La semaine qui s’ouvre s’annonce comme celle qui marquera l’entrée dans un hiver qui devient de plus en plus indulgent avec le thermomètre. C’est probablement la raison pour laquelle la route départementale cyclable qui étire son ruban rénové par tronçons entre Sadirac et Créon a sorti sa couverture matelassée de feuilles mortes. Épaisse, fluctuante au passage des cyclistes pressés, piétinée par des coureurs à pied aux allures diverses qui soulèvent des « papillons » roux ou d’or, elle borde le ruban noir d’une « fourrure » protectrice.

La descente vers la gare de mon enfance relève vraiment de la promenade de santé avec la tentation de pousser un gros braquet pour se donner l’illusion facile d’une vitesse seulement due à la force de ses mollets.  On oublie qu’il faudra remonter. Paradoxalement cette toute puissance peut se révéler dangereuse en cette matinée où déconfinement rimait avec défoulement tant les pratiques des promeneur.euse.s solitaires ou accompagnés dérangent. La « piste » devient alors le simple reflet de la nature humaine ou des comportements sociaux.

Les cyclistes deviennent presque minoritaires tellement les autres occupants s’emparent du bitume sans vergogne. Les chevaux des cavaliers matinaux ont laissé les traces de leurs gros sabots dans la terre meuble des remblais récents. Ils se sont perdus dans les sous bois car leurs montures réagissent parfois de manière imprévue au passage de ces étranges pédaleurs en tenue clinquante.

Les habitués des chevauchées récréatives paisibles savent fort bien que leur présence, compte-tenu de la taille et des caractères parfois ombrageux de leur animal de compagnie, génèrent des risques accrus pour les autres utilisateur.e.s. Bien moindre cependant que les chiens promenant leur maître.sse. 

Comme semble-t-il une majorité de Françaises et de Français, le choix de la droite de la route pour les périples pédestres constitue la tendance majoritaire actuelle. La sécurité globale s’en trouve altérée d’autant que les laisses extensibles entretiennent l’illusion d’une maîtrise du bipède accompagnateur. Lorsque le vélo silencieux surgit dans le dos de ces duos plus ou moins installés sur la bas-côté la surprise provoque des incidents regrettables avec échange de noms d’oiseaux moins agréables que les rares chants qui montent des bois.

En couple, en groupes plus ou moins compact, de front ou en file moins indienne que celle des Sioux approchant du camp ennemi, les « passant.e.s qui passent », les joggers qui se sentent trépasser en remontant sur des kilomètres vers la ville bastide, les spécialistes ne manquant pas de fond, occupent massivement l’espace public initialement dévlu aux cyclistes. Il arrive tout de même que minoritairement la gauche soit choisie et c’est beaucoup plus rassurant.

Les couples se font et se défont dans l’épreuve. Une femme à pied suivie par un homme installée sur son vélo ; une autre sur une bicyclette de route lâchant son compagnon jugée sur un VTT peu adapté ; une dernière encourageant une copine « très en formes » : la présence féminine est majoritaire en ce dimanche matin de retour à l’effort sportif matinal. Il faut y voir un signe du changement des mentalités.

Les hommes se distinguent par leur volonté de frimer, de se priver à eux-mêmes leur capacité à établir des records. La moindre gêne dans leur contre-la-montre et ils pestent. Les fonceurs dégustent la pente favorable alors qu’en sens inverse on les retrouve parfois épuisés à Créon. Peu importe d’ailleurs puisque personne ne les voit même si le collègue attend l’arrivée de celui qui ne digère pas une montée régulière mais monotone et usante.

Bien évidemment, il ne saurait y avoir de promenades dominicales sans que l’on se trouve face à un quad et des adolescents motocyclistes non immatriculés (ils ne peuvent donc pas circuler sur une route) ne connaissant probablement pas les subtilités du code de la route. le trio regagne en douce les chemins des sous bois pour laisser éclater ces décibels confinés depuis plusieurs jours.

Ils passent avec un sentiment d’impunité typique de la période actuelle. « Vu.e.s mais pas pris e.s » devient dans tous les secteurs la devise à la mode. Les masques abandonnés en cours de route démontrent aussi une envie réelle de respirer et d’en finir avec l’angoisse du partage avec les autres. Signe des temps qui arrivent !

La piste adore pourtant le silence, la fraîcheur des petits matins avec ses légers voiles de brume qui montent des sols. Elle se pare de ces plus beaux atours avec des feuilles d’or ou de médaillons pourpres. Dans l’épaisseur des bois, des voix joyeuses s’interpellent comme si les retrouvailles passaient avant toute retenus. Le bain de nature reste l’essentiel… Que cette piste eds quatre saison est belle pour celles et ceux qui savent la respecter.