du monde dès 1986 où en bon « capitaine » il mena l’Albiceleste à une victoire qui fit oublier les années noires de la dictature des généraux. Ce fut le sommet d’une carrière marquée ensuite par des exploits nocturnes dans des boites plus ou moins recommandables.

Est-ce l’une des raisons pour laquelle « El pibe del oro » ne fut jamais « ballon d’or ? » Ses frasques, deux contrôles positifs à la cocaïne, des gestes de vengeance, des fréquentations équivoques faillirent faire oublier les œuvres d’art de l’enfant du barrio surpeuplé et insalubre de Villa Fiorito.

Lui qui ne parvint jamais à devenir le Messie de Barcelone mais qui devint celui de Naples, dans un club sulfureux aux mains de la Camorra. Son passé d’enfant pauvre, dans cette ville rongée par la misère, lui servit pour devenir l’idole d’une jeunesse frustrée qui rêvait de revanche à l’égard des clubs respirant la richesse industrielle du Nord. Multipliant les exploits il conduisit le Napoli au Scudetto en 1987 après une saison somptueuse.

Le peuple du San Paolo pardonnera tout à « Pelusa (la peluche)» surnommé ainsi à cause de son abondante chevelure de jais. Tout le stade entonnait en chœur un cantique (« Ho visto Maradona » ) à la gloire de l’Argentin que ses lointaines racines italiennes avaient rendu encore plus acceptables. Il finit pourtant, usé par ses abus en tous genres, par être contraint après une déclaration ( « Naples n’est pas l’Italie ») et s’être fait piqué pour s’être shooté autrement que vers le but, à retourner au bercail après un crochet par Séville puisque Marseille alors tapie dans l’ombre du mond des transferts, pour accueillir les gloires vieillissantes, avait renoncé à sa venue.

Habitué à la fumée des havanes de Castro qu’il considérait comme son second père, l’Argentin de plus en plus mal en point physiquement et moralement, devint une sorte de « SCF (Sans Club Fixe) » du ballon rondouillard. Toujours prêt à donner un coup de main aux chefs des états hostiles aux Américains (Chavez, Morales, Maduro, Mahmoud Abbas…) il n’hésitait pas à participer à des « matchs politiques » lui permettant de maintenir son esprit combatif.

Diego a rejoint la fantastique équipe des créateurs de rêves où il n’y a aucun tondu pour trahison du beau jeu mais un célèbre Pelé auquel il va vite disputer le numéro 10. Pour moi il sera titulaire dès dimanche pour affronter ses vieux démons.